‹ Les deux étrilesChapitre 135 sur 142 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

s'ouvrit pour donner passage à l'inconnue, le léger craquement des gonds lui fit faire un soubresaut nerveux.

L'ombre gagnait la porte; le comte ne put d'abord bien distinguer la femme qui venait d'entrer.

Avec la politesse d'un gentleman qu'il était, il fit trois pas au-devant d'elle.

La lumière de la lampe éclairait alors en plein la nouvelle venue.

Le valet de chambre avait bien jugé : ce n'était pas une laideur, mais bien un secret ou une pudeur que recouvrait le voile.

La beauté traversait confusément le tissu . comme un feu qui brille derrière une toile métallique. On ne la voyait pas, mais on la sentait belle.

Elle <;tait vêtue d'une longue robe blanche, qui s'arrangeait à petits plis fins et fripés comme ceux des draperies de Phidias, et sur laquelle tranchaient, avec une grâce coquette et funèbre, les réseaux noirs des dentelles de ia mantille.

— Madame, dit Yolmerange, ne relèvcrez-vous pas ce voile? Puisque vous avez la confiance de venir cbez moi à celte heure, ces précautions sont inutiles : votre secret ne court aucun danger; vous me cachez votre nom, laissez-moi au moins voir votre ligure.

29G m:s deux étoiles.

— Vous le voulez? répondit l'inconnue d'une voix douce et pénétrante .

Cette voix connue fit courir un frisson dans les cheveux de Volmerange.

La dame, d'une main blanche, (luette, et dont la forme réveillait mille souvenirs dans la mémoire du comte, commença à remonter lentement les plis noirs de la dentelle.

D'abord apparut un menton charmant marqué d'un petit signe qui remplit Volmerange de trouble, puis une bouche d'un rose vivace qui porta sa terreur au plus haut point, et ensuite un nez grec et d'adorables yeux bruns qui le rendirent fou d'épouvante.

Tenant ainsi son voile relevé au-dessus de sa tète avec sa belle main de marbre, dans une attitude digne d'une statue antique, elle s'offrait placidement aux regards égarés de Volmerange, qui s'était reculé de trois pas et tremblait comme la feuille.

— Oh! rala-t-il d'une voix sourde, qui êtesvous donc?

— Je suis lady Edith, comtesse de Volmerange.

— Non, tu mens : tu es un spectre; ta robe doit être mouillée; tu sors de la Tamise; vat'en! laisse-moi. Je t'ai noyée, tu le sais bien, comme j'en avais le droit. Ah! ah ! quelle étrange

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aventure! Est-ee que Dolfos va revenir aussi? Ce serait très-drôle! dit le comte en éclatant de rire.

Il était fou.

Miss Amabel, en toilette de bal, regardait dans une glace l'effet produit par une branche de bruyère du Cap, coquettement posée sur ses beaux cheveux. Jamais elle n'avait été plus jolie; l'attente de l'être aimé allumait dans sa beauté une clarté intérieure qui la rendait rayonnante. Il e-l si doux dans ces instants-là de se sentir belle et d'augmenter l'amour par l'admiration !

Blanche, rose, éclatante avec sa robe, qui semblait taillée dans les pétales d'une fleur, et sa tunique de gaze, plus frêle et plus transparente que les ailes des libellules, rattachée par des bouquets à ceux de sa coiffure, elle avait l'air d'une sylphide qui se passait le caprice d'aller en soirée.

La femme de chambre, ayant accompli son office, se relira.

Amabcl restée seule, car lady Eleanor Braybrooke, ayant beaucoup à réparer dans l'édifice de ses charmes, restait bien plus de temps que sa nièce entre les mains de ses femmes, éprouva cette espèce de désœuvrement qui s'empare des personnes habillées trop tôt pour une fête.

Elle avait écrit à Volmerangc de venir à neuf heures, il en était huit à peine ; c'était donc une heure d'inaction et d'immobilité , car en se livrant à quelque occupation, elle eût pu compromettre la fraîcheur de sa toilette.

Pour passer le temps elle prit un livre et lut distraitement quelques pages; puis elle ouvrit le piano et fit jaillir quelques fusées de gammes en rasant de son ongle étincclanl l'ivoire poli du clavier ; mais le pétillement des notes et la vibration des cordes la rendaient nerveuse. Elle ferma le piano et se leva.

Un de ses bracelets trop large lui glissait sur la main et la gênait. Elle prit son coffre à bijoux pour en choisir un autre ; en remettant le coffre à sa place, ses yeux tombèrent sur la cassette où étaient renfermées les lettres que lui avait écrites Benedict au temps de leurs amours.

Ce jour-là se trouvait être précisément l'anniversaire du mariage si bizarrement interrompu à l'église de Saint-Margaret.

Cette date, qui revint à la mémoire de miss

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