CHAPITRE XV
Benedict pâlit à cette phrase, peut-être maladroite, de Sidney ; mais il se contint, car il Bavait que rien n'était plus éloigné de la pensée d'Arthur qu'une raillerie, même la plus innocente ; et regardant miss Edith, il ne put s'empêcher de trouver qu'elle n'était pas inférieure en beauté à miss Amabel Yyvvan.
Edith , sans en avoir la conscience bien distincte, éprouvait un secret plaisir à être vêtue avec les habits de son sexe. Ces blanches draperies, ce fin chapeau de paille, ces nœuds de rubans l'égayaient malgré elle. L'idée de débarquer lui était agréable. Une longue traversée est si ennuyeuse, que la terre même la plus aride et la plus inhospitalière vous paraît un séjour préférable à celui du navire; et depuis trois mois Edith n'avait vu que le ciel et l'eau.
En se trouvant assise à l'arrière du canot à côté désir Bcnedict Arundell, elle éprouva comme un sentiment de bien-être et de délivrance, et un rayon plus clair illumina sa belle figure ordinairement si mélancolique.
La mer était assez calme, et le canot, poussé par six vigoureux avirons, s'avançait rapidement du côté de la terre.
L'on aborda, et Bencdict tendit la main à miss Edith pour sauter hors du canot. Jack et Saunders chargèrent sur les épaules de pauvres
diables basanes et cuivrés les caisses que sir Arlhur Sidney avait fait remplir de tous les objets nécessaires à l'installation d'un jeune ménage.
Saunders eut bientôt trouvé par la ville une maison convenable où le jeune couple, après avoir satisfait les autorités en leur montrant des papiers parfaitement en règle fournis par le prévoyant Sidney, s'établit sous le nom de M. et de madame Smith.
D'après la fable répandue par Jack, madame Smith, qui se rendait aux Indes avec son mari pour y visiter de grandes propriétés d'indigo et d'opium qu'ilsy possédaient, s'était trouvée extrêmement fatiguée de la mer et avait demandé un mois ou deux de repos sur la première terre habitable qu'on rencontrerait, avant de reprendre le voyage si pénible pour elle.
Le soir même, sir Arthur Sidney fit remettre à la voile, et la Belle Jenny eut bientôt disparu dans les profondeurs bleues de l'horizon. Benedict, accoudé à la fenêtre de son nouveau logement, qui donnait sur la mer, suivit le bâtiment qui s'amoindrissait jusqu'à ce qu'il pût être caché par l'aile d'une mouette.
La maison habitée par les faux époux reproduisait une maison de Chelsea ou de Ramsgate, avec cette obstination particulière à la race anglaise, que rien ne peut faire dévier, ni l'éloignement,