‹ LES DEUX DIANE IIChapitre 4 sur 14 · DE FRANGE · texte numérisé non relu

DE FRANGE

Gabriel, en arrivant avec Colîgny aux portes du Louvre, fut altéré du premier mot qu'il entendit.

Le roi ne recevait pas ce jour-là.

L'amiral, tout amiral et neveu de Montmorency qu'il était, se trouvait trop fortement entaché du soupçon d'hérésie pour avoir à la cour beaucoup de crédit. Quant au capitaine des gardes, Gabriel d'Exmès, les huissiers du logis royal avaient eu le temps d'oublier sa figure et son nom. Les deux amis eurent de la peine rien qu'à franchir les portes extérieures.

Ce fut bien pis au dedans. Ils perdirent plus d'une heure en pourparlers, séductions, menaces môme. A mesure qu'ils avaient réussi à faire lever une hallebarde, un autre venait leur barrer le chemin. Tous ces dragons, plus ou moins invincibles, qui gardent les rois, semblaient se multiplier devant eux.

Mais lorsqu'ils furent arrivés, à force d'instances, dans la grande galerie qui précédait le cabinet de Henri II, il leur lut impossible de passer outre. La consigne était trop sévère. Le roi, enfermé avec le connétable et madame de Poitiers, avait donné les ordres les plus stricts pour qu'on ne le dérangeât sous atsjeun prétexte.

Il fallait que Gabriel, pour avoir audience, attendît jusqu'au soir.

Attendre, attendre encore, quand on croit enfin toucher au but poursuivi par tant de luttes et de douleurs I Ces quelques heures à traverser paraissaient à Gabriel plus re-

LE» DfiUI DIANE.

doutables et plus mortelles que tous les dangers qu'iUavait Jusque-là bravés et vaincus.

Sans entendre les bonnes paroles par lesquelles l'amiral essayait de le consoler et de lui faire prendre patience, il regardait tristement par la fenêtre la pluie qui commençait à tomber du ciel assombri, et, saisi de colère et d'angoisse, il tourmentait fiévreusement la poignée de son épée.

Comment renverser et dépasser ces gardes stupides qui l'empêchaient de parvenir jusqu'à la chambre du roi, et peut-être jusqu'à la liberté de son père?...

Tout à ôoup la portière de l'antichambre royale se souleva, et une forme blanche et rayonnante sembla au momo jeune homme illuminer l'atitiosphère grise et pluvieuse.

La petite reine-dauphine, Marie Stuart, traversa la gaffie.

[|f^)4el, comme d'instinct, jeta un cri et étendit les biat

vers elle.

^ Oh i madameî'St^t ^^^^^ ^ rendre même compta é» son mouvement.

Marie-Stuart se retourna, rèèSQput l'amiral et Gabriel, ôt vint tout de suite à eux, souriante €omme toujotift.

^ Vous enfin de retour, monsieur le'l^comte d'ÈXiâèsI dit^Ue* Je suis heureuse de vous revoir; j'ai beaucoup entendu parler de vous dans ces derniers tetnpâ. Mais que iMites-vouô au Louvre à cette heuïe matinale, ?t que vOule**V0U8?

— Parler au roi ! parler au roi, madame 1 répc&dit Gabriel d'une voit étranglée. s

— Monsieur d'Exmès, dit alors l'amiral, a en efet bien besoin de parler sur-le-champ à Sa Majesté. La cl^bse est ^ve pour lui et pour le roi lui-même, et tous ces^^gardes lui interdisent le passage, en le remettant à ce soir>

— Gomme si je pouvais attendre à ce soirt s'écfl^ Ga-* briel. V

— C'est que, dit Marie Stuart, je crois que Sa Ua^é achève en ce moment de donner des ordres imporltns* Moiîsieur le connétable de Montmorency esteiMK>re avefMii roi,et« vraiment, je crains...

LÉS fifitjï eijwë. Té

ttûte^i éùpplîàûi de Gabnél empêcha Marie d'achever sa phrase.

— Allons, voyons, ténl pîsf je me risque, dit-elle.

Elle fit tin signe de sa main, mignonne. Les gardes s'ééâftèreût feSpectueuseniènt. èàbriel et l'amiral puieni passer.

— Oh! îriérci, madéune, dit l'àf dent jeune bomme« lîtèréi â tôus^ qui, parèîitë eh tout à un ange, m'apparaissez toujours pour me consoler ou pour m'aider dans mes dôuletii^s.

Si vêhti

prie. j ■ 1 tf

Elle Ûi & 6aMèl et h son compagnon un salut gracieux et disparut.

Gabriel était déjà à la porte du cabmet du roi. Il y avait, dans la dernière àntiohambre, un dernier huissier qui Msait encore mine de s'opposer à leur passage. Mais, au méfne insfant, la porte s'ouvrait, et Henri II paraissait en personne sur le seuil, achevant de donner quelques instructions au connétable.

La vertu du roi n'était pas la résolution. A la vue subite du vicomte d'Ëxmès, il recula, et ne sut pas même s'irriter.

La vertu de Gabriel était la fermetés II s'incMna d'abord profondément devant le roi.

— Sire, dit-il, daignez agréer l'expression de mon respectueux hommage...

Puis, se tournant vers monsieur de Coligny, qui s'avan- ^it derrière lui, et auquel il voulut éviter l'embarras des remières paroles

— Venez, monsieur l'amiral, lui dit-il, et, d'après la bienveillante promesse que vous m'avez faite^ veuillez rappeler à Sa Majesté la part que j'ai pu prendre à la défense de Sainf-Quentin.

— Qu'est-ce à dire, monsieur? s'écria Henri qui commençait à recouvrer son sang-firoid. Comment vous iattO" duisez-vous ainsi jusqu'à nous, sans être autorisé, sans être

annoncé? Comment osez-vous interpeller monsieur l'amiral en notre présence?...

Gabriel, audacieux dans ces occasions décisives comme devant Tennemi, et comprenant bien que ce n'était pas le moment de s'intimider, reprit d'un ton respectueux, mais résolu :

— J'ai pensé. Sire, que Votre Majesté était toujours prête quand il s'agissait de rendre justice, fdt-ce au dernier de ses sujets.

11 avait profité du mouvement en arrière du roi pour entrer hardiment dans le cabinet, où Diane de Poitiers, pâlissante et à demi-soulevée sur son fauteuil de chêne sculpté, regardait faire et dire le téméraire, sans pouvoir, dans sa fureur et sa surprise, trouver une seule parole.

Coligny était entré à la suite de son impétueux ami, et Montmorency, aussi stupéfait qu'eux tous, avait pris le parti de l'imiter.

Il y eut un moment de silence. Henri n, tourné vers sa maîtresse, l'interrogeait du regard. Mais, avant qu'il eût prLs ou qu'elle lui eût dicté une résolution, Gabrid, qui savait bien qu'en cette minute il jouait une partie suprême, dit ae nouveau à Coligny avec un accent suppliant et digne à la fois :

— Je vous adjure de parler, monsieur l'amiral. Montmorency fit rapidement à son neveu un signe négatif ; mais le brave Gaspard n'en tint compte.

— Je parlerai en effet, dit-il, car c'est mon devoir et ma promesse.

— Sire, reprit-il en s'adressant au roi, je vous répète sommairement en présence de monsieur le vicomte d'Exmès ce que j'ai cru déjà devoir vous dire en détail avant son retour. C'est à lui, à lui seul que nous devons d'avoir prolongé la défense deSaint-Quenlia au-delà du terme fixé par Votre Majesté elle-même.

Le connétable fit ici un haut-le-corps significatif. Mais Coligny, le regardant fixement, n'en reprit pas moins avec calme :

— Oui, Sire, trois fois et plus, monsieur d'Exmès a sauvé la ville, et, sans son courage, sans son énergie, la France,

à l'heure qu'il est, ne serait pas sans doute dans la voie de salut où l'on peut désormais espérer qu'elle se maintiendra.

— Allons donc ! vous êtes trop modeste ou trop complaisant, notre neveu I s'écria monsieur de Montmorency, hors d'état de contenir plus longtemps l'expression de son impatience.

— Non, monsieur, dit Goligny, je suis juste et véridique, voilà tout. J'ai contribué pour ma part et de toutes mes forces à la défense de la cité qui m'était confiée. Mais le vicomte d'Exmès a ranimé le courage des habitans que, moi, je considérais déjà comme à jamais éteint ; le vicomte d'Exmès a su introduire dans la place un secours que je ne savais pas, moi, si voisin de nous ; le vicomte d'Exmès a déjoué enfin une surprise de l'ennemi que, moi, je n'avais pas prévue Je ne parle pas de la façon dont il se comportait dans les mêlées : nous faisions tous de notre mieux. Mais ce qu'il a fait seul, je le proclame hautement, dût la part immense de gloire qu'il s'est acquise en cette occasion^diminuer d'autant, ou même rendre tout à fait illusoire la mienne.

Et, se tournant vers Gabriel, le brave amiral ajouta :

— Est-ce ainsi qu'il fallait parler, ami I Ai-je rempli à votre gré mes engagemens, et êtes-vous content de moi ?

— Oh 1 je vous remercie et je vous béais, monsieur l'amiral, pour tant de loyauté et de vertu, dit Gabriel ému en serrant les mains de Coligny. Je n'attendais pas moins de vous. Mais comptez sur moi, je vous prie, comme sur votre éternel obligé. Oui, de cette heure, votre créancier est devenu votre débiteur, et se souviendra de sa dette, je vous le jure.

Pendant ce temps, le roi, les sourcils froncés et les yeux baissés à terre, frappait impatiemment du pied le parquet et semblait profondément contrarié.

Le connétable s'était peu à peu rapproché de madame de Poitiers et échangeait avec elle quelques paroles à voix basse.

Ils parurent s'être arrêtés à une détermination, car Diane se mit à sourire ; et ce féminin et diabolique sourire fit

f^ LES PEUX DIANE.

ttévfdf GdbÂeU qui ep cp moment p(»rtait pkt t^^MPl fWKS yeu:( dn côté de la belle duchesse.

Cependant Gabriel trouva la force d'ajouter : ;-r- Je ne vous retiens pjus, maintenant, qionsieur Tamiral ; vous ^v^z Dait pour moi plus que votre devoir, »U Sji Sa Majesté daigne à présent m'accorder, comme premièie récompense, la faveur d'une minute d'entretien parties*

^ plus t^rd, moi^sie^r, plus tard, je n.e dii» pas non, t At prit vivement Henri U ; m^is, pour Pin^tapt, la obo^e est iipppssjbje.

f^ Impossible I s'écria douloureusement G^rie}.

— Çt pourquoi, impossil^le, sire? interrompit paiiâbl^ ment Diape, à la grapdQ siurprise et 4o Gabriel et du t(A Jpî-ipême,

<— Quoi ! madame, )3a|butia Henri, vpus penser: f.,»

^ Je pense, sire, qpe ce qu'il y a de plus pressa pouf un roi, c'est de rendre à cbacun d^ ses sujets ç» qui Ipii est dû. Or, volxe dette epverii monsieur Jp vicomte d'B»-^ mes est des plus légitime^ pt de^ pluii sacrôQ3| ç» m» semble.

-^ Sans doute, fiians doute, dit Henri» qui ch^ph^t h lire dap^ les yeu^ de S4 maîtresse, et je veux,,,

^ Entendre mppsieur d'Ëxm^ surr^Ie^cbamp » laprit Diane; c'est bien, sire, c'est justice.

— Vais Sa Majesté sait, dit Gabriel de plus ^ pluB itar péfait, que j'ai besoin de lui parler seul ?

— Monsieur de Moptmorency se retirait comme vouf entriez, monsieur, reprit madame de Poitiers. Quant k monsieur l'amiral, vous avez pris vous-même la peine d« lui dire que vous ne le reteniez plus. Pour moi, qui ai été témoin de l'engagement contracté par le roienvers vous, et qui saurais même, s'il le fallait, en rappeler à Sa Majesté les termes précis, ypne me permettrez de demeurer peut-être ?

-* Assurément,.madame, je vous le demande, murmura Gabriel;

--* Nous prenons congé, mon neveu et moi, de Su Majesté et de vous, madame, dit Montmorency.

IX» DEUX PIAKE. «

Il fit il Diane^ en «'înçlmant devant ê}\% im 3igp9 d^ncouragement àQ^\ ^^^ i^Q paraii^sait ppujPtant pas |iy(^ liesoin.

De son côté, Goligny osa serrer la main dQ (^abripl ; puis D ^ftit $ur les pas de soq oncL9*

te roi ^t I^ Ciyorit0 r^3tèrent $^uis a?ec Gabriel, taitô ^PQuvanté de Viwpi^vuQ et mysténeusa protection itm lui mîçordart la w^^ 4^ Oian© 4e Castro.

ÏX,

f/Avm puw»

Malgré sa rude poïssançe sur lui-même, Crabifel AO put empêcher la pâleur de couvrir son visage ^t l'émotion do briser sa yoix, quand, après une pause, il dit au roi :

— Sire, c'est en tremblant, et pourtant avec une confiance profonde en votre royale promesse, que j'ose, échappé d'hier seulement de la captivité, rappeler à Votre Majesté l'engagement solennel qu'elle a daigné prendre envers moi. Le comte de Monlgommery vit encore, sire î sans quoi, vous aurieE arrêté depuis longtemps déjà mes paroles...

Il s'arrêta la poih*ine oppressée. Le roi resta immobile et muet. Gabriel reprit :

— Eh bieni sire, puisque le comte de Montgommery est vivant encore, et que, d'après l'attestation de monsieur l'amiral, j'ai prolongé au delà du terme fixé la résistance de Saint-Quentin, sire, j'ai dépassé ma promesse, tenez la vôtre ; sire, rendez-moi mon père 1

«»- Monsieur!... dit Henri ir hésitant.

— Il regardait Diane de Poitiers, dont le calme et Fassurance ne paraissaient pas se troubler.

Le pas était cependant difficile. Henri s'était habitué li

gd LES BEUX DIANE.

regarder Gabriel comme mort ou prisomûer, et n'avait pas préva la réponse à sa terrible demande.

Devant cette hésitation, Gabriel sentait l'angoisse lui serrer le cœur.

— Sire, reprit-il avec une sorte de désespoir, il est impossible que Votre Majesté ait oublié I Votre Majesté certainement se rappelle ce solennel entretien ; elle se rappelle quel engagement j'ai pris au nom du prisonnier, mais quel engagement elle a pris aussi envers moi.

Le roi fût, malgré lui, saisi de la douleur et de l'ef&oi du noble jeune homme ; ses instincts généreux s'éveillàrent en lui.

— Je me souviens de tout, dit-il à Gabriel.

— Ah I sire, merci I s'écria Gabriel dont le regard brilla de joie.

Mais madame de Poitiers reprit en ce moment avee tranquillité :

— Sans doute, le roi se souvient de tout, monsieur d'Exmès ; mais c'est vous qui me paraissez avoir oublié.

La foudre tombant à ses pieds au jofiilieu d'une belle journée de juin n'eût pas davantage épouvanté Gabriel.

~ Comment l murmura-t-il, qu'ai-je donc oublié, madame?

— La moitié de votre tâche, monsieur, répondit Diane. Vous avez dit en effet à Sa Majesté, et si ce ne sont pas vos propres paroles, c'en est du moins le sens; vous avez dit : Sire, pour racheter la liberté du comte de Montgom^ mery, j'arrêterai l'ennemi dans sa marche triomphale vers le centre de la France.

— Eh bien I ne l'ai-je pas fait, madame? demanda Gabriel éperdu.

— Oui, répondit Diane. Mais vous avez ajouté : Et même^ sHl le fallait^ d'attaqué devenant agresseur^ je nCempcH rerais dune des places dont Vennemi est le maître. Voilà ce que vous avez dit, monsieur. Or, vous n'avez fait, ce me semble, que la moitié de ce que vous aviez dit. Que pouvez-vous répondre à cela ? Vous avez maiMtena Samt-Quentin durant on certain nombre de jours, c'est

fort bien, et je ne le nie pas. Voilà la ville défendue, mais la ville prise, où est-elle?

— Oh ! mon Dieu ! mon Dieu I put seulement dire Ga briei anéanti.

— Vous voyez, reprit Diane avec le même sang-froid, que ma mémoire est encore meilleure et plus présente que la vôtre. Pourtant, j'espère que maintenant, à votre tour, vous vous souvenez ?

— Oui, c'est vrai, je me souviens maintenant ! s'écria amèrement Gabriel. Mais, en disant cela, je voulais dire seulement qu'au besoin je ferais l'impossible ; car prendre en ce moment ime ville aux Espagnols ou aux Anglais, est-ce possible? je vous le demande, sire ? Votre Majesté, en me laissant partir, a tacitement accepté la première de mes offres, sans me laisser croire qu'après cet effort héroique, après cette longue captivité, j'aurais encore à exécuter la seconde. Sire I c'est à vous, à vous que je m'adresse, une ville pour la liberté d'un homme, n'est-ce donc pas assez ? ne vous contenterez-vous pas d'une rançon pareille? et faudra-(-il que, sur une parole en l'air échappée à mon exaltation, on m'impose à moi, pauvre Hercule humain, une autre tâche cent fois plus rude que la pre* mière, et même, cela se comprend, sire, irréalisable.

Le roi fit un mouvement pour parler; mais la grande senéchale se hâta de le prévenir.

— Est-il donc plus facile et plus réalisable, dit-elle, y at-il donc moins de dangers et de folie, malgré vos promesses, à rendre à la liberté un redoutable captif, un criminel de lèze-majesté? Pour obtenbr l'impossible, vous avez offert l'impossible, monsieur d'Exmès; mais il n'est pas juste que vous exigiez l'accomplissement de la parole du roi, quand vous n'avez pas tenu jusqu'au bout la vôtre. Les devoirs d'un souverain ne sont pas moins graves que ceux d'un fils ; d'immenses et surhumains services rendus à rÉtat pourraient seuls excuser l'extrémité qui ferait imposer silence par Sa Mayesté aux lois de l'État. Vous avez à sauver votre père, soit ; mais le roi a la France à garder,

Et, d'un regard expressif commentant ses paroles, Diane rappelait deux lois à Henri quels risques il y avait à laisser

sortir de la tombe le vieux comte de Montgommery et flon secret.

Aussi, lorsque Gabriel, tentant un dernier effort, s'écria en étendant les mains vers le roi :

•** Sire, c'est à vous, c'est à votre équité, c'est à votre clémence même que j'en appelle I 8ire, plus tard, avec l'aide du temps et des circonstances, je m'engage encore à rendre à la patrie cette ville, ou à mourir à la tftche. Mais m attendant, sire, faites, de grâce, que je voie mon père !

Henri, conseillé par le regard fixe et par toute ^attitude 4e Diane, répondit en affermissant sa voix :

-^ Tenez votre promesse jusqu'au bout, monsieur, et je jure Dieu qu'alors, mais alors seulement, je rempliraila mienne. Ma parole ne vaut qu'autant que ta vôtre.

— C'est votre dernier mot, sire, dit Oabriel.

-*- C'est men dernier mot.

Gabriel courba un moment la tôte, écrasé, vaincu fH tout frémissant de cette terrible défaite.

En une minute il remua un monde de pensées.

Il se vengerait de ce roi ingrat et de cette femme perfide; il se jetterait dans les rangs des réformés ! il remplirait la destinée des Montgommery ! il fi^apperait mortellement Henri, comme Henri avait frappé le vieux comte I il ferait renvoyer Diane de Poitiers honteuse et sans honneurs ! Ce serait là désormais le but unique de sa volonté et de sa vie, et ce but, quelque éloigné et invraisemblable qu'il parût pour un simple gentilhomme, il saurait l'atteindre à la fin!

Mais quoi 1 son père, pendant ce temps, serait mort vingt foisi Le venger était bien, le sauver était mieux. Dans sa position, prendre une ville n'était pas plus difQcile peut-être que de punir un roî. Seulement, ce but-là était saint et glorieux, et l'autre criminel et impie I

Avec l'un il perdait Diane de Castro à jamais; avec l'autre, qui sait s'il ne la gagnerait pas!

Tous les événemens qui s'étaient accomplis depuis la prise de Saint-Quentin passèrent devant les yeux de Gabriel comme un éclair.

En dix fois moins de temps que nous n'en mettons à écrire tout ceci, l'âme vaillante et toujours prête du Jeune

homme 3'0tait relayée. Il avait arrêté ime résolution, conçu un plan, entrevu une issue.

Le roi et sa maîtresse le virent avec étonnement, et presque avec effroi, redresser son front pâlç, mais c^]me«

— Soit! dit-il seulement,

— Vous vous résignez? reprit Henri.

— Je me décide, répopdit Gabriel.

— Comment? expUque?-vousI dit le roi,

— Écoutez-moi, siye. L'entreprise par laquelle Je tentftrais de vous rendre une ville pour celle que les Espagnol^ vous ont occupée, vous paraîtrait désespérée, impossible, insensée, n'est-ce pas? Soyez de bonne foi, sire, et vou3 aussi, miadame, c'est ainsi qu'au fond vous 1^ jugiez?

— C'est vrai, répondit Henri,

— 4e le crains, ajouta Diane.

— Selon toutes les probabilités, poursuivit Gabriel, cette tentative me coûterait la vie, sans produire d'autres résultats que de me faire passer pour un fou ridicule.

— Ce n'est pas moi qui vous l'ai proposée, dit le roL

— Et il sera sage sans doute d'y renoncer, reprit Diane.

— Je vous ai dit pourtant que j'y étais aéterminé, dit Gabriel.

Henri et Diane ne purent retenir un mouvement d'admiration.

— Oh ! prenez garde I s'écria le roi,

"— A quoi ! à ma vie ? reprit en riant tout haut Gabriel, il y a longtemps que j'en ai fait le sacrifice. Seulement, sire, pas de malentendu et de faux-fuyant cette fois. Les termes du marché que nous concluons ensemble devant Dieu sont clairs et nets à présent. Moi, Gabriel, vicomte d'E^mès, vicomte de Montgommery, je ferai de telle sorte que, par moi, une ville, actuellement au pouvoir des Espagnols ou des Anglais, tombera au vôtre. Cette ville ne sera pas une bicoque ou une bourgade, mais une place forte aussi im*" portante que vous puissiez la souhaiter. Pas d'ambiguitâ là-dedans, je pense!

— Non vraiment, dit le roi troublé.

— Mais aussi, reprit Gabriel, vous, de votre côté, Henri H, roi de France, vo^os vous engagez à ouvrir, à ma première

réquisition, le cachot de mon père, et à me rendre le comte de Montgommery. Vous vous y engagez? c'est dit? Le roi vit le sourire d'incrédulité de Diane et dit :

— Je m'y engage.

— Merci, Votre Majesté ! Mais ce n'est pas tout : vous pouvez bien accorder une garantie de plus à ce pauvre insensé qui se jette les yeux ouverts dans l'abîme. Il faut être indulgent pour ceux qui vont mourir. Je ne vous demande pas d'écrit signé qui puisse vous compromettre, vous me refuseriez sans doute. Mais voici là une Bible. Sire, posez dessus votre main royale et jurez ce serment : « En échange d'une ville de premier ordre que je devrai au seul Gabriel de Montgommery, je m'engage sur les saints livres à rendre au vicomte d'Exmès la liberté de son père, et déclare d'avance, si je viole ce serment, ledit vicomte dégagé envers moi et les miens de toute fidélité ; dis que tout ce qu'il fera pour punir le parjure sera bien fait, et l'absous devant les hommes et devant Dieu, fût-ce d'un crime sur ma personne. » Jurez ce serment-là, sire.

— De quel droit me le demandez-vous? reprit Henri.

— Je vous l'ai dit, sire, du droit de celui qui va mourir.

Le roi hésitait encore. Mais la duchesse, avec son dédaigneux sourire, lui faisait signe qu'il pouvait bien s'engager sans crainte.

En effet, elle pensait que, pour le coup, Oabriel avait tout à fait perdu la raison, et haussait les épaules de pitié.

— Allons l je consens, dit Henri avec un entraînement fatal.

Et il répéta, la main sur l'Evangile, la formule de serment que lui dicta Gabriel.

— Au moins, dit le jeune homme quand le roi eut fini^ cela suffirait pour m'épargner tout remords. Le témoin de notre nouveau marché, ce n'est plus seulement madame, c'est Dieu. Maintenant, je n'ai plus de temps à perdre. Adieu, sire. Dans deux mois d'ici je serai mort, ou j'embrasserai mon père.

Il s'inclina devant le roi et la duchesse, et sortit précipitamment»

Henri, malgré lui, resta un moment sérieux et pensif, mais Diane éclata de rire.

— Allons! vous ne riez pas, sire! dit-elle. Vous voyez bien que ce fou est perdu, et que son père mourra en prison. Vous pouvez rire, allez I sire.

— Ainsi fais-je, dit le roi en riant*

UNE GKAiœB n>éB POUH 17N GRAND H01IMB*

Le duc de Guise, depuis qu'il portait le titre de lieutenant général du royaume, occupait un logement dans le Louvre môme. C'était maintenant dans le château des rois de France que dormait, ou plutôt que veillait, chaque nuit, l'ambitieux chef de la maison de Lorraine.

Quels rêves rêvait-il tout éveillé sous ces lambris peuplég de Chimères ! N'avaient-ils pas fait bien du chemin, se^ songes, depuis le jour où il confiait à Gabriel sous sa tent de Civitella ses projets sur le trône de Naples ? s'en contenterait-il à présent? l'hôte de la maison royale ne se disaitil pas dès-lors qu'il en pourrait bien devenir le maître? ne sentait-il pas déjà vaguement autour de ses tempes le contact d'une couronne? ne regardait-il pas avec un sourire de complaisance sa bonne épée, qui, plus sûre que la baguette d'un magicien, pouvait transformer son espérance en réalité?

Il est permis de supposer que, même à cette époque, François de Lorraine nourrissait de telles pensées. Voyez 1 le roi lui-môme, en l'appelant à son secours dans sa détresse, n'autorisait-il point ses ambitions les plus audacieuses? Lui confier le salut de la France dans celte passe désespérée, c'était le reconnaître le premier capitaine du temps I François W n'eût pas agi avec cette modestie I il

eût saisi son épée de Marignan. Mais Henri II, quoique personnellement fort brave, manquait de la volonté qui commande et de la force qui exécute.

Le duc de Ouise se disait tout cela, mais il se disait aussi qu'il ne suffisait pas de se justifler à soi-même ces espoirs téméraires, il fallait les justifler aux yeuiç de la France ; il fallait, par des services éclatans, par des succès signalés, acheter ses droits et conquérir sa destinée.

L'heureux général, qui avait eu la chance d'arrêter à Metz la seconde invasion du grand empereur Charles Quint, sentait bien pourtant i|u'il n'avait pas encore assez fait pour tout oser. Quand bien même, à cette heure, il repousserait de nouveau jusqu'à la frontière les Espagnols et les Anglais, oe n'était pas assee non plus. Pour que la France se donnât ou se laissât prendre, il ne fallait pas seulement réparer ses délaites, il fallait lui remporter des victoires.

Telles étaient les réflexions qui occupaient d'ordinalrQ le grand esprit du duc de Guise, depuis son retour d'Italie*

Il se les répétait ce jour jnême où Gabriel de MontgoiK^ mery concluait avec Henri II son nouveau pacte iiisei(srf et sublime.

Seul dans sa chambra, François de Guise, debout k h fenêtre, regardait sans voir dans la cour, et tambourinai^ machinalement des doigts contre la vitre.

Un de ses gens gratta à la porte avec discrétioii, et, outrant sur la permission du duc, lui annonça le vicomtQ d'Exmès.

— Le vicomte d'Exmès ! dit le duc de Guise qui avait ^ mémoire de César, et qui d'ailleurs avait de bonnes raisons pour se rappeler Gabriel. Le vicomte d'Exmès 1 mou jeune compagnon d'armes de Metz, de Renty et de Valeur za ! Faites entrer, Thibault, faites entrer sur-le-champ.

Le valet s'inclina et sortit pour introduire Gabriel.

Notre héros (nous avons bien le droit de lui donneir ce nom), notre héros n'avait pas hésité. Avec cet instinct qui illumine l'âme aux heures de crise, et qui, s'il éclaire tout le cours ordinaire de l'existence, s'appelle le génie, Gàr briel, en quittant le roi, comme s'il eut presseiiti les sçi-

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crMes pensées que caressait dans le moment même le duc de Guise, s'était rendu tout droit au logement du lieutenant général du royaume,

C'était peut-être le seul homme vivant qui dût le comprendre et qui pût l'aider.

Gabriel, d'ailleurs, eut lieu d'être touché de Paccueilque lui fit son ancien général.

Le duc de Guise vint au-devant de lui Jasqu*èt la portOi et le serra dans ses bras.

— Ah! c'est vous enfin, mon vaillant! lui dit-il ayec effusion. D'où arrivex-vous? qu'êtes -vous devenu depuis Saint Quentin ? Que j'ai souvent pensé }^ vous et parlé dQ vous, Gabriel 1

— Vraiment, monseîgpeur, f aurajç gardé dan? votre souvenir quelque place ?

— Pardieu l il le demande 1 s'écria Ip duc. Aussi bi^a n'avez-YOus pas des façons h vous de voqs rappeler aux gens? Coligny, qui v^ut mieux à Iqi tout seul que tous lea Montmorency ensemble, m'a raconté (quoiqu'^ mots couverts, je ne sais pourquoi) vme pj^rtjq dq vos exploita Ihbas, à Saint-Quentin ; et encore \\ m'en taisait, ^ cq qu'il disait, la meilleure moitié,

— J'en ai trop peu fait, pourtant J dit en «QUriftHt tristement Gabriel.

— Ambitieux, reprit le duc.

— Bien ambitieux, en efiët I dit Gabriel en secouant la tôle avec mélancolie.

— Mais, Dieu merci ! reprit le duc de Guise, vous voilà de retour ? nous voilà réunis, ami ! et vous savez les projets que nous faisions ensemble en Italie ! Ah ! mon pauvre Gabriel, c'est maintenant que la France a plus que jamais besoin de votre bravoure. A quelles tristes extrémités ils ont réduit la patrie !

— Tout ce que je suis et tout ce que je puis, dit Gabriel, est consacré à son soutien et je n'attends que votre signal, monseigneur.

— Merci, ami, répondit le duc, j'userai de l'ofiîre, soyezen certain, et mon signal ne se fera pas attendre.

— Ce sera donc à moi à vous remercier, monseigneur I s'écria Gabriel.

— A vrai dire pourtant, reprit le duc de Guise, plus je regarde autour de moi, plus je trouve la situation embarrassante et grave. J*ai dû courir d'abord au plus pressé, organiser autour de Paris la résistance, présenter une ligne formidable de défense à l'ennemi, arrêter ses progrès enfin. Mais ce n'est rien, cela. Il a Saint-Quentin l il a le nord 1 je dois, je veux agir. Mais comment?...

Il s'arrêta, comme pour consulter Gabriel. Il connaissait la haute portée de l'esprit du jeune homme, et s'était en plus d^une occasion trouvé bien de ses avis ; mais, cette fois, le* vicomte d'Ëxmès se tut, observant lui-même le duc et le laissant venir, pour ainsi dire.

François de Lorraine reprit donc :

— N'accusez point ma lenteur, ami. Je ne suis point, vous le savez, de ceux qui hésitent, mais je suis de ceux qui réfléchissent. Vous ne m'en blâmerez pas, car vous êtes un peu comme moi, à la fois résolu et prudent. Et môme, ajouta le duc, la pensée de votre jeune front me semble encore plus austère que par le passé. Je n'ose vous interroger sur vous-même. Vous aviez, je m'en souviens, à vous acquitter de graves devoirs et à découvrir de dangereux ennemis. Aurioz-vous à déplorer d'autres malheurs que ceux de la patrie ? J'en ai peur ; car je vous ai quitté sérieux et je vous retrouve triste.

— Ne parlons pas de moi, monseigneur ^ je vous prie, dit Gabriel. Parlons de la France, ce sera encore parieur de moi.

— Soit ! reprit le duc de Guise. Je veux donc vous dire à cœur ouvert ma pensée et mon souci. Il me semble que ce qui serait actuellement nécessaire, ce serait de relever par quelque coup d'éclat le moral de nos gens et notre vieille réputation de gloire, ce serait de mettre la défense dans l'attaque, ce serait enfin de ne pas se borner à remédier à nos revers, mais de les compenser par un succ^.

— Cet avis, c'est le mien, monseigneur I s'écria vivement Gabriel, surpris et ravi d'une coïncidence si favora« ble à ses propres desseins.

— C'est votre avis, n'est-ce pas? reprit le duc de Guise, et vous avez songé plus d'une fois sans doute aux dangers de notre France* et aux moyens de l'en retirer?

— J'y ai songé souvent en effet, dit Gabriel.

— Eh bienl reprit François de Lorraine, ôtes-vous, ami, plus ayancé cfue moi? Avez-vous envisagé la difficulté sérieuse? Ce coup d'éclat, que vous jugez comme moi nécessaire, où, quand et comment le tenter?

— Monseigneur, je crois le savoir,

— Se peut-il ? s'écria le duc. Oh 1 parlez, parlez, mon ami!

— Mon Dieu l j'ai peut-être déjà parlé trop vite, dit Gabriel. La proposition que j'ai à vous faire est de celles qui auraient besoin sans doute de longues préparations. Vous êtes très grand, monseigneur ; mais, c'est égal I la chose que j'ai à vous dire pourra bien encore vous paraître à vous-même démesurée.

— Je ne suis guère siyet au vertige, dit le duc de Guise en souriant.

— N'importe, monseigneur, reprit le vicomte d'Exraès. Au premier aspect, mon projet, je le crains et je vor.s en préviens, va vous paraître étrange, insensé, irréalisable même I II n'est cependant que difficile et périlleux.

— Mais c'est un attrait de plus, celai dit François de Lorraine.

— Ainsi, continua Gabriel, il est convenu, monseigneur, que vous ne vous en effraierez pas d'abord. Il y aura, je le répète, de grands risques à courir. Mais les moyens de réussite sont en mon pouvoir, et quand je vous les aurai développés, vous en conviendrez vous-même.

— S'il en est ainsi, parlez donc, Gabriel, dit le duc. Mais, ajouta-t-il avec impatience, qui vient nous interrompre encore? Est-ce vous qui frappez, Thibault?

— Oui, monseigneur, dit le valet survenant. Monseigneur m'avait ordonné de l'avertir quand il serait l'heure du conseil, et voilà deux heures qui sonnent, monsieur de Saint-Remy et ces messieurs vont venir dans l'instant prendre monseigneur.

— C'est vrai, c'est vrai, reprit le duc de Guise, il y a

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conseil tout à Theure, et conseil important, )1 ^t indispensable que j'y assiste. C'est bien^ Thibault, |ai^Zn][^oiHi* Vous introduirez ces messieurs quand* ils arrivero^tf Vqu3 voyez, Gabriel, que mon devoir va m'appeler prè% du roi. Mais, en attendant que vous puissiez ce soir me 4éyQlopper h loisir votre dessein, qui doit être grand puisqi^'il ^$it de vous, satisfaites brièvenient» je voas en soppiie, n|^ qvMriosité et mon impatience, En ^e\j^ mots, G«lbripJ, que prétendriez-vous faire î

— En deux mots, monseignenr , fren4r§ CQUiif% dit

tranquillement Gabriel.

— Prendre Calaû* I s'^rîa 1q dnq de Cuise f» ^«oulant de surprise,

— Vous oubliez, n^onseigneur, reprit GaWpl ^v«i te môme sang-froid, que vous aviez pronw? 4^ ^e pas v(M|| eflftrayer de la première impression.

— Oh I mais y avez-vous bien songé a^sai T dit If duc> Prendre Calais défendu par une garnison formi4J|bie, par des remparts imprenable», par la mer I Calais §u pouvoir de l'Angleterre depuis plu3 di^ deui siècjes | Cali|i? pardé comme on garde la clef de la France quand on li ttpnt ( J'aime ce qui est audaci^u^ç. Mais peçi ne ser^it-ij p£^ y^ méraire ?

— Oui, monseigneur, répondit Gabriel, Mais c'est Justement parce que Tentreprise est téméraire, c'est parcQ

qu'on ne peut m^n^e en concevoir la penséie P^ \^ soupçon, qu'elle a des cbances meilleures qe réussit^.

— C'est possible, au fait, dit le duc rfiyanif

— Quand vous m'aurez entendu , monseigneur, vqu§ direz : C'est certain ! l^ conduite à tenir est marquée d avance : garder le plus absolu secret, donner le change h l'ennemi par quelque fausse manœuvre, et arriver i^ vant la ville à l'improyiste, En quinze jours, Calais sor^ k nous.

—Mais, reprit vivement le duc de Qujse, ces indications générales ne suf9sent pas. Votre plan, Gabriel, vous avçif un plan î

— Oui, monseigneur, il est simple et sûr...

Gabriel n'^ut pas le temps d'achever. Eu ce moment, la

I^DS PEUX PlANf:. M

porte s'ouvrit, et le comte de Saint-Remy entra, suivi de nombre de seigneurs attachés à ia fortune des Guise.

— Sa Majesté attend au conseil monseigneur le lieutenant général du royaume, dit Saint-Remy.

— Je suis à vous, messieurs, reprit le duc de Guise en saluant les arrivans.

Puis, revenant rapidement à Gabriel, il lui dit à voix basse :

— U faut, vous le voyez, que je vous quitte, ami. Mais l'idée inouïe et magnifique que vous venez de jeter dans qaon esprit ne me quittera pa3 de I4 Journée, je vous en réponds ! Si vraimeat vous croyez un tel prodige exécutarble, Je me sens digne de vous comprendre. Pouve?-vous revenir ici ce soir à huit heures? pous aurons ^ ppH3 toute la ]iuit, et nous ne serQn3 plu3 interrompus»

— A huit heures, je serai exact, dit Gabriel, et j'e^^ploiie^ rai bien moa temps d'ici 14»

— Je ferai observer h monseigijeur , dit le comto de Saint-Remy, qu'il est maintenant plus de deux heures.

— Me voici I me voici I répondit le duc.

II fit quelques pas pour wttTi pui? 1^ wtouma vers Gabriel, le regarda, et, ^ yapprpc^ant encore de lui, comme pour js'çtssurer ae nouveau qu'il avait bien enn

tendu :

— Prendre CçJais^î rép^t^^t^tt tort b4$ «vea une sorte d'interrogaliop.

Et Gabriel, inclii^ant ^fOrm^tivepient lu tCte, de râpoo^ dre avec son sourire doux et calme 1

— Prendre Calais.

Le duc de Guise §Qrtit, 9t te ?iCPWto d'Sxmte quitta derrière lui le Louvre.

«s LES DEUX DIANK.

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