DIVERS PROFILS DE GENS D'ÉPÉB
Aloyse guettait avec angoisse le retour de Gabriel à ta fefiétre basse de l'hôtel. Quand elle Taperçut enfin, elle leva au ciel ses yeux pleins de larmes, larmes de bonheur et de gratitude, cette fois.
Puis elle courut elle-même ouvrir la porte à son mattre bien-aimé.
— Dieu soit béni ! je vous revois, monseigneur, s'écrîa- 1-elle. Vous sortez du Louvre ? vous avez vu le roi?
— Je l'ai vu, répondit Gabriel.
— Eh bien ?
— Eh bieni ma bonne nourrice, il faut encore attendre.
— Attendre encore! répéta Aloyse en joignant les mains. Sainte Vierge ! c'est poinrtant bien triste et bien difficile d'attendre.
— Ce serait impossible, dit Gabriel, si, en attendant, je n'agissais pas. Mais j'agirai, Dieu merci! je pourrai me distraire de la route en regardant le but.
Il entra dans la salle et jeta son manteau sur le dossier d'un fauteuil.
Il n'apercevait pas Martin-Guerre assis dans un coin et plongé dans des réflexions profondes.
—Eh bien, Martin, eh bien, paresseux ! cria dame Aloyse À l'écuyer, vous ne venez seulement pas aider monseigneur à se débarrasser de son manteau ?
— Oh I pardon ! pardon I fit Martin en s'éveillant de sa rêverie et en se levant précipitamment.
— C'est bon, Martin, ne te dérange pas, dit Gabriel. Aloyse, jo ne veux pas que tu tourmentes mon pauvre Martin ; son zèle et son dévouement me sont en ce moment
«)lus que jamais nécessaires, et j'ai à m'enlendre avec lui le choses graves.
Tout désir du vicomte d'Exmès était sacré pour Àloyse. Elle favorisa Técuyer rentré en grâce de son plus aimable sourire, et sortit discrètement, pour laisser Gabriel plus libre de Tentretenir.
— Çà, Martin, dit celui-ci quand ils furent seuls, que faisais-tu donc là, de fait? et sur quel siyet méditais-tu si gravement ?
—Monseigneur, répondit Martin-Guerre, je me creusais, ê'il vous plaît, la cervelle pour deviner un peu l'énigme de l'homme de ce matin.
— Eh bieni l'as-tu trouvée ? reprit Gabriel en souriant.
— Très peu, hélas 1 monseigneur. S'il faut vous l'avouer, j'ai beau m'écarquiller les yeux, je ne vois absolument que la nuit noirer
— Mais je t'ai annoncé, moi, Martin, que je croyais voir autre chose.
— En effet, monseigneur, mais quoi ? c'est ce que je me tue à chercher.
— Le moment n'est pas venu de te le dire, reprit Gabriel. Écoute : tu m'es dévoué, Martin?
— Est-ce une question que fait monseigneur î
— Non , Martin, c'est ton éloge. J'invoque ce dévouement dont je parle. Il faut, pour un temps, t'oublier toimême, oublier l'ombre qu'il y a sur ta vie et que nous dissiperons plus tard, je te le promets. Mais à présent, j'ai besoin de toi, Martin.
— Ah I tant mieux I tant mieux I tant mieux f s'écria Martin-Guerre.
— Mais entendons-nous bien, reprit Gabriel. J'ai besoin de toi tout entier, de toute ta vie, de tout ton courage, veux-tu te fier à moi, ajourner tes inquiétudes personnelles et te donner à ma seule fortune ?
— Si je le veux! s'écria Martin. Mais, monseigneur, c'est mon devoir, et qui plus est, mon plaisir. Par saint Martin I je n'ai été que trop longtemps séparé de vous I je veux réparer les jours perdus, grêle et tempête I Quand il j aurait des légions de Martin-Guerre à mes trousse^^
iM LES DEUX DUNE.
yez tranquille, monseigneur, je m'en moqnered enttëfément. Dès que vous serez là, devant moi^ je ne tertâi que f 0U9 au monde.
— Brave cœur I dit Gabriel. Réfléchis pourtant, HéUKitt, que l'entreprise où je te demande de t'éttgâget l»t pMhè de dangers et d'abîmes.
--^ Baste I on saute par dessus f dit Martin ifii feitokf Ckh quer ses doigts avec insouciance.
— Nous jouerons cent fois nos existences^ Martini
— Tant vaut l'ei^'eu^ tant vaut la partie^ monseign«iir I
— Mais cette partie terrible, une fois qu'elle ^ra èfigld^ gée, ami, il ne nous sera plus perods de la quittée.
— - On est beau joueur ou on ne FéSt pSSf fëpf^ âèfement Técuyer.
— N'importe l dit Gabriel, malgré toute ta If^éoltitfôA, tu ne prévois pas les chances redoutables et étranges que comporte la lutte surhumaine dans laquelle je Vaiâ te eotiduire ; et tant d'eflfôrts resteront peut-être, songes-y bien, sans récompense 1 Martin, pense à ceci : le plan qtill me faut accomplir^ quand je l'envisage, il me fait peut i nioimême.
— Bon I les péfils et moi ii(5us tiouâ connaissons,.. dit Martin d'un eli capable, et quand on a eu ^honneur d'être pendu...
— Martin, reprit èràbriel^ il iaodra braver les &étùemf ^ î^ouir de la tempête, nre de l'impossible !«..
— Nous rirons 1 dit Martin-Guerre. A vous parler franchement, monseigneur, depuis mon gibet, les joufs qûejtf vis me paraisisent des jours de grâce, et je ne vais pas chicaner le bon Dieu sur la portion de surplus qu'il veut bien m'ectroyer. Ce que le marchand vous accorde par-dessus le marché, il ne faut pas le compter ; sans quoi^ l'on esl un ingrat ou un sot.
— C'est dit alors, Martin I reprit le vicomte d'Eïmès, td partages mon sort et tu me suivras*
— Jusqu'en enfer, monseigneiirl pouiYtt toutefois qtid ce soit pour narguer Satan; oAt on est bon catholiqttê).
— Ne crains rien là-dessus, dit Gabriel. Tu compromets
LES ÙËUÎ DIAi^. t6
tras peut-être avec moi ioû salut en ce monde, mais non pas dans l'autre.
— C'est tout ce qu*il me feut, reprit ttfartin. Mais est-ce que monseigneur n'avait pas à me demander autre chose que ma vie?
— Si vraiment, dit Gabriel ôh souriant de la naïveté héroïque de cette question; si vraiment, Martin-Gruerre, il faut encore que tu me rendes un service.
— De quoi s'agit-il, monseigneur?
— Te ferais-tu bon, reprit Gabriel, de me chercher et de me trouver le plus proiiiptement possible, aujourd'hui même s'il se pouvait, \me douzaine de compagnons de ta trempe, braves, forts, hardis, qui ne redoutent ni le fer ni le feu, qui sachent supporter la faim et la soif, le chaud et le froid, qui obéissent comme des anges et se battent comme des démons? Cela se peut-il?
— C'est selon. Seront-ils bien payés? demanda Martin- Guerre.
— Une pièce d'or pour chaque goutte de leur sang, dit Gabriel. Ma fortune est la moindre chose que je regrette, hélas! dans la pieuse et rude tftche que je dois mener à bout.
— A ce taux-là, monseigneur, reprit Técuyer, je vous ramasserai en deux heures de bons chenapans qui, je vous en réponds, ne plaindront pas leurs blessures. En France, et surtout à Paris, on ne chôme jamais de lurons pareils* Mais qui serviront-ils î
— Moi-môme, dit lé vicomte d*Éxmès. Ce n^estpas comme capitaine des gardes, c'est comme volontaire que je vais faire la campagne qu'on prépare. Il me faut des gens à moi.
— Ohl s'il en est ainsi, monseigneur, dit Martin, j'ai d'abord sous la main, et prêts au premier signal, cinq ou six de nos anciens gaillards de la guerre de Lorraine. Ils jaunissent, les pauvres diables, depuis que vous les avez congédiés. Vont-ils être contens de retourner au feu avec vousl Ah ! c'est pour vous-même que je vais recruter? Ohl bien alors» dès ce sohr, je vous présenterai votre galerie complète.
~ Bien! dit Gabriel. Une eondition nécessaire de leur ;^rôlement, c'est qu'ils devront se disposer à quitter Paris à toute heure et à me suivre partout où j'irai, sans questions ni commentaires, sans seulement regarder si nous marchons vers le sud ou vers le septentrion.
— Ils marcheront vers la gloire et l'argent les yeux bandés, monseigneur.
— Je compte donc sur eux^et sur toi, Martin. Pour ta part, à toi...
— N'en parlons pas, monseigneur, interrompit Martin.
— Parlons-en, au contraire. Si nous survivons à la bagarre, mon brave serviteur, je m'engage ici solennellement à faire pour toi ce que tu auras fait pour moi, et à te servir à mon tour contre tes ennemis, sois tranquille. En attendant, ta main, mon fidèle.
— Ohl monseigneur I dit Martin-Guerre en baisant respectueusement la main que lui tendait son maître.
— Allons, va, Martin, reprit le vicomte d'Exmès; ni^tstoi tout de suite en quête. Discrétion et courage! J'ai besoin maintenant d'être seul.
— Pardon! monseigneur va-t-il rester à l'hôtelT demanda Martin.
— Oui, jusqu'à sept heures. Je ne dois aller au Louvre qu'à huit.
— En ce cas, reprit Técuyer, avant sept heures, monsieur le vicomte, j'espère pouvoir vous présenter au moins quelques échantillons du personnel de votre troupe.
Il salua et sortit, tout fier et tout préoccupé déjà de sa haute mission.
Gabriel, resté seul, passa le reste du jour enfermé, à consulter le plan que lui avait remis Jean Peuquoy, à écrire des notes, à marcher de long en large dans sa chambre et à méditer.
Il ne fallait pas qu'il laissât le soir une seule objection du duc de Guise sans réponse.
Il s'interrompait seuiement de temps en temps pour répéter d'une voix ferme et d'an cœur ardent :
— Je te sauverai, mon pèrel Ma Diane, je te sauverai- Vers six heures, Gabriel, sur les instances d'Aloyse, ve-
naît do prendre quelque nourriture, Martin-Guerre entra d'un air grave et composé :
— Monseigneur, dit-il, vous plairait-il recevoir six ou sept de ceux qui aspirent à l'honneur do servir sous vos ordres la France et le roi?
— Quoil d^à six ou sept! s'écria Gabriel.
— Six ou sept inconnus de monseigneur. Nos anciens de Metz compléteraient les douze. Ils sont tous enchantés de risquer leur peau pour un maître tel que vous, et acceptent toutes les conditions que vous voudrez bien leur faire.
— Diable I tu n'as pas perdu de temps, dît le vicomte d'Exmès. Eh bionl voyons, introduis tes hommes.
— L'un après Vautre, n'est-ce pas? reprit Martin-Guerre. Monseigneur pourra mieux les juger ainsi.
— L'un après l'autre, soiti dit Gabriel.
— Un dernier mot, ajouta l'écuyer. Je n'ai pas besoin d'avertir monsieur le vicomte que tous ces hommes me sont connus, soit par moi-môme, soit par des informations exactes. Ils sont d'humeurs diverses et d'instincts variés ; mais leur caractère commun, c'est une bravoure à l'épreuve. Je puis répondre à monsei^eur de cette qualité essentielle, s'il veut bien être indulgent d'ailleurs à l'endroit de quelques petits travers.
Après cette harangue préparatoire, Martin-Guerre sortit un instant, et revint presque aussitôt suivi d'un grand gaillard au teint basané, à la tournure leste, à la physionomie insouciante et spirituelle.
— Ambrosio, dit Martin-Guerre en le présentant.
— Ambrosio ! c'est un nom étranger. N'est-il pas Français? demanda Gabriel.
— Qui le sait? dit Ambrosio. On m'a trouvé enfant, et j'ai vécu homme dans les Pyrénées, un pied en France, un pied en Espagne, et ma foi! j'ai gaîment pris mon parti de ma double bâtardise, sans en vouloir autrement ni au bon Dieu, ni à ma mère.
— Et comment viviez-vous? reprit Gabriel.
— Ah ! voilà, dit Ambrosio. Impartial entre mes deux patries, je tâchais toujours, dans la limite de mes faibles moyens, d'annuler entre elles les barrières, d'étendre à
(te LËâ ï)ËUt blAi^
chacune d'elles les avantagée do l'airtte, et, pdt (56 libfè échange des dons qu'elles lienneùt àéparément de W Pto^ yidence, de contnbtlët, en fils pieux, de (dut mon pouvoir & leur tnutuelle pfost)érîté.
— En un mot, reprit Martin-Guéffé, Ainfitcâô fàiSSit M contrebande.
— Mais, continua AiriM'oslo* M^àlé 4U fttttctfité^ espagnoles comme aux autorités tfétù^^es, fUëcbSùu ë( ptntfsuivi k la foiâ pdr meS iûgt^të cotiftpàttibtéS de^ dèM Msans pyréùéens, j'ai pji^ le pàtrll de ïèïrf ééàèf k {flàéë et de venir à Paris, ville dé rësàbttftes rfbttf les Dl^s...
— Où Ambi'osio serait hétltëûi, éjôuta iBatftiÙ, dé ftiéttrô au sei^vice dutièojtite d^Ëimësson întf épidiié, ^ii àdr^se et sa longue habl{6<!fè de ik&Mhë ëi dû dâÉgëf.
— Accepté Ambl'osiO të ôôhtf ëJliandîëi' ! dlC Gàbflèh  un autre.
Àmbrosio lâortit, iràvi, et Ûi place à tin pëf^nHagë de niine ascétique et dé flli^onâ discf ètë§j vSm d'une loi^ô cape brime, avec ùii chapelet â gros ^ains autottr duéàtt.
Martin-Guèrrè i^arihohça Sous Te ûotà dô Lactâncë^.
— Lâdancé, éjôute-t-il, a déiâ Servi sôus le^ ùtitëè dé monsieur dé Côlig:ify, qui lé régretie et qm en rendfa bon témoignage à monseigneur. Mais Lactahce est un iélé (ath^olique, et il lOi îépugnait d'obéir â un chef éùta^hé d'néfésié.
tactance, Sans mot dire, approuvait par signes dé la tôtt et de la main les paroles de Martin, qui continua i
— Ce pieux soudard era, comfne c'est son devoir, fous ses efforts pour contenter monsieur le vicomte d^fecmès ; mais il demande que toutes faciUtés et libertés lui soient laissées pouf accomplir rigoureusement les pratiques de religion qu'exige son salut. Obligé par la profession de* armes qu'il a embrassée, et par sa vocation naturelle, à Se battre contre ses frères en Jésus-Christ ei à les tuer le pTitt possible, Lactance estime sagement qu'il lui faut dti moins compenser à force d'austérités ces nécessités cruelles* Plus Lactance est enragé à là bataille, plus Lactance est ardent à la messe, et il a teiaoncé & compter les jeÀnëd êl les pènitenceâ qu'ait s'est iitipo^ pou^ lëâ ihcfHÂ et léS
lUmé^ qu'il .çi (^mgjé^ «ymt leur heure w^ pie4 ùx trôpa
du Seigneuy,
rr- Accepté ILACtanca to <}éyotl K)it en aouriant; Gabriel.
Lactanee, toujours silencieux, s'inclina profondément et sortit en marmottant une prière de reconnaissance au ^ès-Haut qui venait de lui accorda la faveur d'être agréé par un si vaillant capitaine.
Après Lactanee, Martin-Guerre introduisit, sous le nom dnrvonnet, un jeune homme de taille moyenne, à la figure distinguée et fine, aux mains petites et soignées. Depuis sa fraise jusqu'à ses bottes, son costume était non-seulement propre, mais coquet. Il salua Gabriel le plus gracieusement du monde, et se tint debout devant lui, dans une pose aussi respectueuse qu'élégante, secouant légèrement de la main quelques grains de poussière qui s'étai^t attachés à sa manehe droite.
— Voilà, monseigneur, le plus déterminé de tous, dit Martîn-Guerm, ITvoiiHet, dans les môlées, est un vrai lion, déchaîna que rien n'arrête. Il frappe d'estoc et de taille avec une sorte de frénésie. Mais c'est surtout à l'assaut qu'il brilla. Il ftiut toujours qu'il mette 1q pied le premier sur la première échelle, et qu'il plante le prewer éten*- 4ard fr woais *Mr le» murailles ennemies^
-T Mais ^'Q^t 4on0 un vrni héros 7 dit Qabrîel.
im Je fois de mon miisux, reprit mod^tement Tvonnet, et monsieur MartiUri^uerre apprécie sans doute au delà de leur valeur mes laibles eilorta.
-^ Non, je vous rends justice, dit Martin, et la preuve, c'est qu'après avobr vanté vos vertus, je vais signaler vos débuts. Yvonnet, monseigneur, n'est le diable sans peur dont je vous parle que sur le champ de bataille. Il est nécessaire à sa bravoure qu'autour d'elle le tambour retentisse, les flèches sifflent, le canon tonne. Hors de là, et dans la vie ordinaire, Yvonnet est timide, impressionnable et nerveux comme une jeune fille, fia sensibilité exige les plus grands ménagemena. Il n'aime pas rester seul dans l'obscurité, il a en horreur les souris et les araignées, et perd volontiers connaissance pour une ^atignure. 11
— Jusqu'au 1« janvier? répéta Pierre, Je Içluidi^, milord.
— Bien I voici votre reçu, l'ami, de plus, pour vous, an petit dédommagement des peines de ce long voyage. Prenez. Prenez donc I
L'homme, qui avait paru d*abord hésiter, se ravisa et accepta la bourse que lui offrait lord Weijtwortb.
— Merci, milord, dit-il. Mais milord m'accor(Jera-t-i| encore une grâce I
— Qu'est-ce que c'est! demanda le gouverneur 4^ O^W*
— Outre cette dette que je viens d'acquitter envers milord, reprit le messager, le vicomte d'Eimè^ en ^coptracié une autre, pendant son séjour ici, envers un de§ habi{jans de cette ville, un nommée. Comment est-ce ^onQ qu'pf^lp nomme? Un nommé Pierre Peuquoy, dont il /| été VMtO*
-r Eh bien ? dit lord WentWQjrtb,
— Eh bieni milord, me 3era-t-il permis d'allejr présçif^ ment chez ce Pierre Peuquoy pour lai r^jnbQqm^r s^ avances ?
««- Mais sans doute, dit le gouverneur t Qn ¥Oip jnqmtff^ sa maison. Voie} votre laissez-passer poijjr ^rU7 # Cfl4ai#* Je voudra pouvoir vou§ pef w^ttrc d y §if jourfter qi^^lques jours; vous auriez peut-être besoii^ 4e vous Reposer 4^ voyage. Mais les règlemj&ns de )a pl^QC dé^pdpnt d'y gnp^ 4iïr un étranger, un Fray^çajs sart/oi^i, ^im 4pijc, f jwnl, et bonne route !
— Adieu, et bgnftQ chance, milord, avec toim mes |remercîmens.
En quittant l'hôtel du gouverneqri le me^ger,¥ïO|laans 3'âlre trompé encore dix fols de chemiq, se rendit f )ie du Martroi, oii demeurait, si nos lecteurs veulent ^p p0 ]% rappeler, l'armurier Pierre Peuquoy.
L'envoyé de Gabriel trouva Pierre Peuquoy p)u9 (i^ifli encore dans sqn ate}ier que lord WeptTforth 4&p£ son hôtel. L'armurier, qui le prit d'abord pour une pp^itlqiiii le reçut avec une indifférence marquée.
Néanmoins, quand l'autre s'annonga comme yenfiQt di îa part du vicomte d'Exmès, le front du brave bOHfgépùi s'éclaircit soudainement.
ensemble tout d'une pièce en emboîtant le pas avec pr6cision.
— Le suivant, dit Martin-Guerre, a nom Pilletrousse. Le voici.
Une espèce de brigand, à la mine farouche, aux habits déchirés, ût son entrée en se dandinant avec embarras, et en détournant les yeux de Gabriel comme d'un juge.
— Pourquoi paraissez-vous honteux, Pilletrousse? lui demanda Martin-Guerre avec aménité. Monseigneur que voici m'a demandé des gens de cœur. Vous êtes un peu plus... accentué que les autres, mais, en somme, vous n'avez pas à rougir.
11 reprit gravement en s'adressant à son maître :
— Pilletrousse, monseigneur, est ce que nous appelons un routier. Dans la guerre générale contre les Espagnols et les Anglais, il a fait jusqu'ici la guerre pour son propre compte. Pilletrousse rôde sur nos grands chemins, remplis à cette heure de pillards étrangers, et Pilletrousse pille les pillards. Pour ses compatriotes, nourseulement il les respecte, mais il les protège. Donc, Pilletrousse conquiert, il ne vole pas. Pilletrousse vit de butin, non de larcins. Néanmoins, il a éprouvé le besoin de régulariser sa profession... errante, et d'inquiéter moins... arbitrairement les ennemis de la France. Aussi a-t-il accepté avec empressement l'ollre de s'enrôler sous la bannière du vicomte d'Ëxmès...
— Et moi, dit Gabriel, sous ta caution, Martin-Guerre, je le reçois, à condition qu'il ne prendra plus pour théâtre de ses exploits les routes ou les sentiers, mais les villes fortes et les champs de bataille.
— Rends grâce à monseigneur, drôle, tu es des nôtres, dit au routier Martin-Guerre, qui semblait avoir un faible pour ce coquin.
— Oh I oui, merci, monseigneur, reprit avec effusion Pilletrousse. Je vous promets de ne plus jamais me battre maintenant un contre deux ou trois, mais un contre dix toujours.
— A la bonne heure I dit Gabriel.
Celui qui vint après Pilletrousse était un individu pâle,
i%è LES DEUX DIANE.
mélancolique et même soucieux, qui semblait ennsager Tunivers avec découragement et tristesse. Ce qui ajoutait surtout au cachet lugubre de sa figure, c'étaiest les balafres et cicatrices dont elle était largement et abondamment couturée.
Martin-Guerre présenta cette septième et demi^ recrue sous l'appellation ^nèbre de Malemort.
— Monseigneur le vicomte d'Bxmès serait réellement coupable s'il refusait le pauvre Malemort, aJouta-4-il. Malemort est, en effet, atteint d'upe passion, d'une passion sincère et profonde, à l'endroit de Bellone, pour parler un peu mytbologiquement. Mais cette passion a jusqu'ici été bien malheureuse. L'infortuné a un goût fini et proncmcé pour l^ guerre ; il pe se plaît que dans les combats, il n^st beureux que devant un beau carnage, et il n*a encore, hélas ! goAté à son bonheur que du bout des lèvres. Il se Jette 1^ aveuglément et si furieusement dans les mêléee, qut toujours il vous attrape, du premier bond, quelque enfilade qui le mat sur lo fianc et le renvoie d'abord à Tam-r bulance, où il passe le reste de la bataille à gémir, moins de sa blessure que de son absence. Tout son corps n^est qu'une plaie ; mais il est robuste, Dieu merci I il se relève promptement. Seulement il lui &ut attendre une autre oo-i casioni Ce long désir inassouvi le mine plus que tout le sang qu'il a si glorieusement perdu. Monseigneur v(it qu'il y aurait vraiment conscience à exclure oe mélancolique batailleur d'une joie qu'il peut lui procura avec avantage réciproque.
— Aussi j'accepte Malemort aveo enthousiasme, moii cher Martin, dit Gabriel.
Un sourire de satisfaction effleura la face pftle de Malemort. L'espérance ranima d'une étincelle ses yeux éteints, et il alla rejoindre ses camarades d'un pas plus allègre que lorsqu'il était entré.
— Sont-ce là tous ceux que tu as à me présenter ? demanda Gabriel à son écuyer.
— Oui, monseigneur, je n'en ai pas, pour le moment, d'autres à vous offrir. Je n*osais espérer que monseigneur les accepterait tous.
— Je serais difficile, dit Gabriel ; tu as le goût bon et sûr, Martin. Reçois tous mes compiimens sur ces heureux choix.
— Oui, dit modestement Martin-Guerre, j'aime à penser au fond que Malemort , Pilletrousse, les deux Scharfenstein, Lactance, Yvonnet et Ambrosio ne sont pas précisément des gaillards à dédaigner.
— Je le croig bien I dit Gabriel. Quels rudes compagnons!
— Si monseigneur, ajouta Martin, consent à leur adjoindre Landry, Ghesnel, Aubriot, Contamine et Balu, nos vétérans de la guerre de Lorraine , j'estime, avec monsei gneur à notre tête, et quatre ou cinq des gens d'ici pour nous servir, que nous aurons une troupe véritablement bonne à montrer à nos amis, et, mieux encore» è nos ennemis.
— Oui, certes, dit Gabriel, des bras et des têtes de fer I Tu fiBras armer et équiper ces douze braves dans le plus bref délai, Martin. Mais repose-toi aujourd'hui. Tu as bien employé la journée, ami, et je t'en remercie ; la mienne, quoique pleine aussi d'activité et de douleur, n'est cependant pas encore achevée.
— Où donc monseigneur va-t-il ce solrî demanda Martin-Guerre.
■— Au Louvre, auprès de monsieur de Guise, qui m'attend h huit heures, dit Gabriel en se levant. Mais, grâce à la promptitude de ton zèle, Martin, j'espère que quelques unes des difficultés qui pouvaient se présenter dans mon entretien avec le duc sont d'avance levées.
— Oh I j'en suis bien heureux, monseigneur.
— Et moi donc, Martin I Tu ne sais pas à quel point j'aî besoin de réussir 1 Oh l mais je réussirai !
Et le noble jeune homme se répétait dans son cœur, e& se dirigeant vers la porte pour se rendre au Louvre :
— Oui, je te sauverai, mon père ! ma Diane, je te sauverai I