‹ Les deux étrilesChapitre 72 sur 142 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

ces mille bruits par lesquels se plaint la nature dans une nuit de tempête.

— A l'autre maintenant , dit Volmerange en retournant sur ses pas. Il faut que je le trouve, fût-il caché au fond du dernier cercle de l'enfer.

Et il s'enfonça dans le dédale des rues d'un pas rapide et plein de résolution.

Entraîné par la rapidité du récit, nous n'avons pas dit qu'un homme qu'on aurait pu prendre pour une ombre portée se tenait collé à la muraille de la maison du comte de Volmerange. Veillait-il là pour son compte ou pour celui d'un autre? c'est ce que nous ne savons pas encore. Était-ce un voleur, un amant ou un espion, un ennemi ou un ami? Pressentait-il la catastrophe qui devait arriver , et avait-il voulu y assister invisible témoin? Toutes ces questions, nous ne sommes pas encore à même de les résoudre. Ce que nous pouvons dire, c'est que le rôdeur nocturne vit Edith sauter la terrasse du jardin, Volmerange la poursuivre et la jeter dans la Tamise, sans intervenir dans cette scène affreuse dont il s'était contenté d'être le spectateur lointain et silencieux. Quand Volmerange , sa vengeance accomplie, rentra dans le cœur delà ville, l'ombre le suivit de loin, réglant son pas sur le sien, de façon à ne pas le perdre de vue et à ne pas en être remarquée.

La tête perdue, le cœur plein de rage et de regrets, Volmerange marcha ainsi jusqu'à Regent's-Park, où, accablé de fatigue, de douleur et de désespoir, il se laissa tomber sur un banc, au pied d'un arbre, dans l'état le plus complet de prostration ; ses idées l'abandonnaient et sa tète vacillait sur ses épaules ; sa taille vigoureuse fléchissait; il tomba dans ce morne assoupissement par lequel la nature, lasse de souffrir, se refuse aux tortures morales ou physiques.

Pendant qu'il sommeillait, l'ombre noire s'approcha de lui d'un pas si léger, si furtif, si souple, qu'elle ne déplaçait pas un grain de sable et qu'elle ne courbait pas un brin de gazon; elle posa sur les genoux de Volmerange un papier de forme bizarre et une enveloppe pleine de lettres, puis se retira plus doucement encore et se cacha derrière les arbres, avec lesquels elle se confondit bientôt.

Pour léger qu'eût été le mouvement, il réveilla Volmerange, qui vit le papier et l'enveloppe posés si mystérieusement sur ses genoux, et courut sous une lanterne.

L'enveloppe contenait des lettres d'Edith prouvant sa faute. Le papier était ainsi conçu :

« Je jure de ne jamais disposer de moi, de ne m'engager dans aucun lien , ceux du mariage et autres, et de me tenir toujours libre pour le ser-

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