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CHAPITRE III

Tamise sans paraître fatiguée de l'agitation des vagues et du remous de la marée. Les avirons s'enfonçaient clans l'eau sans en faire jaillir une goutte, s'ouvraient et se fermaient avec la facilité d'un éventail de jolie femme.

Quoique la bruine qui s'épaississait toujours rendit la navigation difficile et multipliât les chances d'abordage dans ces rues de navires qui forment une ville maritime en avant du pont de Londres, la yole se faufilait en frétillant entre les obstacles avec une adresse et une légèreté inouïes. On eût dit qu'elle portait à sa proue, tant était grande sa sensibilité divinatrice , ces tentacules qui font pressentir les objets à de certains insectes et qui sont comme la vue du toucher.

Quand elle eut dépassé le pont de Londres, dont les arches énormes, s'ébauchantpar grandes masses noires sur le ciel grisâtre , formaient un de ces effets à la Martynn que les Anglais appellent babylonian, et qu'elle se trouva dans un bassin relativement plus libre, elle fila avec une vélocité double. Elle eût, comme une truite, remonté une écluse de moulin ou une cascade.

Bientôt elle dépassa successivement les ponts de Southwark, de Blackfriars, et, serrant la rive de plus près , se mit à longer Temple-Hall et Temple-Gardens ; puis, rasant Somerset-House, elle se glissa sous l'arche du pont de Waterloo

la plus voisine de terre, se rapprocha du bord, e1

vint s'engouffrer dans une arcade basse à demi masquée par les saillies des avant-corps au milieu desquels elle était pratiquée. Quelques bateaux chargés étaient amarrés autour, et ce bâtiment, fait de briques et de planches, autant qu'on pouvait le démêler à travers le brouillard, avait l'air d'un magasin ou d'un entrepôt de marchandises.

L'embarcation pénétra sous celle voûte basse qui s'étendait beaucoup plus qu'on n'aurait pu le croire d'abord ; un coude soudain fait à peu de dislance de l'orifice en dissimulait habilement la profondeur.

Après quelques minutes d'une nage prudente, les nageurs sortirent leurs avirons de l'eau . et l'un d'eux, cherchant à tâtons un anneau scellé dans le mur , après l'avoir rencontré , y passa une corde et attacha la yole ; puis, les uns après les autres, ils sautèrent sur la première marche, à moitié couverte d'eau , d'un escalier que leur habitude des localités leur fit trouver sur-lechamp , malgré la nuit qui les enveloppait. Une grille qu'un des matelots ouvrit barrait le passage à cet endroit.

L'escalier, après une trentaine de marches, aboutissait à un plafond que le premier des matelots heurta assez fort de la tête.

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