CHAPITRE XIX
range, de crainte de mauvaise rencontre, reconduisit miss Amabel jusqu'à sa voiture.
Au bout de quelque temps, le comte fut présenté dans les règles à Iady Eleanor Braybrooke, qui le trouva charmant et le vit avec plaisir faire chez elle de fréquentes et longues visites, car la positive Iady trouvait que miss Amabel poussait trop loin la fidélité à son veuvage imaginaire.
Ce que nous avons à dire blesse la poétique des romans qui n'admet qu'un amour unique, éternel, mais ceci n'est pas un roman; miss Amabel Vyvyan, qui avait sincèrement cru que, Benedict disparu ou mort, elle ne pourrait jamais aimer personne, fut toute surprise lorsqu'elle sentit battre ce cœur qu'elle pensait à tout jamais éteint sous la cendre d'une première déception. Le nom du comte de Volmerange annoncé par le valet de chambre avait toujours le privilège de faire monter un peu de rose aux joues de camélia de miss Amabel.
Le soir, lorsque, après deux ou trois heures de charmante causerie avec Volmerange, elle noyait sa tête dans son oreiller de point d'Angleterre, et se livrait à ce petit examen de conscience que fait avant de s'endormir toute jolie femme sur les coquetteries de la journée , elle trouvait qu'elle avait répondu par un regard indulgent à une œillade ardente, disserté trop longtemps sur
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des points do métaphysique amoureuse, et pas relire assez vite ses doigts de la poignée de main d'adieu. Lorsqu'elle était tout à fait endormie, ses rêves étaient hantés plutôt par l'image de Volmerange que par celle de Benedict.
Les deux couples de Saint-Margaret avaient fait un chasse-croisé physique et moral, et par une espèce de symétrie bizarre, lorsque Benedict aimait Edith, miss Amabel Vyvyan aimait Volmerange, qui le lui rendait. Le hasard, dans ces combinaisons renversées, semblait se faire un jeu de contrarier la volonté humaine. Aucune union projetée ne s'était accomplie, nul serment juré n'avait été tenu.
Les caractères en apparence faits pour s'entendre s'étaient épris de leurs contraires. Au plan rationnel de ces existences, un pouvoir inconnu avait substitué un scénario fantasque, extravagant, décousu; l'unité de lieu et d'action avait été violée par ce grand romantique qui arrange les drames humains, et qu'on nomme l'imprévu.
Lady Braybrooke, qui avait à cœur de voir Amabel mariée, après ce qu'elle appelait l'affront de Benedict, ne cessait de vanter Volmerange à sa nièce; ces éloges étaient naturellement accompagnés d'anathèmes contre le premier fiancé. Bien de formel n'avait encore été prononcé, et