‹ Les deux étrilesChapitre 68 sur 142 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

confidence : ses rougeurs, ses pâleurs, ses silences étaient pris pour ces inquiétudes virginales qui tourmentent les jeunes filles aux approches de leur mariage; l'amour même légitime a ses troubles , et les larmes sont à Tordre du jour dans les yeux des jeunes fiancées.

Chaque jour elle se disait : « Il faut que je parle, :> et le jour se passait sans qu'elle eût parlé ; les préparatifs s'avançaient sans qu'elle osât s'y opposer, et la révélation devenait de plus en plus impossible. Edith aimait Volmerange , et bien que son caractère fut d'une loyauté parfaite, et que l'ombre d'une fausseté lui répugnât, clic n'avait, pas la force de porter elle-même ce coup de hache à sa félicité. Elle s'était sentie lâche devant ce malheur. Et comme tous les gens perdus qui comptent sur un incident impossible pour les tirer d'une situation désespérée, elle avait laissé les choses aller; maintenant le moment terrible était arrivé, et comme une colombe tapie à terre qui entend bruire autour d'elle le vol circulaire de l'autour, elle attendait, palpitante d'inquiétude et de terreur. 11 lui semblait alors qu'elle aurait dû tout dire, repousser Volmcrange, ne pas accepter ce bonbeur dont elle n'était pas digne. Mais il était trop tard.

Il faut dire aussi, pour la justification d'Edith,

qu'elle était coupable, mais non dégradée; elle avait une de ces natures que le mal peut atteindre et ne saurait pénétrer, comme ees marbres que la boue salit, mais ne tache pas, et qu'un flot

du ciel l'ait paraître plus purs et plus blancs que jamais. Sa chute n'avait que de nobles motifs. Xavier avait joué près d'Edith la comédie du malheur; il s'était prétendu opprimé, méconnu, forcé de rester dans son humble sphère par les invincibles préjugés de l'aristocratie, et avait soutenu que la fille de lord Harley ne pouvait aimer qu'un lord, pair d'Angleterre, à la mode et jouissant d'une immense fortune. Ces choses dites simplement, d'un air résigné et froid, avec des yeux brûlant d'une passion contenue, provoquaient la nature noble et chevaleresque d'Edith à quelque folie de dévouement consolateur.

Elle avait voulu jouer le rôle de la Providence pour ce génie obscur, pour cet ange exilé qui n'était qu'un démon; puis elle s'était donnée, prenant la pitié pour de l'amour : la passion vraie de Volmerange lui avait bientôt fait sentir à quel point elle s'était trompée ; et d'ailleurs , Xavier, sûr de son triomphe, n'avait pas tardé à se démasquer, et loin de s'opposer, comme on aurait pu le croire, à l'union d Edith et de Volmerange, il l'avait en quelque sorte exigée de celle-ci dans quelque dessein sinistre et ténébreux im-

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