CHAPITRE XX
obstacle imprévu, une trahison, une mort inopportune ou quelque autre obstacle déjouaient leurs mesures au moment où elles allaient réussir. Ils essayaient de remonter le cours des choses et se sentaient, malgré leurs prodigieux efforts, emportés par le courant invincible.
La plupart s'acharnaient avec cette fureur du joueur malheureux, avec ce délire de l'orgueil aux prises avec l'impossible. Insensés, ils jetaient une poignée de poussière contre le ciel, et , comme Xercès. eussent volontiers fait donner le fouet à la mer. D'autres, plus forts, en étaient arrivés à soupçonner ce que, faute d'autre mot, nous appellerons les mathématiques du hasard; ils pressentaient que les événements étaient déterminés par une gravitation dont la loi restait à trouver pour un Newton de l'avenir, et, s'ils les contrariaient, c'était par une curiosité d'expérimentateur : ils agitaient le monde comme un physicien remue un verre pour mêler les liquides et les voir ensuite reprendre leur place selon leur pesanteur spécifique.
Sir Arthur Sidney , Benedict Arundell, le comte de Volmerange , Dolfos et Dakcha appartenaient ;'i eette puissante association : Sidney et Dakcha, membres du cycle supérieur, avaient le droit de choisir parmi leurs frères ceux qu'ils jugeaient nécessaires à l'exécution de leurs pro-
jets. Benedict et Volmerange, qui, malgré leur serment, avaient disposé de leurs personnes, avaient été ramenés au devoir de la manière qu'on a pu lire dans ce récit. Toutes ces existences troublées ou perdues, ces sacrifices d'argent, de courage et de génie n'avaient eu aucun résultat : le joueur invisible avait toujours gagné.
Le peu que nous venons de dire suffira pour faire comprendre le but et les moyens de cette association, espèce de sainte-vchme philosophique qui déploya une énergie inouïe et des ressources immenses pour substituer dans l'histoire la volonté humaine à la volonté divine.
Ces hommes peu religieux, et qui ne croyaient qu'à la force et au génie, avaient pris la Providence pour le hasard , et , ôtant la plume des mains de Dieu , avaient tenté d'écrire à sa place sur le volume éternel.
Maintenant, comme c'est l'usage à la fin d'un récit, il ne nous reste plus qu'à fixer le sort du peu de personnages qui survivent aux violences de notre action.
Volmerange voit toujours devant lui l'ombre blanche d'Edith, etreste accroupi de terreur dans l'angle de son cabanon de Bethîem, s'éloignant autant qu'il peut du spectre que son imagination égarée lui montre à l'autre bout de la chambre.
Quant à miss Edith et à sir Benedict Arundell,