‹ Les deux cochers de Québec [microforme]Chapitre 12 sur 36 · DE VAR · texte numérisé non relu

DE VAR

Ce fut, durant ure nuit bien noire, toute pleine d’orages, que des marins anglais, qui la descendirent bien des fois, empor” tèrent, furtivement, la bien vigille statue du général Wolfe, en Angleterre.

A bord de la Pique, pour la dernière fois, et tout le long du voyage, ils burent, tous les jours, sans y manquer, à sa gloire et à ses succès militaires.

On crut, pendant longtemps, à une résurrection d'étudiants, ou à un vol d’antiquaires. On pleura sa disparition, et l’on crut encore, cette fois, à sa fin dernière.

Plus tard, ces joyeux marins,renvoyaient ce monument au propriétaire.

Mais, O sacrilège ! ils lui avaient coupé un bras, pour pouvoir y mettre son corps, tout entier, dans un magnifique cercueil, qu’ils adressèrent au maire de Québec.

Le bras du guerrier fut sauvé.

. L’immortel général, montre encore de son bras, aux passants, l’endroit de la côte de Beaupré où descendit d’abord sa brave

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Mais, l’'épé

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armée qui fut repoussée par les fusils à pierre des habitants.

Plus tard encore, ce fut er 1845, de gros militaires anglais, haut génies de garnison, voulurent s’en emparer, de par leur autorité, et refusèrent de remettre la statue qu’ils avaient renfermée, dans leurs bureaux officiels, convertis aujourd’hui en salles d'amusements pour nos enfants de la citadelle, distraire les vieux dîineurs, et instruire les éclaireurs du général A.

P. Caron. Point peureux, mais plus civils, les propriétaires de ce monument, tant convoité des anglais, ses enleveurs, le firent saisir revendiquer par l'huissier du shérif qui l’emporta, péniblement, sur ses épaules et le déposa précieusement entre les mains de la Cour.

Il y eut donc grand conflit d’autorités, . cette fois >2nCOre, la plume fit baisser l'épée.

Victorieux, les propriétaires fixèrent, bien haut, ce trophée historique que les |

LAS du

grands militaires refusaient de réinstaller, dignement, afin de fêter, plus civilement, son centenaire. Wolfe, plus chové, cependant, que le général Brock, à # :ch, ou que les grandes statues de Neptune et de Jupiter, est encore vivant, malgré tout.

— Les citoyens de Québec. toujours indifférents, ont laissé tomber, dans la rue, leurs grands Dieux de l’Olympe.

. Ilsont préféré la botte à Barbeau ou l’ori- gnal à Dugal.

Heureusement, pour nous, grâce à notre patriote sculpteur Berlinguet, nous avons, au moins, la belle statue du bon Cartier.

Wolfe, ce vieil enfant du siège de Québec, et ciselé artistiquement par un soldat reconnaissant, fut né, dit-on, à l’Hôpital- Général} puis, vint ensuite honorer de sa présence, la vieille cantine des Cyriacs, comme une sentinelle fidèle du Palais.

Toujours le même, dans son accoutre-

ment, et de parfaite ressemblance, mais

plus près du ciel, il est aujourd’hui, à l'abri

de:

lèv ten

des outrages des passants, et défie les enlèvements. Il vivra donc encore longtemps, sous les yeux des paisibles citoyens de la rue St-Jean, et malgré son grand âge, de plus de cent ans. /

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Le père Provençal l’aimait beaucoup ; c'était son plus vieux voisin.

Debout sur sa porte, il regardait depuis longtemps la pAee qui battait sur Sa noble figure.

Ses pratiques le laissaient et sa caisse baissait, petit à petit, et la pluie continuait toujours et tombait par torrents.

Est-ce un second déluge et la fin des temps, se demandait le vieux couple inquiet, mais toujours confiant en la ‘rovidence qui nourrit les oiseaux ?

Ils pensaient déjà, tous deux, aux mi-

Lo'Pa EL

sères de l'hiver, aux souffrances des plus pauvres qu'eux.

Ils commençaient à se décourager pour

, eux mêmes. Assez tard, et à leur grande

surprise, ils. aperçoivent, puis reconnaissent à la lueur de leur unique chandelle, les binettes familières des deux plus riches voisins, qui venaient à leur petit magasin, après avoir laissé, pour la première fois, peut-être, leurs épouses chéries, toutes seules, à la maison.

C’étaient bien MM. Germain Le Noir et M. Caribou, les deux plus gros marchands canadiens-français de la rue St-Jean, etles meilleures pratiques du père Provençal.

Bon soir, notre bon voisin! nous venons vous demander un service.

Demain, commencent les courses. Nous fermerons nos magasins, car il n’y aura rien à faire pour nous tous.

Hélas ! c’est bien que trop vrai, mes bons messieurs ; encore une semaine de perdue pour moi, dit le père Provençal,

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attristé ; le beau temps ne me vaudra guère mieux que la pluie. Que voulezvous que j'y fasse ?

Nous venons vous demander, lui disentils, d'un ton bas et suppliant, de vouloir bien nous laisser avoir votre calèche pour nous transporter sur les plaines d’Abraham. |

Grand bien vous fasse, Ô mes amis, mais je ne prête mon cheval à personne ; nulle main étrangère ne saurait le mener.

D'ailleurs, mon cheval pourrait bien vous ruer.

Mais, faites-nous donc ce plaisir, bon voisin ! Nous voulons bien nous montxzer

très reconnaissants, dirent-ils, en jetant un

coup d'œil significatif sur la mère Proven- Ga.

Allez-vous nous refuser ce service ?

Le père, un peu surpris, réfléchit et resta longiemps muet; puis, saisissant à son tour, le regard plus intéressé de sa femme :

Eh bien, dit-il, résolument, pour des pra-

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tiques, pour des vieux amis, pour de bons voisins, pour des vrais canadiens, je vous mènerai, volontiers, jusqu’à la barrièrè du terrain, et cela sur le siège de devant de ma calèche, et cela s’il fait bien beau, très beau, bien entendu. Je serai prêt en ce cas. La mère applaudit. Tout fut à merveille.

Pour la première fois, les deux voisins parcimonieux, se montrèrent un peu généreux.

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