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CHAPITRE XIV

— Je t'accepte, dit Arthur Sidncy d'un ton solennel et presque religieux, toi qui te donnes sans réserve et te voues au but inconnu avec ardeur et foi, ô pauvre jeune âme brisée ! Je te promets, à défaut de bonheur, au inoins le repos. Désormais vous habiterez cette petite chambre à côté de ma cabine, et aux veux de l'équipage, qui ne vous a pas vue dans vos babils de femme, vous passerez pour mon mousse.

Edith fut installée dans cet étroit réduit, et son office, plus apparent que réel, se bornait à chercher un livre pour Sidncy ou à lui apporter sa longue-vue ; le reste du temps, appuyée sur le bastingage ou perchée dans le trinquet de gabie, elle noyait ses regards dans les nuages infinis cl contemplait l'Océan , qui lui paraissait petit à côté de son chagrin.

Le vaisseau fuyait toujours, enfermé dans ce cercle d'airain que l'horizon de la mer trace autour des navires. Le soleil se levait et se couchait; les chevaux blancs secouaient leurs folles crinières ; les marsouins jouaient au triton et à la sirène dans le sillage ; de temps à autre, une bande grisâtre bordée d'écume émergeait, loin, bien loin, sur la gauche de (a Belle Jenny, avec l'apparence d'un banc de nuages colorés par un rayon; des albatros, berçant leur sommeil avec leur vol, planaient au-dessus des mâts ou rasaient

les vagues, une aile dans l'eau et l'autre dans l'air; à mesure qu'on avançait, le ciel était plus clair et les bruines du Nord restaient en arrière connue des coureurs essoufflés.

Mais bientôt tout disparut : plus d'oiseaux , plus de silhouettes de côtes lointaines; rien que la mer et le ciel avec leur grandeur monotone et leur agitation stérile. La ebanson vénitienne, dans son admirable mélancolie, dit qu'il est triste de s'en aller sur la mer sans amour. C'est vrai , et c'est beau ; l'amour seul peut remplir l'infini ! Mais sans doute la barcarolle n'entendait pas un amour sans espoir et brisé comme celui d'Edith pour Volmerange. Une grande tristesse envahit la pauvre jeune femme ; elle ne pouvait s'empêcher de songer à la vie heureuse qu'elle aurait pu mener, et pour laquelle Dieu et la société l'avaient faite, et qu'une complication d'intrigues scélérates lui rendait impossible : elle pensait aussi à lord et à lady Ilarley, au désespoir affreux de ce noble père et de cette respectable mère, et des larmes coulaient silencieusement sur son beau et p.àîe visage, larmes plus amères que l'Océan où elles tombaient.

Contradiction bizarre, mais qui n'étonnera pas les femmes, elle aimait davantage Volmerange depuis cette nuit terrible; tant de violence prouvait aussi tant de passion! Cette rigueur

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