‹ Les deux étrilesChapitre 138 sur 142 · CHAPITRE XX. ÔOô · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX. ÔOô

qui résument tout et contiennent une philosophie dans un sourire imperecptihle , dans un léger haussement d'épaules : beaucoup parmi eux étaient riches, d'autres puissants ; ceux-ci possédaient l'audace, ceux-là l'habileté ; quelques-uns étaient grands poètes ou profonds politiques.

Les amusements ordinaires d'un club, le vin, les cartes, les chevaux et les femmes, ne pouvaient suffire à des gens pareils, blasés sur les émotions de l'orgie et du jeu , et dont plusieurs auraient pu montrer des listes de noms plus longues et mieux choisies que celle de don Juan.

Ils cherchèrent donc un but à leur activité, et voici ce qu'ils trouvèrent : la victoire delà volonté sur le destin.

Constitués en une espèce de tribunal secret , ils citèrent à leur barre l'histoire contemporaine, se donnant pour mission de casser ses arrêts lorsqu'ils n'étaient pas jugés justes. En un mol, ils voulurent refaire les événements et corriger la Providence

Ces joueurs intrépides , plus hardis (pie les Géants et les Titans de la Fable, essayèrent de regagner contre Dieu les parties perdues sur le tapis vert du monde, et s'engagèrent par les serments les plus formidables à s'entr'aider dans ces entreprises.

Le soulèvement de l'Inde, le rétablissement de

Napoléon sur un trône plus (''levé, l'affranchissement de l'Espagne, la délivrance de la Grèce, où plus tard Byron, qui faisait partie de cette junte, trouva la mort, tels étaient les plans que ces hommes s'étaient tracés.

Les divers mouvements et révoltes qui eurent lieu vers ces temps-là étaient leur ouvrage. Ils avaient guidé les Mahrattes contre les Anglais, agité la Péninsule, préparé l'insurrection de Grèce, et tenté d'enlever l'empereur, à qui un empire oriental rêvé dans sa jeunesse avait été préparé dans l'Inde, d'où il serait revenu en Europe en suivant le chemin d'Alexandre.

Ces grands esprits, ces volontés inflexibles qui remaniaient la carte de l'univers cl voulaient faire subir leurs ordres an hasard , n'avaient cependant pas réussi dans leurs combinaisons. Arrivés au bout de toutes les voies, ils avaient été renversés par ce petit souffle qui n'est peut-être autre chose que l'esprit de Dieu. Tous leurs laborieux entassements s'étaient écroulés on ne sait pourquoi. Malgré tous leurs efforts, les fatalités inexplicables continuaient leur marche aveugle. Le destin maintenait ses décisions.

Ce qui leur paraissait le bon droit essuyait des défaites, ce qui leur semblait injuste triomphait : le génie se tordait toujours sur la croix et la médiocrité florissait sous sa couronne d'or. Un

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