‹ Les deux étrilesChapitre 54 sur 142 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La main (''tendue de Benedicl avait rencontré une grille de fer.

Le chemin était barré de ce côté-là, et de l'autre le retour était impossible. Les forces épuisées d'Arundell n'auraient pu suffire à soulever cette lourde trappe.

— Que vous ai-jc fait, mon Dieu, pour être damné vivant? s'écria douloureusement Benedicl, et quel crime inconnu dois-je expier ici? 0 Amabel ! quelque tristes que soient les suppositions où vous vous livrez sans doute maintenant sur mon sort, elles ne peuvent approcher de la réalité.

Et par un dernier effort de cette espérance vivace qui ne peut abandonner l'homme et que le condamné garde encore, le cou engagé sous le couperet, Benedict secoua chacun des barreaux les uns après les autres, essayant de les ébranler ou de les soulever; mais ils étaient scellés d'une manière indéracinable, et la rouille soudait leurs sertissures.

Vingt fois, ayant rencontré la serrure dans ses tâtonnements , le pauvre Benedict se mit les doigts en sang pour démonter les vis ou en faire jouer les ressorts.

Pendant qu'il se livrait à ce travail inutile , car la serrure massive et compliquée eût fait honneur à la porte d'un cachot de Ncwgate ,

une vague l'enveloppa de s;i caresse glaciale.

Bcnedicl transi, claquant des dents, ses vêtements de noce imprégnés d'eau, remonta quelques marches pour se mettre à l'abri de l'atteinte des flots, et s'assit sur un degré, comme une de ces sombres figures accroupies dont Dante Alighieri peuple les escaliers de ses enfers.

11 resta là ainsi, dans la morne résignation de la brute acculée, du sauvage pris. Combien de temps? Une éternité ou une heure. La pereeption réelle des choses lui échappait, et la roue de la folie commençait à lui tourner dans la tête.

A un certain instant de calme relatif, il voulut savoir l'heure, se souvenant qu'il avait une montre à répétition dans la poche de son gilet; mais sa main, engourdie par le froid, pressa la détente trop fort ou maladroitement, et le ressort se rompit et rendit un son strident sous l'or de la boîte.

Le pauvre Bencdict se trouvait comme ces prisonniers des mines de Sibérie, qu'on fait dormir deux heures et puis travailler deux heures alternativement, pour qu'ils ne puissent savoir ce qui leur reste de temps à faire; car, bien qu'ils ne voient jamais le soleil, la division du travail et du repos leur permettrait de compter.

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