CHAPITRE XVI
que la jeune Indienne lui tendit la main pour l'aider. Dans son éducation de sportsman, d'ailleurs parfaite, notre héros n'avait pas pensé à cette variété d'équitation.
Le cornac, accroupi sur le crâne de l'énorme animal le toucha de sa pointe de fer, et l'éléphant prit cette espèce de trot rhythmé ou d'amble dont la lourdeur balancée lasserait la rapidité du cheval.
De temps à autre il tendait sa trompe et brisait une liane ou une branche qui eût gène le passage, ou bien, si le chemin était trop étroit, il appuyait sa forte épaule contre le tronc d'arbre qui l'obstruait et frayait la route ; d'autres fois il couchait sous ses pieds les bambous qui cassaient avec un bruit sec ou ployaient comme l'herbe.
Priyamvada, couchée dans le palanquin posé sur le dos de l'animal, s'était assoupie sur la poitrine de Volmerange , beaucoup plus grand qu'elle, comme ces mignonnes statues de déesses que les dieux tiennent dans leurs bras; comme Parvati sur le sein de Mahadeva, Lakshmi sur celui de Wishnou, et Sarawasti contre le cœur de Brabma. Volmerange restai! immobile de peur de troubler la belle enfant, et regardait l'étrange paysage qui se massait obscurément devant lui et prenait dans l'ombre des formes encore
plus bizarres. Des caroubiers, des figuiers, des bananiers, des baobabs contemporains de la création, des nianglicrs, des palmiers enchevêtraient leurs branches à travers lesquelles, comme sous une noire découpure, scintillait subitement quelque étoile ou quelque morceau du ciel nocturne. Assis à côté du cornac , Dakcha marmottait dévotement quelque oraison pour le succès de l'entreprise.
Des lueurs rougcàtrcs, au bout de deux heures de marehe, commencèrent à briller dans les entrc-colonnements des troncs d'arbres.
On approchait du camp où déjà s'étaient réunis les premiers révoltés ; les sentinelles, entendant le froissis des feuilles et des branches repoussées par l'éléphant qui portait la triade de Volmcrange, de Dakcha et de Priyamvada, vinrent reconnaître, et nos héros pénétrèrent dans le centre du campement.
C'était un spectacle des plus singuliers , à vous reporter au temps des guerres de Darius et d'Alexandre.
Un grand feu, entretenu par des broussailles, des branches et des arbres brisés, répandait dans les voûtes feuillues de la forêt une clarté fantasmagorique.
Autour du feu, rangés en cercle, cinquante éléphants, éclairés pittoresquement en dessous