‹ Les deux cochers de Québec [microforme]Chapitre 17 sur 36 · WAR 7: DOI · texte numérisé non relu

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Les gens de la Basse-Ville, du Foulon, de Lévis, et des campagnes environnantes, montaient en foule, et gaiement, à pied.

On riait, on criait, à l’aspect imposant de la calèche antique, et du conducteur impassible, qui suivait les sinuosités de la rue, tortueuse et dangereuse, hautement emmuraillée, aux approches de l’ancienne porte St-Louis. |

Quelques-uns, en exhibant leur mon:nale, lui demandaient, à grands cris, de les mener aux courses, incontinent.

Le père Provençal, souffrait beaucoup, de se voir insulter ainsi, dans sa propre dignité. Il maudissait les insulteurs. En:

core, se disait-il, si ce n’étaient pas des irlandais! Si c’étaient, du moins, des canadiens-français, des amis, des connaissances, ‘tout comme M. Germain Le Noir et M.

Caribou ; j'accepterais, peut-être, mais, non ! non ! reprenait-il, de suite ; je ne su pas domestique de la noblesse, ni cocher du gouverneur.

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Ma calèche est pour ma femme, et moi, seuls.

Puis, 1l descendait toujours, d’un pas tranquille, et lent, comme un vieux monarque, imposant.

N'importe, se disait-il, ma journée est gagnée! Encore une bonne et seconde chance, et, ma femme, à l’automne, aura son casque, fait en lucarne, et son gros manchon de lynx, si le commerca peut donner un tant soit peu ! Il ruminait, ruminait, toujours !

Il arrive tout près de la cathédrale.

Mon Dieu ! dit-il, en ôtant son chapeau, je vous remercie, de vos bienfaits de la journée !

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Une heureuse pensée lui traverse, subitement, l'esprit.

Si j’arrêtais un instant, ici, sur le marché, si désert, et attendre, bien secrète-.

ment, une seconde chance !

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Qui, demes confrères, pourrait le savoir ?

Qui, le dirait à ma femme? D'ailleurs, il n' y'a que le premier pas qui coûte !

Il faut pouvoir hiverner, tout comme nos petits oiseaux.

Instinctivement, il roidit les rênes du côté gauche, et le cheval plie le col. Voilà que tout l'équipage se trouve et s'arrête, magiquement, sur les bords de notre marché, y compris le conducteur, tout absorbé dans ses rêveries, d’une ambition bien légitime.

Il n’eut pas le temps de méditer sur les observations et les railleries malvéillantes, que lui feraient, sans doute, ses meilleurs compagnons.

Il eût, probablement, cédé, de nouveau, à l’orgueil du métier.

Il voit venir à lui un étranger, un voysgeur, empressé, qui, le prenant, naturellement, pour un cocher de place, d’une habitude éprouvée, lui cria: Cocher! veuille bien me mener aux courses ! . |

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Le Père, un peu troublé, rougit.

Vite ! monsieur, je suis de Paris, conduisez-noi, s’il vous plaît !

Cette politesse habituelle, et l’accent d'un français de la France, ramena un peu

l'humeur chatouilleuse du vieux charretier canadien.

Cédant aux instances de l’inconnu, il s'exécuta, courageusement, malgré sa répugnance naturelle, mais, en scrutant bien, de ses deux yeux, bien inquiets, tous les alentours du marché, si désert.

I1 se hâta donc de partir; il était vain-.

cu! | ;

Le premier cocher de place québecquois, était né! |

Son œuvre, sa mission, allait se fonder !

Encore quelques combats contre l’orgueil, et les préjugés du temps, et l’ordre des compagnons de Jéhu, était bien établi, en notre ancienne cité!

Le père Provençal se cacha, pendant

quelque temps encore, puis, enfin, se risqua, le dimanche, après les vêpres, à provoquer les rires moqueurs des passants, et le mépris simulé de ses jaloux, mais plus lâches confrères.

Bravant tout, il persista, dans sa bonne disposition, bien encouragé, qu'il le fût toujours, par son épouse plus intéressée.

Il put ainsi amasser, plus tard, des provisions suffisantes, pour passer les longs hivers de sa vie, toute exemplaire, et d’un patriotisme éprouvé.

Sa femme, ne perdit jamais sa courte promenade, en calèche.

Les pratiques du fidèle charroyeur d’eau, n’en furent pas plus mal servies. Le courageux cocher de place, n’en fut pas plus orgueilleux.

Il vécut, assez riche, content de son travail, fier de sa profession, de son indépendance naturelle.

Il mourut, donc, parfaitement rassuré

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