‹ Les deux étrilesChapitre 90 sur 142 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

quelquefois, et leurs rapports s'étaient maintenus dans cette politesse stricte qui touche à l'insulte. Quelques affaires de femmes , où Dolfos, en rivalité avec Volmerange , n'avait pas eu le dessus , semblaient avoir laissé dans l'âme du premier une rancune profonde qu'il cachait soigneusement , mais qui avait fait pulluler les vipères dans ce cœur malsain.

Une autre incertitude torturait Volmerange. Dolfos avait peut-être agi d'après les ordres de la junte, et alors, appuyé par cette puissante association, il pourrait échapper au châtiment qu'il méritait; un vaisseau l'emportait sans doute vers un pays inconnu et le dérobait pour toujours à ses recherches.

Il en était là de ses raisonnements , lorsque tout à coup , par un de ces hasards vrais dans la vie, invraisemblables dans les romans, Dolfos, tournant un angle de rue, se rencontra face, à face avec lui.

A l'aspect de Volmerange, Dolfos comprit qu'il savait tout ; il eut peur à la vue de ce visage livide où flamboyaient deux yeux pleins d'éclairs, et il se rejeta en arrière par un mouvement brusque; mais la main du comte s'abattit sur sonbras comme un crampon de fer et le fixa sur biplace.

— Dolfos, dit le comte, je sais tout, n'essaye pas de nier : tu m'appartiens, suis-moi.

Le misérable tâcha de se débarrasser de l'étreinte de celte main nerveuse , mais il ne put y réussir.

— Faut-il que je te soufflette en pleine rue, comme un lâche, pour te forcer à te battre? poursuivit Volmerange ; j'ai le droit de t'assassincr, et pourtant je risquerai ma vie contre la tienne, comme si tu étais un homme d'honneur. Séduire une femme, cela se conçoit, l'amour excuse tout; mais la perdre dans un but de calcul et de haine, l'enfer n'a rien de plus monstrueux et de plus abominable. Tu m'as fait meurtrier, il faut que je te tue. Je te dois à l'ombre d'Edith.

— Eh bien, oui, je vous suivrai, répondit, Dolfos, mais desserrez ces doigts qui me brisent le poignet.

— Non, répondit Volmerange, tu te sauverais. Une voiture passa , le comte l'appela , et y fît

monter devant lui Dolfos, blême et tremblant. Menez-nous, dit le comte, à ***.

C'était une petite maison de campagne, un cottage que le comte possédait aux environs de Richmond.

Le trajet, quoique rapide, parut long aux deux ennemis : Dolfos, rencogné dans un angle de la voiture, semblait une hyène acculée par un lion. Volmerange le couvait d'un œil sinistre et flamboyant; il était calme et Dolfos agité.

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