CHAPITRE IV
linc rendait plus noble que le nez grec, sans lui rien ôter de sa correction , et couronnaient des yeux aux prunelles d'un brun intense et chaud nageant sur un cristallin d'une limpidité bleuâtre; une bouche d'un pourpre vif éclatait comme un œillet rouge au milieu de cette pâleur qu'elle rendait plus sensible et plus frappante.
Le long des belles joues d'Amabel se déroulaient deux molles spirales de cheveux soyeux et lustrés dont elle corrigea le tour du bout du doigt. Pour donner à sa toilette ce perfectionnement, elle mit en évidence une main d'une forme charmante, étroite, un peu longue, aux doigts effilés terminés par des ongles polis, brillants comme le jade, et d'une pureté aristocratique irréprochable. De telles mains, le désespoir des duchesses de la finance, ne s'obtiennent que par des siècles de vie élégante et se transmettent, comme les diamants, de génération en génération.
Apparemment Amabel se trouva bien, car un léger sourire releva les coins de sa bouche sérieuse, et, se tournant vers Fanny, elle lui dit d'une voix harmonieuse comme de la musique :
— Fanny, vous vous êtes surpassée aujourd'hui. Je ne suis vraiment pas mal.
— Mademoiselle, car je peux dire encore mademoiselle, n'est guère difficile à parer. Elle va si bien à ses robes !
Flatteuse! Mais quelle heure est-il?
— Onze heures vont sonner, répondit Fanny après avoir consulté de l'œil une, pendule incrustée de burgau et posée sur un piédouche.
— Onze heures déjà ! et ma tante lady Eleanor Braybrooke qui n'arrive pas !
— Il me semble, répondit Fanny, que j'entends une voiture qui s'arrête devant la porte. Ce doit être lady Eleanor.
Un tonnerre de eoups de marteau retentit au bas de la maison comme Fanny achevait sa phrase, présageant un personnage d'importance.
En effet, au bout de quelques minutes, un valet poudré et en bas de soie annonça en soulevant la portière :
- Lady Eleanor Braybrooke !
Une femme majestueuse et roide, ayant atteint cet âge si difficile à fixer qu'on appelle poliment un certain âge, entra dans la chambre avec une roideur automatique, sans faire onduler le moins du monde son épaisse robe de soie. On cûtdit que des rouages intérieurs la faisaient mouvoir et qu'elle s'avançait au moyen de roulettes de cuivre comme ces poupées qu'un mécanisme caché fait circuler autour d'une table.
Le corselet dans lequel se moulaient ses charmes développés par l'embonpoint delà quatrième jeunesse eût préservé d'un coup de lance aussi