‹ Les deux étrilesChapitre 133 sur 142 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

cependant les cœurs s'étaient entendus. Volmerange était soupirant en pied ; il donnait le bras à lady Eleanor Braybrooke, et lorsque la tante, et la nièce allaient au théâtre, il avait toujours une place au fond de la loge derrière miss Amabel; et, il faut l'avouer, les plus belles décorations, les scènes les plus pathétiques avaient beaucoup de peine à faire lever ses yeux, occupés à suivre les lignes onduleuses du cou d'Amabel et de ses blanches épaules; aussi, quoiqu'il allât souvent au théâtre, personne n'était moins au l'ait du répertoire, et lady Eleanor Braybrooke s'étonnait quelquefois qu'un jeune homme si intelligent profitât si peu des belles choses qu'il paraissait écouter avec tant d'attention.

Amabel avait bien, de temps à autre, de vagues appréhensions que Benedict ne reparût subitement et ne vint lui reprocher sa trahison, car aucune femme n'admet qu'on puisse lui être infidèle, bien qu'elle ne manque jamais d'excellentes raisons pour justifier de son côté une pareille faute : niais les fautes passaient et l'obscurité la plus profonde planait toujours sur sa mystérieuse disparition. La jeune femme s'était donc rassurée peu à peu à l'endroit de cette revendication posthume, et commençait à aimer Volmerange sans trop d'épouvante. Celui-ci a\ ait oublié tout à fait Edith, et même Priyamvada.

Ses aventures avec celle dernière lui produisaient l'ellct d'une hallucination d'opium. Ce teint

doré, ces yeux peints, ces colliers de perles, ces parfums exotiques, ces promenades à dos d'éléphant, ces rendez-vous dans les pagodes, ces batailles h travers les forêts barrées de lianes, toutes ces scènes étranges semblaient au comte des souvenirs qui n'appartenaient pas à la réalité.

Si Priyamvada eût vécu , toute charmante qu'elle était, elle eût certainement embarrassé Volmerange. Qu'eût-on dit au bal d'Almack d'une femme qui avait des boucles d'oreilles dans le nez et un tatouage de garotchana sur le front?

Cependant le comte ne pouvait s'empêcher d'éprouver un sentiment de tristesse en pensant à la beauté parfaite, à l'amour ardent et au dévouement sans bornes de la pauvre Indienne : ces qualités, quoique un peu excentriques et choquantes, valaient bien un regret.

Pendant toutes ces alternatives, miss Edith et sir Benedict Arundell, que nous avons laissés sur la jetée de Calais, s'étaient embarqués et étaient arrivés en Angleterre.

Avant d'entrer dans Londres, ils s'étaient séparés, et avaient pris chacun une maison dans un square retiré de Londres. La fiction du mariage de M. et madame Smith ne pouvait être

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