‹ Les deux cochers de Québec [microforme]Chapitre 5 sur 36 · CS · texte numérisé non relu

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surés, comme ils demandent avec confiance à tous les passants leur nourriture de chaque jour.

Malgré leurs chants moqueurs, leur voracité, quelquefois trop gênante, sachons [bien les protéger.

Racontons leurs services, leur histoire.

Dans tous les pays, 1ls ont, dit-on, conservé les mêmes appétits, les mêmes manières de voler, mais, en-notre Canada, ils changent néanmoins de chant et de pee mage, en ces temps d'hiver.

Plus gais que les pinsons ils réjouissent les étrangers et les étonnent par leurs chants entièrement inconnus dans les pays plus chauds, suivant le retour de la saison.

Leurs premiers cris de calèche ou de cariole fait battre de joie le cœur des mar-

mots, accourir les vieux piétons, et tou-

jours étonner les oreilles étrangères par leur langage si particulier dans nos parages.

Moineaux bienfaisants, pauvres cochers

de place, d’où venez vous donc ? Quel fût, dites-nous, le premier d’entre vous qui osât braver nos climats, endurer tant de misères pour venir à notre secours en temps d'orage, et la nuit comme le jour. Le feu, la vapeur et l’eau, les ballons ou l’électricité, rien n’a pu vous décourager encore, ni vous chasser loin de nous. : Après nous avoir si bien mené au baptême, sur la terre, vous voulez donc nous conduire, à tr'vers le cimetière, au ciel, à notre enterrement.

Encore une fois, nous vous aimons, mais dites nous avant, qui le premier est venu poser son nid sur la place publique pour nous servir avec autant d’empressement ?

Hélas! répondez vous comme tant d’autres bienfaiteurs du peuple, nous ne le connaissons pas. Les historiens se sont tus. Il est'mort sans bruit. San nomest inconnu

de ses propres disciples, de ceux de notre temps, du moins. Enfants et compagnons de Jéhu, écoutez moi bien! Votre premier patron, le fondateur de notre ordre, aujour- . d’hui si fortement établi en notre antique

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ité, cochers de Québec, mes confrères, je ous l’assure, notre premier apôtre fut le père Jean Baptiste Isoire dit Provençal !

Voilà un noble pour nous tous ! Sortons le de l’oubli et apprenons à nos descenants ce qu'il a fait dans Québec. Que le peuple l’ennoblisse, en son heure, puisque les historiens se taisent et qu’ils n’ont pas ru devoir nous le faire connaitre. Oui !

’est un de nos nobles à nous et ne l’oublions pas. F1 donc ! de tous les titres et des lumets étrangers ! Fi donic ! de toutes les décorations d’une noblesse bâtarde que l’on achète le plus souvent qu’au prix du déshonneur, du mensonge ou de la trahison.

Les Rois les prodiguent à leurs valets et ourtisans pour apaiser chez eux la rage de l'ambition, la faim du ventre et, quelques-fois la soif du sang. Honte ! à tous ceux qui non contents de leur plumage ou de l’origine de leurs pères, illustrés par la voix commune du peuple, cherchent à se couvrir d’un trop vieux manteau, d’une noblesse étrangère ou d'emprunt.

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Nous préférons la nôtre. Le baptême du peuple vaut bien celui des rois.

Il survit, celui-là, à tous les gouvernements, à toutes les dénominations et à toutes les'usurpations.

Seul, le peuple a droit de frapper et de distribuer ses médailles ; seul, il ne donne ses blasons qu’à ceux qui les ont bien mérités.

Il a sa manière à lui de décerner. ses distinctions nobiliaires, et certes, en Canada, il ne s’est pas montré chiche de ses diplômes populaires

Premiers voyageurs venus de France pour coloniser et civiliser l'Amérique du nord, nous ne pensons guère aux honneurs d’une source plus noble que la nôtre, fûtelle préhistorique ou descendue des dieux de l’olympe. C’est la marque du peuple, ce sacrement national, que nous préférons, en Canada, à l’anoblissement des grands et à celui des Rois.

En notre vieux pays d'’Iroquois, chez

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nous, les nobles conquérants de la Forêt ne s'occupent guère des chevaliers ou des compagnons du Bain des Anglais.

Nous avons nos dauphins parmi nos baigneurs dans le grand bain commun, et le premier des rameurs dans les bassins profonds du grand Roi des fleuves, le nq ble St-Laurent.

Les chevaliers de la Jarretière sont tout simplement, chez nous, que nos nobles trappeurs aux forts Jarrets ou les Haut- Barons, rouges ou bleus, de l’ordre de la Raquette, avec leurs longs cordons jaunes, leurs tuques et les ceinturons aux trois couleurs.

Nous en avoris assez de chevaliers ou de piétons pour former nos légions d'honneur et donner nos décorations.

Nous avons nos missionaires du Christ, nos apôtres de la colonisation et nos ompagnons du fusil de la hâche et de la pioche. Ce sont là les nobles pionniers €. :

notre civilisation et de la natirn.

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La noble famille huronne, “ Ta-Hou- Ren-Ché ” ! vaut mieux, en Canada, ou tout autant, que la noblesse si ancienne et si vantée des “ Foo-Ché-SanghMohr-Is ”, si

bien connue dans la Chine, dit-on, et par-

mi quelques guerriers Mexicains, mais de.

moindre valeur en notre contrée si démocratique.

Votre noblesse se recrute dans tous les rangs de la société et l’on n’achète passes blasons. |

Le peuple dans sa juste reconnaissance ne manque jamais de lui imprimer un caractère ineffaçable, son écusson national.

Cela nous suffit. Voyons! Ouvrons un peu son grand livre d’or eé lisons les noms de quelques uns de ceux qu’il a suc ennoblir dans notre histoire traditionnelle et si caractéristique.

Le peuple sait, au contraire, marquer au front ses vilains, ses bourreaux et ses pendards, ccmme il a dit, dans sa dernière colère.

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Ce châtiment nationa!: ce triste arrêt

de mort contre eux, est plu: ignominieux à

nos yeux que la strangulation la plus cruelle sur la potence, tant de fois illustrée.

lavée dans le sang innocent.

C’est son dernier baptême d’opprobe que:

jamais ses enremis ne pourront faire oublier.

Tout comme le meurtre de Caïn, il noir-

cira toute la génération de ceux qu’il a

ainsi baptisés dans $a trop juste réproba.tion. |

. Nulle médaille étrangère, nulle bandoulière chamarrée, ne saurait cacher, du coté du cœur, la cicatrice infligée par toute

une: nation en pleurs et odieusement

oùtragée, puis trahie par les siens.

Le peuple ne sait rien oublier.

Récapitulons un peu ses distinctions.

héraldiques et nobiliaires.

Nous avons en premier lieu dans l'Eglise :

Lacroix, Lafièche, .Latour, LeMaitre,

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De la Chapelle, Desautels, Leclerc, Petitclerc, Servant, Bonnet, Barette, Bédeau, Le Suisse, Lemoine, L’'Abbé, L'Evêque, Cardinal et St-Pierre.

Dans l'Etat:

Le-Vassal, Les Bourgeois, Lepage, Le Bailli, L’écuyer, Veneur, Chasseur, Le Cavalier, Le Chevalier, Chambellan, Le Maréchal, Lecomte, Baron, Leduc, Marquis, Prince, Royal, Dauphin, Cyr, Roi, Sirois,

Monarques et autres.

Nos sources nobiliaires ne sont-elles pas aussi pures que celles des pays étrangers ?

Citons : Les Auclairs, Belleau, Desrivières, DesRuisseaux, Dulac, DeL’étang,

De la Marre, Des Fontaines, Dupuis, Des-

noulins, Des Fossés, Des-Côteaux, Du Rocher, De-la-Roche, Dumont, De-làmontagne, Deschamps, DesMarais, Desorès, Duclos, De la Vallée, Dussault, . ....

puis enfin, Lamère et nos Poissons.

Où trouver des eaux plus pures et des sources plus limpides que celles là ?

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Maintenant, quelles souches plus vivaces que les nôtres ?

Les Pepins, les Racines, Laplante, La- Branche, Les Bourgeons, Des-grands-bois, Boisvert, Delaforêt, Delorme, Desnoyers, Despins, Dufresne, Cormiers, Poiriers, Deschènes, Dessaulles, sans compter les Bellesfeuilles, Desnoyers, Deslauriers, Des Rosiers Duverger, Desjardins, et Lavigne, Latreille et Labière pour nos Prêt-à-baire, Boivins, Vingt-tonnaux, Soulards et leurs plus gais, collatéraux :

Les Sans-Soucis, Sans-chagrin, Bellehumeur, Brin-d’'Amour, La douceur, Lavertu, Monplaisir, Va-de-bon-cœur, La musique, La bonté, La joie, L’amoureux, Lemieux, Lepire et jusqu’à La Débaucle.

Voyons un peu nos familles illustrées dans les classes industrielles :

Les Bouchers, LeBœuf, Deveau, Chauveau, Dagneau, Laronde, Gigot, Cochon.

Les Casgrains, les Meuniers,les Boulangers, Pain, Painchaud, Dufour, Lafleur,

Lamie, Michon et Tarte. Les Massous Lapierre, Laroche, Cloutiers, Lapointe, Rivet, Lalime, Desmarteaux, DesForges, Masse et Massue. Les Charretiers, Beauchemin, Routiers, Voyer, Larue, Lavoie, Charons, Charettes, Cheval, Poulin, Roussin, Beaudet, Ross, Maréchal, Beauharnais, Clochette, Grelot, Vincelette, Descelles.

Martinette, Hudon et Versailles!

Les marchands, Merciers, Pelletiers, Serruriers, Charpentiers, Saulniers, Marins, Pilotes, Poudriers, Barbiers, Brosseurs et Teinturiers. |

Notre peuple n’a jamais non plus oublié d'illustrer le pays de la naissance.

Nous avons aussi nos nombreuses et nobles familles des :

Normands, Picards, Bretons, Touran- -geaus, Germains, Flamands, Portugais, Ro-

°‘ mains, Lionais, Provençal, Malouin, Du-

maine, Danjou, Damiens, DeBlois, Angers, Larochelle, St. Julien, Saintonge, Perche, LAuvergne, Languedoc, Clermont. Mont-

‘en ds

ferrand, De l'Isle, D’auray, Cherrier, L'E-

pinay, Langevin, Paris et La France, L'Anglais et Le François, etc., etc.

Ma foi, que voulons-nous de plus ?— Pour les gâtés de la nature, nous avons :

LeBeau, Joly, Bois-Joli, Joli-Bois, Bongrand, Beaugrand, Montgrand, Montpetit, Petit, Petitgros, Legras, Legros, Lejeune, Bonhomme, Ladouceur, LaForce, Lavigueur, Letendre, Doucet, Cousin, Leneveu, Legendre, Fluet, Lecours, Rondeauet Rinfret; Rouleru, Boiteau, Croteau, Buteau, 4 Droit, Crochu, LeBossu, Brochu, Têtu, Boul Taché, Paré, Huppé, Brulé, Barré, Bouré

‘Lagacé, Tassé, Faucher, Légaré, Chassé, : Sauvé, Tremblay, Picoté, Gagnon et Gagné,

et, tous, sont fiers de leur origine et, tous. portent avec. orgueil leurs distinctions nationales et de famille.

Cela leur, suffit.

Maintenant pour orner nos poitrines les plus vaniteuses, nos rubans d'honneur,

notre drapeau national, n'avons nous pas nos couleurs ?

LeBlanc, LeNoir, LeBrun, Duvert, Legris, LeRoux, et pour bouquets à nos bou- *tonnières : Laverdure, Lafleur, Desgenest, Dupoirier, Loranger, Laviolette, La-ulippe Lapensée, Rosa, Larose, Vertefeuille et Lépine. 3

Qu'avons nous tant besoin d’envier les titres et les décorations des nations étranñgères ; c’est ainsi qu'en Canada, le peuple a cru devoir distinguer les siens et perpétuer sa noblesse héréditaire fondue .en un seul ordre héraldique. |

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