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LA CHAMBRE DES ENFANS DE FRANCE

Le roi, en rentrant chez lai, n'y trouva pas sa fille. L'huissier de service l'avertit qu'après l'avoir longtemps attendu, madame Diane avait passé dans le logement des enfans de France, priant qu'on la prévînt dès que Sa Majesté serait de retour.

— C'est bien, dit Henri, je vais moi-même l'y rejoindre. Qu'on me laisse, je veux aller seul.

Il traversa une grande salle, prit un long corridor, puis ouvrant doucement une porte, s'arrêta pour regarder derrière la haute portière entrebâillée. Les cris et les rires des enfans avaient couvert le bruit de ses pas, et il put voir sans être vu le plus charmant et le plus gracieux tableau.

Debout devant la croisée, Marie Stuart, la jeune et charmante mariée, avait autour d'elle Diane de Castro, Elisabeth et Marguerite de France, toutes trois empressées et babillantes, redressant un ph à son costume, ajustant une boucle dérangée à sa coiffure, donnant enfin à sa fraîche toilette ce dernier fini que les femmes seules savent donner. A l'autre extrémité de la chambre, les frères Charles, • Henri, et le plus jeune, François, riant et criant à qui mieux mieux, pesaient de toutes leurs forces sur une porte qu'essayait vainement de pousser le dauphin François, le jeune marié, à qui les espiègles voulaient interdire jusqu'au dernier moment la vue de sa femme.

Jacques Amyot, précepteur des princes, causait gravement dans un coin avec madame de Coni et lady Lennox, gouvernantes des princesses.

Il y avait là aussi réunis, dans l'espace que peut embrasr-

no LES DEUX DIANE.

ser d'un coup d'œil toute l'histoire de l'avenir, bien des malheurs, des passions et de ia gloire. Le dauphin qui s'appela François II, Elisabeth qui épousa Philippe II et devint reine d'Espagne, Charles qui fut Charles IX, Henri qui fut Henri III, Marguerite de Valois qui fut reine et femme de Henri IV, François qui fut duc d'Alençon, d'Anjou et de Brabant, et Marie Stuart qui fut reine deux fois (ÏLde plus rcarl}Te.

L'illustre traducteur de Plutarque suivait, d'un œil mélancolique et profond en même temps, les jeux de ces enfans et les destinées futures de la France.

— Non, non, François n'entrera pas, criait avec une sorte de violence le sauvage Charles Maximilion qui ordonna la Sainl-Barthélemy.

Et aidé de ses frères il réussit à pousser le verrou, et à rendre ainsi l'entrée tout à fait impossible au pauvre dauphin François, qui, trop frêle d'ailleurs pour l'emporter, même sur trois enfans, ne pouvait que trépigner etTimplorer au dehors.

— Cher François! comme ils le tourmentent dit Marie Stuart à ses sœurs.

— Tenez-vous donc, madame la dauphine, que j'attache au moins cette épingle, dit en riant la petite Mat-guérite. Quelle belle invention que celle des épingles, et comme celui qui les a imaginées l'an passé devait être un grand homme, ajouta-t-ello.

— Et l'épingle mise, reprit la tendre Elisabeth, je vais ouvrir, moi, à ce pauvre François, malgré ces démons ; ear je souffre de le voir ainsi soulfrir.

— Oui, tu comprends cela, toi, Elisab'^th, dit en soupirant Marie Stuart, et tu penses à ton gentil espagnol don Carlos, le fils du roi d'Espagne, qui nous a tant fêlées et diverties à Saint-Germain.

— Tiens! s'écria mahcieusement en battant des mains la petite Marguerite, Elisabeth rougit... le fait est quïl était galant et beau son Castillan.

— Allons donc 1 intervint maternellement Diane de Castro, la sœur aînée, il n'est pas bien de se railler ainsi entre sœurs, Mai'guerite.

Rien n'était plus ravissant en effet que l'aspect de ces quatre beautés si diverses et si parfaites ; boutons en fleurs l Diane, toute pureté et douceur; Elisabeth, gravité et tendresse; Marie Stuart, provoquante langueur; Marguerite, pétillante étourderie. Henri, ému et ravi, ne pouvait rassasier ses yeux de ce charmant spectacle.

Il fallut bien pourtant qu'il se décidât à entrer. — Le roil cria-t-on d'une voix; et tous et toutes se levant accoururent vers le roi et le père. Seulement Marie Stuart, restant un peu en arrière, vint tirer doucement le verrou qui retenait François captif. Le dauphin entra promptement, et la jeune famille se trouva ainsi complète.

-— Bonjour, mes entVins, dit le roi, je suis bien content do vous trouver ainsi tous en santé et en joie. — On te retenait donc dehors, François, mon pauvre amoureux ? mais tu v(is avoir le temps maintenant de voir souvent et toujours ta mignonne Oancée. Vous vous aimez bien mes enfaasT

— Oh ! oui, sire, j'aime Marie ! et le passionné garçon mit un baiser ardent sur la main de celle qui allait être sa femme.

— Monseigneur, dit vivement et sévèrement lady Lennoï, on ne baise pas ainsi publiquement la main des dames, en présence de Sa Majesté surtout. Que va-t-elle penser de madame Marie et de sa gouvernante?

— Mais cette main n'est-elle pas à moi? dit le dauphin.

— Pas encore, monseigneur, dit la duègne, et j'entends remplir jusqu'au bout mon devoir.

— Sois tranquille, reprit Marie à demi-voix à son mari qui boudait déjà, quand elle ne nous regardera pas, je te la rendrai.

Le roi riait sous sa barbe.

— Vous êtes bien austère, milady; mais vous avez raison, ajouta-t-il en se reprenant. — Et vous, messire Âmyot, vous n'êtes pas mécontent, j'espère, de vos élèves. Ecoutez bien votre savant précepteur, messieurs, il vit dans la fa-

"miliarité des grands héros de l'antiquité.— Messire Amyot, y a-t-il longtemps que vous n'avez eu de nouvelles de

Pierre Danoy, notre maître à tous les deux, et de Henri Etienne notre condisciple?

— Le vieillard et le jeune homme vont bien, sire, et seront heureux et fiers du souvenir que Votre Majesté a daigné garder d'eux.

— Allous, mes enfans, dit le roi, j'ai voulu vous voir avant la cérémonie, et suis aise de vous avoir vus. Maintenant, Diane, je suis tout à vous, ma mignonne, suivez-moi donc.

Diane, s'inclinant profondément, so mit en devoir de suivre le roi.

Vï.

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