‹ Les deux étrilesChapitre 136 sur 142 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Amabcl à la vue de la cassette, la fit soupirer, et, l'esprit mû d'une fantaisie mélancolique, elle tira une lettre de la liasse, et, debout près de la cheminée, car ses épaules décolletées et ses bras nus la rendaient frileuse, elle se mit à lire.

«< Chère Amabel, disait la lettre écrite pendant une courte absence, comment vais-je vivre ces trois jours qu'il me faut passer loin de vous, moi qui suis accoutumé à votre douce présence, moi qui vois tous les soirs briller votre âme dans vos yeux et votre esprit sur votre sourire? La seule chose qui puisse me faire supporter cette séparation est l'idée que bientôt rien ne pourra plus nous désunir, et que nos existences couleront comme deux flots qui se confondent. ■<

Celte lecture plongea miss Amabel dans une rêverie profonde.

— A quoi bon garder , se dit-elle , ces témoignages d'une passion menteuse?

Et elle jeta la lettre au feu.

Elle en prit une seconde qu'elle lut, et qu'elle envoya rejoindre la première dans l'ardent foyer: elle remonta ainsi, lettre par lettre, tout le cours de cet amour évanoui. A mesure qu'elle avait respiré le vague parfum de souvenir enfermé dans les plis du vélin, elle rendait à la flamme ces débris d'un temps qui n'existait pins.

— Neuf heures ! dit-elle en jetant la dernière

lettre de la cassette; et Volmerange qui ne vient pas !

Le papier, après s'être allumé sur les charbons, avait, par suite d'un écroulement des braises, roulé à terre devant la cheminée.

Près de s'éteindre, mais ravivée sans doute par quelque souille , la lettre, plus qu'à demi consumée, lança un jet bleu; la flamme près d'expirer, cherchant un aliment, mordit le bord de la robe de gaze d'Amabcl , et monta en serpentant dans les plis de l'étoffe légère.

Amabel se vit tout à coup entourée d'une clarté flamboyante et d'une atmosphère embrasée; elle courut au cordon de sonnette; mais folle d'épouvante et de douleur, elle le cherchait à gauche tandis qu'il était à droite , et la flamme excitée par ces mouvements l'enveloppait victorieuse et triomphante.

La pauvre enfant se roula par terre pour éteindre le feu, et tâchait d'arracher ses vêtements en poussant des cris.

Au même moment la porte s'ouvrit et le domestique annonça :

— Sir Benedict Arundell!

— Sauvez-moi ! sauvez-moi ! cria du milieu de la flamme la malheureuse Amabel.

Benedict et le domestique se précipitèrent, mais il était trop tard; et dans le délire d'une

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