‹ Les deux Diane (volume 2)Chapitre 25 sur 27 · LE I.1T DE MORT DES ROIS · texte numérisé non relu

LE I.1T DE MORT DES ROIS

La reine-mère, pondant cite nuit, n'avait pas perdu son temps. EMe avait d'abord envoyé chez le roi de Navarre le cardinal do Tonrnon, sa créature, et avait arrêté ses conventions écrites avec les n mrbons. Puis, avant le jour, elle avait reçu le chancelier L'Hôpital, qui lui apprit l'arrivée prochaine à Orléans de son allié le connétable. L'Bôpilal, prévenu par elle, promit de se trouver à neuf heures dans la grande salle du Bailliage qui précédait la chambre du Mi, ci d'y amener autant de partisans de Cattl qu'il pourrait en trouver. Enfin, la reine-mère, avait fait mander pour huit heures et demie I bapalain et deux ou trois antre- médecins royaui dont la médiocrité était l'ciinemie-née du génie d'Ambroise Paré.

»ns ainsi prises, elle entra la première, comme nous l'avons vu, dans la chambre du roi qui venait de 1er. Ett> alla d'abord au lit de son fils, le coutemi la quelques installa en hochant la tête comme une mère douloureux, mit un baiser sur sa main pendante, et, en mi une ou deux larmes, vint s'asseoir de façon à l'avoir toujours en vue.

Elle aussi, comme Marie Stuart, voulait désormais veiller, à sa manière, sur cette précieuse agonie.

Le duc de Guise entra presque aussitôt. Après avoir échangé quelques mots <^<'<- Marie, il alla vers son livre.

— Voua n'avez (jonc rien fait? lui demanda-t-il.

— flélasl je n'ai pu rien (air.', répondit le cardiaal.

— ' > tourne contre netos alors, reprit le Balafré. M y a foule, ce matin dans l'antichambre, d'Antoine de Na- ■

— Et dé Montmorency avez-vous des nouvelles?

— Aucune. J'en ai vainement attendu jusqu'ici. Il n'auîa pas pris la voie directe. Il est peut-être maintenant aux portes de la ville. Si Ambroise Paré échoue dans son opération, adieu notre fortune l reprit avec consternation Charles de Lorraine.

Les médecins, avertis par Catherine de Médicis, arrivèrent en ce moment.

La reine-mère les conduisit elle-même au lit du roi, dont les souffrances et les gémissemens avaient recommencé.

Les médecins examinèrent tour à tour leur royal malade, puis se groupèrent dans un coin pour se consulter. Chapelain proposait un cataplasme pour attirer au dehors les humeurs; mais les deux autres se prononcèrent pour l'injection dans l'oreille d'une certaine eau composée.

Ils venaient de s'arrêter à ce dernier moyen quand Ambroise Paré entra, accompagné de Gabriel.

Après avoir été examiner l'état du roi, il rejoignit ses confrères.

Ambroise Paré, chirurgien du duc de Guise, et dont la renommée de science s'était déjà établie, était maintenant une autorité avec laquelle il fallait compter. Les médecins lui apprirent donc ce qu'ils venaient de résoudre.

— Le remède est insuffisant, je l'affirme, dit Ambroise Paré à voix haute, et cependant il faut se hâter ; car le cerveau se remplira plutôt que je ne l'aurais cru.

— Oh t hâtez-vous donc, au nom du ciel ! s'écria Marie Stuart qui avait entendu.

La reine-mère et les deux Guises se rapprochèrent alors des médecins et se mêlèrent à eux.

— Avez-vous donc, maître Paré, demanda Chapelain, un moyen meilleur et plus prompt que le nôtre?

— - Oui, dit Paré.

-Et lequel?

— Il faudrait trépaner le roi, dit Ambroise Paré.

— Trépaner le roi ! s'écrieront les trois médecins avec horreur.

— tu quoi consiste donc cette opération ? demanda lo duc de Guise.

— Elle est peu connue encore, monseigneur, dit le chirurgien. Il >"u'it, avec un instrument inventé par moi et que je nomme trépan, de pratiquer sur Le sommet de la tête, ou plutôt sur la partie latérale du cerveau, une ouverture de la largeur d'un angelot.

— Dieu «lr miséricorde! s'écria avec indignation Catherine de Médicis. Porter le fer sur la tête du roi ! Et vous Poseriez!

— Oui, ma -lame, répondit simplement Ambroisc.

— Hais ce serait un assassinat! reprit Catherine.

— Eh ! madame, dit Ambroise, trouer la tête avec science et précaution, n'esl k pas faire seulement ce que fait journellement >ur le ebamp de bataille l'épée aveugle et \ aie? l'ourlant, combien de blessures ne guérissonsnous

— Enfin, demanda le cardinal de Lorraino, répondezvous îles jours du roi? maître Ambroise.

— Dieu seul a la vie et la mort des hommes dans ses mains, vous le savez mieux que moi, monsieur le cardinal. Tout ce que je puis assurer, c'est que cette chance est la il» riiière et la seule de sauver le roi. Oui, c'est l'unique chance! mais ce n'est qu'une chance.

— Vous dites pourtant que votre opération peut réus-ir, D'est-ce pas, ambroise 1 dit le Balafré. Voyons, l'avez-vous

pratiquée avec suci

— Oui, monseigneur, répondit Ambroise Paré ; il y a peu do temps encore sur monsieur de La Bretesche, rue de la Harpe, à la Rose Rouge, et, pour parler de choses que monseigneur pourra mieux connaître, je la fis au siège de Calais à monsieur de Pienne, qui avait été blessé sur la brèche.

Ce n'était peut-être pas sans intpntion qu' Ambroise Paré rappelait les souvenirs de Calais. Toujours est-il qu'il réussit et que le duc de Guise parut frappé :

— Bu effet, il m'en souvient, dit-il. Dès lors, je n'hésite { 13, moi. . je consens à l'opération.

— Et moi aussi, dit Marie Stuart que son amour éclairait sans doute.

— Mais non pas moi ! s'écria Catherine.

— En ! madame, puisqu'on vous dit que c'est notre seule chance ! reprit Marie.

— Qui dit cola? fit la reine-mère. Maître Ambroise Paré, un hérétique? Mais ce n'est pas l'avis des médecins.

— Non, madame, dit Chapelain, et ces messieurs et moi nous protestons contre le moyen que propose maître Paré.

— Ah ! voyez-vous bien? s'écria Catherine triomphante. Le Balafré, hors de lui, alla à la reine-mère et l'emmena

dans l'embrasure d'une croisée :

— Madame, écoutez ceci, lui dit-il à voix basse et les lents serrées, vous voulez que votre fils meure et que voire prince de Condé vive!... Vous êtes d'accord avec les lîonrbons et avec les Montmorency 1... Le marché est conclu, les dépouilles sont partagées d'avance !... Je sais tout. Prenez garde 1... je snis tout, vous dis-je 1...

Mais Catherine de Médicis n'était pas de celles qu'on intimide, et le duc de Guise se fourvoyait. Elle ne comprit que mieux la nécessité de l'audace, puisque son ennemi jetait ainsi le masque av^c, elle. Elle lui lança un regard foudroyant, et, lui échappant par un mouvement soudain, elle courut à la porte qu'elle ouvrit à deux battans ellemême.

— Monsieur le chancelier 1 cria-t-ello.

L'Hôpital, selon les ordres reçus, se tenait là dans la grande salle, attendant. Il y avait rassemblé tout ce qu'il avait pu rencontrer de partisans de la reine-mère et des princes.

A l'appel de Catherine, il s'avança en hâte, et les groupes de seigneurs se pressèrent curieusement du côté de la porte ouverte.

— Monsieur le chancelier, continua Catherine, à voix haute pour être bien entendue, on veut autoriser sur la personne du roi une opération violente et désespérée. Maître Paré prétend lui percer la tête avec un instrument Moi sa mère, je proteste avec les trois médecins ici présens

conlre ce crime... Monsieur le chancelier, enregistrez ma déclaration.

— Permet celte porte 1 s'écria le duc de Guise. Malgré les murmures des gentilshommes réunis dans la

le, Gabriel fit ce qu'ordonnait le duc. Le chancelier seul resta dans la chambre du roi.

— Maintenant, monsieur le chancelier, lui dit le Balafré, aehez que cette opération dont on vous parle est néces-

i, et que la reine et moi, le lieutenant général du royaume, nous répondons, sinon do l'opération, au moins du chirurgien.

— Et moi, s'écria Ambroise Paré, j'accepte en ce mo- ! suprême toutes les responsabilités qu'on voudra

(n'imposer. Oui, je veux bien qu'on prenne ma vie si je ne parnens à sauver celle du roi. Maishélasl il est bien temps! Voyez le roil voyez l

François II, en effet, livide, immobile, les yeux éteints, semblait ne plus voir, De plus entendre, ne plus exister. Il ne répondait plus, ni aux caresses, ni aux appels de Marie.

— Jhl oui, hatnz-YOUSl dit oe'le-ei à Ambroise, hâtezvous, au nom de Jésus! Tachez seulement de sauver la vie du roi. je protégerai la vôtre.

— Je n'ai le droit de rien empêcher, dit le chancelier impassible, mais mon devoir est de constater la protestation île ma.lame la reine-mère.

— Monsieur de L'Hôpital, vous n'êtes plus chancelier, reprit froidement le duc de Guise. Allez, Ambroise, dit-il au chirurgien.

— Nous nous retirons, nous, dit Chapelain au nom des

ins.

— Soit, répondit Ambroise. J'ai besoin du plus grand calme autour de moi. I.aksez-moi donc, si vous voulez,

-:eurs. Pour être seul maître, je serai seul responsable.

Depuis quelques instans, Catherine d s ne pro-

nonçait plus une parole, LJB fai^ut plus un mouvement. M retirés près de la fenAtro et regardait dans la cour du Bailliage, où l'on entendait un grand tumulte.

Mais, dans la crise de ce dénouement, personne, hormis elle, n'avait prêté d'attention au bruit du dehors.

Tous, et le chancelier lui-même avaient les yeux rivés sur Ambroise Paré qui avait repris le sang-froid supérieur du grand chirurgien, et qui préparait ses instrmnens.

Mais au moment où il se penchait vers François II, lo tumulte éclata plus proche, dans la salle voisine même. Un amer et joyeux sourire éclaira les lèvres pâles de Catherine. La porte s'ouvrit avec violence, et le connétable de Montmorency, armé comme en guerre, apparut menaçant sur le seuil.

— J'arrive à propos !... s'écria le connétable.

— Qu'est-ce que cela signifie? dit le duc de Guise en mettant la main sur sa dague.

Forcément, Ambroise Paré s'était arrêté. Vingt gentilshommes accompagnaient Montmorency et se répandaient jusque dans la chambre. A son côté, on voyait Antoine de Bourbon et lo prince de Condé. De plus, la reine-mère et L'Hôpital vinrent se ranger auprès de lui. Il n'y avait même plus moyen d'employer la forcQ pour être les maîtres dans la chambre royale.

— A mon tour, dit Ambroise désespéré, je me retire... — ■ Maître Paré, s'écria Marie Stuart, moi, la reine, je

vous ordonne de poursuivre l'opération I

— Eh ! madame, reprit le chirurgien, je vous ai dit que le plus grand calme m'était nécessaire I... Et vous voyez!...

Il montra le connétable et sa suite.

— Monsieur Chapelain, dit-il au premier médecin, essayez votre injection.

— Ce serait l'affaire d'un instant, dit vivement Chapelain. Tout est préparé.

Assisté de ses deux confrères, il pratiqua sur-le-champ l'injection dans l'oreille du roi.

Marie Stuart, les Guises, Gabriel, Ambroise laissaient faire et se taisaient, écrasés et comme pétrifiés.

Le connétable bavardait sottement tout seul.

— A la bonno heure ! disait-il, satisfait de la docilité forcée de maître Paré. Quand je pense que sans moi vous alliez ouvrir comme cela la tête du roi. On ne frappe ainsi les

rois de France que sur les champs do bataille, voyezvous I... Le fer de l'ennemi peut seul les toucher, mais lo fer d'un chirurgien, jamais I Et. jouissant de l'abattement du duc do Guise, il reprit :

— Il était temps que j'arrivasse, Dieu merci! Ah ! messieurs, vous vouliez, me dit-on, faire trancher la tête à mon cher et brave neveu, le prince de C.ondé I Mais vous avez réveillé le vieux lion dans son antre, et le voici 1 J'ai délivré le prince ; j'ai parlé aux États que vous opprimiez. J'ai, comme connétahle, congédié les sentinelles que vous aviez mises aux portes d'Orléans. Depuis quand est il d'usage de donner ainsi des gardes au roi, comrr-e s'il n'était pas en sûreté au milieu de ses sujets?...

— De quel roi parlez-vous? lui demanda Ambroise Paré, il n'y aura bientôt plus d'autre roi que le roi Charles IX ; car vous voyez, messieurs, dit-il aux médecins, maigri' votre injection, le cerveau s'engage, l'épanchemenl commence.

Catherine de Médicis vit bien à l'air désolé d'Ambroique tout espoir était perdu.

— Votre règne B'achève donc, monsieur, ne put-e!i

ficher de dire au Balafré.

François II. en ce momen1, se souleva par un brusque ut, rouvrit de grands yeux effarés, remua les s comme pour balbutier un nom, puis retomba lourdement sur l'oreiller.

lit mort.

Ambroise Paré, par un geste de douleur, l'annonça aux assi-1

— Ah ! madame 1 madame! vous avez tué votre enfantl ris M i ri» ■ Smart à Cathi rineeo bondissant éperdue, effarée,

j.i reine-mère enveloppa sa bru d'un regard venimeux et glacé, où déborda toute la haine qu'elle avait couvée pour elle pendant dix-hqi! mois.

— Vous, ma chère, lui dit-elle, vous n'avez plue le droit de parler ainsi, entendez-vous; car vou^ D'étés plus reine.

fait! rv;ne en Ecosse. Et nous vous renverrons au plus t t r ner dans vos brouillard-.

Marie Stuart, par une réaction inévitable après ce premier élan de la douleur, tomba, faible et sanglotante, à genoux, au pied du lit où gisait le roi.

— Madame de Fiesque, continua tranquillement Catherine, allez tout de suite chercher le duc d'Orléans.

— Messieurs, reprit-elle en regardant le dur de Guise et le cardinal, les États, qui étaient peut être à vous il y a un quart d'heure, sont maintenant à nous, vous vous en doutez bien. Il est entendu entre monsieur de Bourbon el moi que je serai régente et qu'il sera lieutenant général du royaume. Mais vous, monsieur de Guise, vous êtes encore le grand-maître, accomplissez donc le devoir do votre eharge, annoncez la mort du roi François II.

— Le roi est mort 1 dit le Balafré d'une voix sourde et profonde.

Le roi d'armes répéta à voix haute sur le seuil de la grand'salle, selon le cérémonial d'usage :

Le roi est mort l le roi est mort ! le roi est mort ! Priez Dieu pour le salut de son âme.

Et, tout de suite, le premier gentilhomme reprit :

— Vive le roi 1

Dans le même instant, madame de Fiesque amenait lu <luc d'Orléans à la reine-mère, qui le prit p.ir la main et sortit avec lui pour le montrer aux courtisans criaul uutour d'eux :

— Vive notre bon roi Charles IX !...

— Voilà notre fortune échouée 1 dit tristement le cardinal à son frère resté seul en arrière avee lui.

— La nôtre peut-être, mais non pas celle de notre niaison, répondit l'ambitieux. Il faut songer à préparer les voies à mon fils, maintenant.

— Comment renouer avec la reine-mère? demanda Charles de Lorraine pensif.

— Laissons-la se brouiller avec ses Bourbons et ses huguenots, dit le Balafré.

lis quittèrent la chambre par une porte dérobée en confinuant de causer...

— Hélas I hélas! murmurait Marie Stuart baisant la main placée de François II, il n'y a pourtant ici que moi qui

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