CHAPITRE XVI
eouer les oreilles comme si des mouches l'importunaient.
Quant à Dâkcha, i! louait à la main une touffe de la sainte plante cotisa qu'il froissait entre ses doigts en murmurant l'ineffable monosyllabe om.
La confusion devenait inexprimable, les mousquets détonaient , les flèches sifflaient, les chevaux hennissaient , les éléphants vagissaient et glapissaient, les blessés se plaignaient; la fumée, concentrée par la voûte du feuillage, flottait en nuages lourds sur les combattants.
Un gros d'Anglais plus braves et plus résolus que les autres essayait opiniâtrement l'escalade de l'éléphant de Volmerange; mais la bète intelligente, acculée à un monstrueux baobab, se servait de sa trompe comme d'un fléau et les renversait demi-morts tics coups formidables qu'elle leur assenait sur la tête : ceux qui échappaient à la trompe n'évitaient pas les balles de Volmerange ou de ses Mahrattes.
Cette lutte ne pouvait durer longtemps. Priyamvada, qui rechargeait les fusils de Volmerange, fut atteinte dans la poitrine; elle ne poussa pas un seul cri , mais une écume rose monta à ses lèxrcs et signa son dernier baiser sur la main de Volmerange, qu'elle prit et eut la force de porter à sa bouche, après lui avoir tendu son second mousquet chargé.
Le coup de Volmerange partit et tua roide l'Anglais qui avait visé la pauvre Priyamvada.
Trois des cinq Malirattcs qui s'étaient placés à côté du jeune descendant de Douchrnanfa avaient glissé à terre du liant de leur forteresse mouvante, tués ou mortellement blessés.
N'ayant plus de poudre, Volmerange hachait à coups de sabre le crâne des soldats et des cipayes qui s'accrochaient aux oreilles de l'éléphant ou appuyaient le pied sur ses défenses pour monter à l'assaut de sa tour.
Enfin un cipaye, rampant sur le ventre, parvint derrière la courageuse bête, et , avec un sabre affilé comme un damas, lui coupa le jarret; l'éléphant s'affaissa sur le train de derrière, poussa un formidable hurlement, cassa d'un coup de queue les reins du cipaye , essaya de se relever et tomba sur le flanc.
Le corps de Priyamvada fut lancé hors du palanquin sur un tas de cadavres, ainsi que celui de Dakcha, qui, par un hasard miraculeux, n'avait reçu aucune blessure. Volmerange s'était laissé glisser derrière un arbre dont il avait pris une branche pour se soutenir dans sa chute.
Un cheval sans maître passait par là. Il lui sauta sur le dos et lui mit les talons dans le ventre. Le cheval, qui était de la race Nedji, partit comme un trait.