‹ Les deux Diane (volume 2)Chapitre 26 sur 27 · IX DIANE · texte numérisé non relu

IX DIANE

pleur. ; >ui lui, ce pauvre mignon qui m'a tant aimée |

— !-:i moi. madame, 'lit en s'avançant, les yem pleins de larmes, Gabriel de Montgommerv, qui s'était jusque-là tenu ;i l'écart

— Oh ! merci ! lui dit Marie avec un regard où elle mit son amo.

— Fi je f^rai plus que do le pleurer, reprit à demi-voix Gabriel en suivant de loin (l'un œil 'le colère Montmorency qui se pavanait h côté de Catherine de Médieis... Oui, je I'

d rai t' -ni être, en reprenant l'oeuvre inachevée de ma propre vengeance. Puisque ce connétable est redevenu int. la lutte entre nous n'es! pas finie! Gabriel, en présence de ce mort, gardait donc, hélas 1 li aussi, une pensée por-onnello.

ent, Régnier La Planche a raison do dire « qu'il fait mauvais être roi pour mourir. »

Et il n'a pas moins raison sans doute quand il ajoute : a Durant ce rè.me (]o Fr.ineois deuxième, la France serv> <),• théâtre où furent jouées plusieurs terribles tra- ! que la postérité, à juste occasion, admirera et détesta ra tout ensemble. »

iniEU, FRANCE I...

Huit mois après la mort de François TT, le 15 aont 1561, Stuart était >ur 1" point de s*eaib irquerà alais pour son royaume d'

Ce^ huit mois elle les avait disputés jour par jour et, pour ainsi dire, heure par heure, à Catherine de Médicis

'•- au— i. pour de-; motifs 'iif i,de lui voirquitterla France. Mais Marie ne pouvait se résoudre, elle, à s'éloigner de ce doux pays où elle avait

été une reine si heureuse et si aimée. Jusque dans les douloureux souvenirs qui lui rappelaient son vouvage prématuré, ces lieux chéris avaient pour elle un charme et une poésie auxquels elle ne pouvait s'arracher.

Marie Stuart ne sentait pas seulement cette poésie, elle l'exprimait aussi. Elle ne pleura pas seulement la mort do François II comme une femme, elle la chanta comme uno muse. Brantôme, dans son admiration pour elle, nous a conservé la douce complainte qu'elle fit à cette occasion, et qui se peut comparer aux plus remarquables poésies de cette époque:

En mon triste et doux chant, D'un ton fort lamentable, Je jette un deuil tranchant De perte incomparable, Et en soupirs croissans Passent mes meilleurs ans.

Fut-il un tel malheur

De dure destinée,

Ni si triste douleur

De dame fortunée,

Que mon cœur et mon œil

Voient en bière et cercueil!

Que dans mon doux printemps, A fleur de ma jeunesso Toutes les peines sens D'une extrême tristesse Et en rien n'ai plaisir Qu'en regret et désir.

Ce qui m'était plaisant Me devient peine dure!

Le jour le plus luisant Est pour moi nuit obscure Et n'est rien si exquis Qui de moi soit requis I

Si en quelque séjour, Soit en bois, soit en prêe,

Soit à l'aube du jour Ou soil sur 1a vesprèe.

Sans cesse mon cœur sent Le regret d'un absent.

Si parfois vers les cieux Vien* à dresser ma vue, Le iloux trait de ses yeux Je vois en une nue.

Si les baisse vers l'eau.

Vois comme en un tombeau.

Fi j.' soi* en r» pos Snmm> illant su>- ma couche, .r.>y qu'il me lient propos, J> ii- sens qui nie touchel En labeur, en recoy, Toujours est près de moi.

Mets, chanson, ici fln A la triste complainte Dont sera le refrain :

Amour vraie et sans feinte Qui pour séparation N'aura diminution.

Ost a Riims où elle s'était retirée d'abord, auprès do son oncle de Lorraine, que Marie Stuart laissa échapper I plainte harmonieuse et touchante. Elle resta jusqu'à la fin du printemps en Champagne. Puis, les troubles religie ix qui avaient éclaté en Ecosse exigèrent sa présence s. D'jin autre côté, l'admiration presque passionné que Charles DC enfant témoignait en parlant de sa bellesoeur inquiétait l'ombrageuse régenta Catherine. Il fallut donc que Marie fltuart se résignât à partir. Elle rinl an mois de juillet prendre congé de la cour b < ,.'{ les marques de dévoûmenfcet presqui

•i qu'elle y r<-<;ut augmentèrent encore, s'il était mers regrets.

sur la Touraine et le Poitou, a été fi xé à vingt mille livre» do rente ; elle emportait aussi

en Ecosse de riches joyaux, et cette proie pouvait tenter quelque écumeur de mer. On craignait de plus pour elle quelque violence de la part d'Elisabeth d'Angleterre, qui voyait dans la jeune reine d'Ecosse une rivale. Nombre de gentilshommes s'offrirent donc à escorter Marie jusque dans son royaume, et, quand elle arriva à Calais, elle se vit entourée, non seulement de ses oncles, mais de monsieur de Damville, de Brantôme, enfin de la meilleure part de cette cour élégante et chevaleresque.

Marie trouva dans le port de Calais deux galères qui l'attendaient, toutes prêtes à son premier ordre. Mais elle resta encore a Calais six jours, tant ceux qui l'avaient accompagnée jusque là, arrivés au terme fatal, avaient peine à se séparer d'elle !

Enfin, le 15 août fut, comme nous l'avons dit, fixé pour le départ. Le temps, ce jour-là, était gris et triste, mais sans vent et sans pluie.

Sur le rivage môme, et avant de mettre le p'/ed sur la planche du bateau qui Fallait emmener, Marie, r-our remercier tous ceux qui l'avaient escortée jusqu'aux limites de la patrie, voulut donner à chacun d'eux sa main à baiser dans un adieu suprême.

Tous vinrent donc, tristes et respectueux, s'agenouiller devant elle, et poser tour à tour leurs lèvres sur cette main adorée.

Le dernier de tous fut un gentilhomme qui n'avait pas quitlé depuis Saint-Germain la suite de Marie, mais qui pendant la route était resté constamment en arrière, caché par son manteau et son chapeau, et qui ne s'était montré et n'avait parlé à personne.

Mais quand il vint à son tour s'agenouiller dev,r reine, son chapeau à la main, Marie reconnut Gabr ilontgnmmery.

— 0"oi! c'est vous, comte! lui dit-elle. Ah ! je suis reuse «le vous revoir encore, ami fidèle, qui avez j nvec moi mon roi mort. Mais, si vous étiez parmi r. îles gentilshommes, pourquoi donc ne vous êlcs-vo montré à moi?

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— J' irais besoin de vous voir et non d'Ptre vu. madame, répondit Gabriel. Dans mon isolement, je recueillais mieux mes souvenirs Pt savourais plus intimement la douceur qu'il v avait pour moi à remplir envers vous un si cher devoir.

— Merci encore une fois de cette dernière preuve d'atlachemenf. monsipur le comte, dit Marie Stuart. Je voudrais vous en témoigner ma reconnaissance mieux qu'avec des paroles. Hais je ne puis plus rien, et, à moins qu'il ne vous plaise de me suivre dans ma pauvre Ecosse, avec messieurs de Damville et Brantôme...

— An ! ce sérail mon vœu le plus ardent, madame! s'écria Gabriel. Vais un autre appel me relient en Franco. Une personne, qui m'est aussi bien chère et bien sacrée et que depuis plus de deux ans je n'ai pas revue, m'attend à l'heure qu'il est...

— S'a .irait-il de Diane de Castro? demanda vivement Mari-.

— Oui, madame, dit Gabriel. Par un avis reçu à Paris le mois dernier, aile me mandait à Saint-Quentin pouraujour- «i'hui 15 août. Je n'arriverai près d'elle que demain; mais, quelque soit le motif pour lequel elle me demande, elle me pardonnera* j'en -uis sûr, quand elle saura que je n'ai voulu vous quitter qu'au moment où vous quittiez la France.

— Chère Diane ! reprit Marie pensive, oui, elle m'a ai-

. et elle a été pour moi une soMir. Tenez,

Montgommery, remettez-lui en souvenir de

moi cet anneau, el allez la rejoindre bien vite. Bllea be-

oa peut-être, et, dès qu'il s'agil d'elle, je ne veux

rous retenir. Adieu. A lieu, mes amis, adieu tous. On

tl faut que je parte, bêlas ! il le faut.

Elle s'arracha auxadieuz qui voulaient la retenir encore^

: dt le pied sur la plancl iu, el passa sur la galère

eur de Mévilloi . vas enviés qui

isqu*en B

même que l'Ecosse ne pouvait consoler Marie de

IX qui venaient avec elle ne pouvaient lui

ceux qu'elle quittait. Aussi était-ce ceux-là

qu'elle semblait aimer le plus. Debout, à la [-roue do la

galère, elle ne cessait do saluer de son mouchoir quY-ile tenait à la main, et dont elle essuyait ses larmes, les parens et les amis qu'elle laissait sur le rivage.

Enfin, elle entra en pleine mer, et sa vue fut attiré? malgré elle vers un bâtiment qui allait rentrer dans le port d'où elle sortait et qu'elle suivait des yeux, enviant sa destinée, lorsque tout à coup le navire se pencha en avant comme s'il eût reçu un choc sous-marin, et, tremblant, depuis sa quille jusqu'à sa mâture, commença, au milieu des cris de son équipage, à s'enfoncer dans la mer ; ce qui se fit si rapidement qu'il avait disparu avant que la galère de monsieur de Mévillon eût pu lancer sa barque à son secours. Un instant on vit surnager, à l'endroit où s'était abîmé le vaisseau, quelques points noirs qui se maintinrent un instant sur la surface de l'eau, puis s'enfoncèrent les uns après les autres, avant qu'on pût arriver jusqu'à eux, quoique l'on fît force de rames ; si bien que la barque revint sans avoir pu sauver un seul naufragé.

— 0 mon Dieu! Seigneur! s'écria Marie Stuart, quel augure de voyage est celui-ci !

Pendant ce temps, le vent avait fraîchi, et la galère commençait de marcher à la voile ; ce qui permettait à la chiourme de se reposer. Marie voyant qu'elle s'éloignait rapidement de la terre, s'appuya sur la muraille do la poupe, les yeux tournés vers le port, la vue obscurcie par de grosses larmes, et ne cessant de répéter :

— Adieu, France! adieu, France !...

Elle resta ainsi près de cinq heures, c'est-à-dire jusqu'au moment où la nuit tomba, et sans doute elle n'eût point pensé à se retirer d'elle-même si Brantôme ne fût venu la prévenir qu'on l'attendait pour souper

Alors, redoublant de pleurs et de sanglots :

— C'est bien à cette heure, ma chère France, dit-elle, que je vous perds tout à fait, puisque la nuit, jalouse de mon dernier bonheur, apporte son voile noir devant mes yeux pour me priver d'un tel bien. Adieu donc, ma ibère France, je ne vous verrai jamais plus !

Puis, faisant signe à Brantôme qu'elle allait descendre après lui, elle prit ses tablettes, en tira un crayon, s'assit

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sur un banc, et, aux derniers rayons du jour, elle écrivît ces vers si connus :

Adiiu, plaisant pays de France!

0 ma patrie

La plus chérie, Qui a nourri ma jeune onfance!

Adieu, France! adieu, mes beaux jours!

1 .1 i i qui disjoint nos amours Va t u de moi que la moitié:

i urt te reste, elle est tienne. Je la fie a ton amitié, Puur que do l'autre il te souvienne.

Alors elle descendit enfin, et, s'approchant dos convives qui l'attendaient :

— J'ai fait tout le contraire de la reine de Carthage, ditelle; car Wdon, lorsqu'Enée s'éloigna d'elle, ne cessa de i garder les Ûots, tandis que moi je no pouvais détacher yeux de la terre.

on l'invita à s'asseoir et à souper, mais elle ne voulut prendre, et se retira dans sa chambre en recommanou timonier de la réveiller au jour si on voyait encure la terre.

Dei lu moins la fortuno favorisa la pauvre Marie ;

e r. le v. nt étant lurnbé, lo bâtiment ne marcha toute la nuit qu'à l'aide de rames j de sorte que, lorsque lo jour revint, on était encore en vu ; de la France.

Le limonier entra donc dans la chambre do la reine ainsi qu'elle le lui avait ordonné; mais il la trouva éveillée, assise >ur son lit, et regardant par sa fenêtre ouverte lo ri-

ipendant cette joie ne fut pas longue, lo vent fraîchit et

l'on perdit bientôt la Franco de vue. Marie n'avait plus

qu'un espoir, c'est qu'on apercevrait au largo la flotlo

■ i qu'on serait obligé do rebrousser chemin. Mais

denuère chance échappa comme les autres : un

brouillard, si épais qu'on ne pouvait se voir d'un bout de

la galère à l'autre, s'étendit sur la mer, et cela comme par miracle, puisqu'on était en plein été. On navigua donc au hasard, courant le danger de faire fausse route, mais aussi évitant celui d'être vu de l'ennemi.

En effet, le troisième jour, le brouillard se dissipa, el l'on se trouva au milieu de rochers où, saos aurun doute, la galère se fût brisée si l'on eût fait deux encablures do plus. Le pilote alors prit hauteur, reconnut qu'il était sur les côtes d'Ecosse, et ayant tiré très habilement le navire des récifs où il était engagé, il aborda à Leith, près d'Edimbourg.

Les beaux esprits qui accompagnaient Marie dirent qu'on avait pris terre par un brouillard dans un pays brouillé et brouillon. Marie n'était nullement attendue; aussi lui fallut-il, pour gagner Edimbourg, se contenter, pour elle et pour sa suite, de pauvres baudets mal harnachés, dont quelquesuns étaient sans selle, et n'avaient pour brides et pour étriers que des cordes. Marie ne put s'empêcher de comparer ces pauvres haquenéos aux magnifiques palefrois de France, qu'elle était habituée à voir caracoler aux chasses et aux tournois. Elle versa encore quelques larmes de regret en comparant le pays qu'elle quittait avec celui où elle venait d'entrer. Mais bientôt, avec sa grâce charmante, essayant de sourire à travers ses pleurs :

— Il faut bien prendre son mal en patience, dit-elle, puisque j'ai échangé mon paradis contre un enfer.

Telle fut l'arrivée de Marie Stuart en Angleterre. Nous avons raconté ailleurs (1) le reste de sa vie el sa mort, et comment l'Angleterre impie, ce bourreau fatal de tout ce que la France eut de divin, tua avec elle la grâce, comme elle avait déjà tué l'inspiration en Jeanne d'Arc, comme elle devait tuer dans Napoléon le génie.

(1) Les Stuarls.

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