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CHAPITRE IV

bien qu'une armure de Milan, tant il était bardé de baleines, de lames d'acier et autres engins compressas. Comment la brave dame avait-elle pu s'introduire dans cette gaine? c'est un mystère de toilette que nous respecterons; mais elle avait dû subir une pression de quarante atmosphères pour obtenir ce résultat.

Son visage, large et carré, était diapré de toutes les fleurs de la couperose. Ses joues flambaient, son nez visait au charbon; son front même était couleur de pralines. Cette physionomie incandescente s'encadrait de cheveux d'un roux britannique férocement crêpés, et qui ressemblaient plutôt à des filaments de soie végétale qu'à des cheveux humains. Ce visage eût été des plus communs sans deux prunelles d'un gris dur et froid comme l'acier, qui en relevaient la trivialité par quelque chose de dédaigneux et d'impératif; ce regard la signait grande dame, femme de high-life, malgré la bourgeoise épaisseur de ses formes et l'enluminure de son teint.

Lady Eleanor Braybrooke était veuve et servait de chaperon à miss Amabel Vyvyan, sa nièce, restée orpheline toute jeune et maîtresse absolue d'une assez grande fortune.

Dans la cérémonie importante qui allait avoir lieu, lady Braybrooke devait servir de mère à sa nièce.

58 LES DIvUX ÉTOILES.

Miss Aniabel, quoique la chose ne soit guère romanesque, épousait, sans obstacle aucun, un jeune homme charmant, sirBenedictArundell, qui l'aimait et qu'elle aimait depuis bientôt deux ans.

Sir Benedict Arundell était jeune et beau , noble et riche ; toutes les convenances étaient donc réunies dans cette union, puisque la fiancée possédait les mêmes qualités.

— Regardez donc, ma tante, quel affreux brouillard il fait, dit miss Amabel en tournant ses beaux yeux vers la fenêtre.

— Au commencement de novembre, cela n'a rien détonnant dans la vieille Angleterre, répondit lady Eleanor.

— Sans doute; mais j'aurais désiré pour ce jour, le plus beau de ma vie, un ciel d'azur, un gai soleil, des parfums de fleurs et des chants d'oiseaux.

— Chère petite , avec une chambre bien tapissée, des bougies, un bon feu dans la grille, un flacon de mille-fleurs et un piano d'Érard, on remplace tout cela. Je ne m'occupe guère du temps qu'il fait, moi.

— Toujours positive, ma tante.

— Toujours poétique, ma nièce.

— Je voudrais que la nature s'associât davantage à nos impressions : cette tristesse du ciel pèse à mon âme joyeuse.

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