LES BOLCHEVIKS ET L IM PÉRIALISME ALLEMAND
autres contrées qu'ils occupent aujourd'hui, ils ne parviendront à faire soit une nouvelle Bosnie, soit une nouvelle Alsace-Lorraine. Ils ne réussiront point à recueillir les fruits de leur besogne de perfidie et de trahison ; jamais plus ils ne pourront réaliser ce rêve d'hégémonie impérialiste pour l'accomplissement duquel Berlin et Vienne n'hésitèrent pas à incendier l'Europe.
Certes, l'impérialisme allemand, en prêtant aide dans les pays alliés aux bolcheviks, aux Zimmerwaldiens, aux représentants de divers groupements révolutionnaires — qui fussent demeurés inoffensifs sans le concours germanique — a semé en Europe beaucoup de funestes idées qui, longtemps encore, empoisonneront la vie sociale des ipeuples et dont devra être rendu responsable le gouvernement de Guillaume II plus que tel ou tel leader révolutionnaire.
Avant la guerre, Jaurès et ses partisans, avaient beaucoup travaillé en France pour conduire le socialisme dans la voie d'une saine évolution, basée sur l'ordre, et devant méthodiquement mener le prolétariat à la prospérité. C'est à cette évolution politique la plus importante de notre siècle que les bolcheviks ont donné un coup de massue terrible, en fournissant aux éléments anarchistes, criminels et fous, les moyens d'acquérir une puissance telle qu'on n'en vit jamais de semblable jusqu'ici dans les milieux
ouvriers, ni dans les masses paysannes de Russie, de France, d'Angleterre, d'Amérique, de Finlande, d'Ukraine, de Suisse, d'Italie, de Suède, de Norvège.
Et si, en semant la mauvaise graine dans les champs des voisins, les Allemands ne purent éviter d'en laisser tomber un peu dans leur propre domaine, ils s'en consolent aisément parce qu'ils s'imaginent que, quel que puisse être le dommage qui en résultera, il ne sera jamais aussi important que le bénéfice qu'il leur rapporte en démoralisant les armées et les peuples des Alliés. Ils se disent que, si le besoin s'en fait sentir, ils sauront toujours étouffer, dès sa naissance, tout foyer révolutionnaire allumé par leurs soins, grâce au concours des mitrailleuses et des prisons.
Mais les Allemands pourraient bien se tromper. Qui saurait affirmer que le gouvernement impérialiste ne sera pas le premier à subir les conséquences du chaos anarchiste européen qu'il a tant contribué à développer ? Et est-il besoin de rappeler que le drapeau bolchevik flotte à cette heure à Berlin même, sur les bâtiments de cette ambassade russe, où trône le traître Ioffe ?
Ce drapeau rouge n'est point le drapeau du socialisme so.us lequel s'abritait Jaurès ; c'est un drapeau qui symbolise k plus criminelle, la plus ignoble trahison dont ait jamais souffert l'uni-
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vers et c'est à l'ombre de ce drapeau que Lénine et Hindenburg, Trotzky et Hoffmann, Ioffe et Kùhlmann ont accompli leur œuvre de destruction. Et si Hertling, à la vue de ce drapeau, peut se féliciter des victoires allemandes obtenues par la trahison des bolcheviks russes, Ioffe, de son côté, ne saurait le contempler sans plaisir, car il est l'emblème de son triomphe dans la capitale allemande. Il peut le montrer du doigt aux impérialistes germaniques et leur dire : « Voilà l'emblème d'une trahison que vous devrez nous payer son prix, sinon, nouveaux Shylocks, nous exigerons impitoyablement le règlement des comptes. »
Grâce à un travail acharné, l'Europe en était arrivée à donner à la démocratie des assises solides. Les traîtres bolchevistes et les impérialistes allemands ont perfidement sapé les fondements de la doctrine émancipatrice des peuples. Ils ont empoisonné l'Europe de théories ulopiques et une dure bataille devra être livrée, au nom de la Liberté et du Socialisme, contre le virus anarchique.
Soyez maudits, bolcheviks!
(Lettre ouverte aux bolcheviks)
C'est à vous, mes geôliers d'hier, que j'adresse cette lettre. Bien avant de vous connaître, j'ai connu beaucoup d'autres geôliers : mais je n'ai jamais eu à leur adresser aucune lettre. Mes geôliers d'antan étaient des ennemis déclarés du socialisme et de la liberté, et ils ne me gardaient dans leur geôle que précisément parce que je luttais pour le socialisme et la liberté. Vous êtes pour moi des geôliers tout à fait spéciaux. Vous me gardiez dans la même geôle où m'avait gardé le gouvernement tsariste, mais vous ne vouliez pas prendre ouvertement devant moi l'allure de gendarmes. En m'arrêtant et en me gardant dans des geôles, vous vous couvriez d'un drapeau qui m'est cher : celui du socialisme et de la liberté.
Je ne puis laisser passer ce geste sans protester.
En ma qualité de vieux révolutionnaire, j'estime avoir le droit de parler. Sous le régime tsariste, à cause de ma lutte contre lui, j'ai comme
SOYEZ MAUDITS, BOLCHEVIKS
bien d'autres respiré l'air des prisons, j'ai connu la déportation et l'émigration. Aujourd'hui encore, je continue à lutter pour les mêmes idées, avec la même foi dans leur justice et dans leur succès que j'avais dans ma jeunesse, il y a trentecinq ans, au moment où je commençais la lutte. A cette époque, je fus jeté pour la première fois par les gendarmes d'Alexandre III dans la même casemate « Troubetskoï » de la forteresse Pierre et Paul, et presque dans la même cellule que celle où vous vous êtes empressés de me jeter le 25 octobre-8 novembre 1917.
Vous saviez bien que j'étais pour vous un ennemi aussi ancien que convaincu. A ce point de vue, vous avez donc agi d'une façon sans doute fort pratique le jour, où ayant réussi à vous emparer du pouvoir à Petrograd, vous me fîtes arrêter un des premiers pour me garder eu prison aussi longtemps que vous l'avez pu. Echappé de vos prisons, en liberté, à l'étranger, je continuerai contre vous la lutte que j'ai menée pendant tant d'années, ici même en émigré, contre le gouvernement de Nicolas et contre ses gendarmes.
Ce que vous lirez plus loin ne constitue pas uniquement mon opinion personnelle. Tout ce que j'écris ici m'a été raconté par ceux avec qui j'ai été jeté en prison. Les camarades qui se trouvaient en liberté tenaient exactement les
mêmes propos sur vous. C'est la voix du peuple qui se fait entendre ici.
Cette lettre ouverte, que je vous adresse ici, je ne vous l'envoie pas personnellement. Je la publie dans les journaux pour que notre explication ait lieu au grand jour, sous les yeux du public. Je veux être entendu par tous ceux qui supportent le poids de vos agissements, et qui tous n'ont pas disparu, comme Chingarev et Kokochkine, que vous avez assassines, et par ceux qui aiment la Russie et souffrent de tout ce qu'elle subit par votre faute. Je veux être entendu par tous ceux qui comme les Allemands, se réjouissent des malheurs qui frappent la Russie ; par tous ceux qui comptent fonder leur bonheur sur ses ruines.
En m'adressant à vous, je ne vise aucun de vous en particulier. Entre nous, il n'y a rien à dire. Pour moi, vous n'êtes pas des criminels de hasard, mais des criminels conscients, des criminels innombrables !... Vous êtes des traîtres à la Patrie ! Vous êtes ses Judas ! Vous êtes des menteurs ! Vous êtes des voleurs, ou bien des recéleurs de voleurs 1 Vous êtes des assassins, ou bien des recéleurs d'assassins !
Hier encore, la plupart d'entre vous étaient des militants de partis socialistes et vous parliez
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a u nom du socialisme. Du reste, vous osez parler en son nom, môme aujourd'hui. Mais pour les véritables socialistes, vous n'êtes plus des socialistes ; vous n'êtes pour nous que nos geôliers, nos gendarmes, nos censeurs, nos assassins.
Admirez donc votre œuvre et tout ce qui se passe dans notre Patrie tout ensanglantée et couverte, à cause de vous, de cadavres !... Et vous comprendrez de quelles malédictions nous accompagnons vos noms !...
Ce n'est pas la première fois que mes lecteurs m'entendront dire la vérité sur votre compte. Il y a longtemps que beaucoup d'entre eux ont entendu cette vérité à diverses occasions et pour diverses raisons. Mais celte vérité n'a pu, malheureusement, pénétrer dans la conscience générale. Pour l'écrasante majorité, les accusations portées contre vous paraissaient invraisemblables, presque impossibles, ou tout au moins dénuées de fondement. On aurait aimé vous croire meilleurs que vous n'étiez en réalité. Il semblait à bien des gens que tout ce que je disais de vous il y a un an et qui alors les méfiait hors d'eux, était faux et ne m'était dicté que par mes campagnes politiques contre vous.
Quand, l'année dernière, je protestais contre vos premiers actes, — vous arriviez en Russie en wagons plombés, — je savais que j'avais raison. Mais, je l'avoue franchement, je ne pen-
sais pas moi-même qu'en réalité vous étiez incomparablement plus coupables que je ne l'écrivais alors.
Je savais, dès ce moment, que vous trahissiez la Patrie, mais je ne supposais pas que votre trahison irait si loin, que vous l'accompliriez avec le cynisme dont vous avez fait preuve, en octobre 191 7, alors que vous vous empariez du pouvoir. Je savais qu'il y avait parmi vous des calomniateurs, des êtres sans morale, capables de vol et d'assassinat, mais je ne pouvais m'imaginer que vous réussiriez à rassembler autour de vous la bande de criminels que vous avez réunis à Smolny.
Votre Lénine disait un jour dans l'intimité, qu'il trouvait aussi naturel de faire la révolution russe avec de l'argent allemand et avec l'aide de l'Allemagne, que de faire la révolution allemande avec de l'argent russe et l'aide de la Russie. Ces paroles de Lénine symbolisent l'œuvre révolutionnaire des bolcheviks en Russie pendant la guerre.
Lénine et consorts comprennent, et comprenaient fort bien au printemps de 191 7 que, si le grand état-major allemand se donnait la peine d'organiser, en pleine guerre, le retour en Russie des émigrés russes par le territoire allemand, il ne le faisait certes pas par amour du collectivisme de Lénine, mais parce que cela entrait
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dans ses plans, parce que par ce moyen il comptait alors désagréger la vie sociale de la Russie et son armée et en tirer des avantages incalculables dans sa lutte contre nos Alliés. Ces émigrés se rendaient alors en Russie dans des wagons plombés, ayant à leur tête Lénine, Natanson, Zinoviev. Il y avait là de deux cents à trois cents personnes, dont la plupart devaient devenir des chefs du bolchevisme. J'ai donné la liste complète de leurs noms accompagnés de commentaires, au cours d'articles publiés avant le coup d'Etat bolchevik.
Ils se rendaient en Russie par l'Allemagne ; ils se consolaient naïvement, pensant qu'il y aurait moins de profit pour l'Allemagne qu'ils n'en tireraient eux-mêmes pour leur organisation et pour leur œuvre. Ce jeu, franchement cynique, des bolcheviks avec le grand état-major allemand, dura pendant toute la guerre et se poursuivit chaque jour.
Pendant la guerre, Lénine et consorts ne cessèrent d'entretenir les plus étroites relations avec les Allemands d'Allemagne et d'Autriche, par l'intermédiaire des Grimm, Rauer, Rakovsky et autres. Vos Ganetsky étaient dans les meilleurs termes avec Parvus. D'innombrables courriers appartenant à la rédaction de vos journaux bolchevistes et à vos états-majors allaient et venaient d'Allemagne en Russie. Vous receviez
par ballots la correspondance d'Allemagne, ainsi qu'on en a eu des preuves en perquisitionnant à la rédaction de la « Pravda » pendant l'ete de
I9l7se peut qu'au point de vue allemand on ait trouvé tout cela parfait. Au point de vue de Lénine, c'était sans doute également parfait et conforme à la manière de voir et d'agir maximaliste et collectiviste.
Mais il existe un autre point de vue, — le nôtre.
Envisagée à ce point de vue, votre œuvre est une trahison, car notre armée l'a payée de son sang et notre pays de sa ruine. Les bolcheviks venus de l'étranger en wagons plombés, accomplissaient en Russie des actes pour lesquels on fait passer en conseil de guère et on fusille en Allemagne, en Angleterre et en Autriche, en Amérique et en Turquie, au Japon, en Italie et en Bulgarie. Ce que les bolcheviks accomplissaient en Russie en 191 7, avant leur coup d'Etat, et ce que Kerensky laissait faire, n'a qu'un seul nom dans toutes les langues, celui de trahison !
Les bolcheviks, en la personne de leurs chefs responsables, de même qu'en tant que parti politique, étaient, pendant la guerre, des traîtres au sens propre du mot, des traîtres conscients, car
SOYEZ MAUDITS, BOLCHEVIKS
on ne saurait invoquer, pour excuser leur conduite, l'ignorance, la sottise, ou la naïveté. Ils savaient ce qu'ils faisaient.
Ce n'est pas avec des mains propres que vous, bolcheviks, accomplissez votre œuvre de Gain. Les gens honnêtes, môme ceux dont les idées politiques se rapprochaient des vôtres, vous tenaient à distance.
Lénine, Trotsky, Lounatcharsky et autres, avaient déclaré à maintes reprises en de grandes réunions et dans la presse, qu'ils étaient entourés d'apaches. Ces apaches s'installèrent surtout à Smolny, puis dans les tribunaux bolcheviks, dans leurs commissions et dans leurs comités. En vérité, les voleurs y pullulaient ! Non seulement la Russie n'a jamais connu les vols, les prévarications, les malversations et le chantage tels qu'ils se produisaient et se produisent autour de Lénine et de Trotsky dans leur Smolny, dans leurs ministères, tribunaux, prisons et dans leur armée, mais encore on n'aurait su les imaginer tels. Des milliards de roubles ont été volés, des stocks immenses de marchandises ont été û& truits, le commerce et l'industrie sont anéantis... Les léninistes pourront dire plus tard, m se rappelant leur règne, qu'ils ont su vivre et s'enrichir. Que de nouveaux riches seront sortis de leur milieu !...
J'ai rappelé plus haut qu'il est arrivé un jour à
Lénine de dire que, « sur cent bolcheviks, il fallait compter un seul vrai bolchevik convaincu, soixante imbéciles et trente-neuf scélérats ». Je ne discuterai pas cette déclaration de Lénine. Est-ce bien « soixante imbéciles » et « trente-neuf scélérats », ou bien inversement « trente-neuf imbéciles » et « soixante scélérats », qu'il faut compter pour un seul bolchevik convaincu ?
Nous n'insisterons pas sur le fait que parmi les gredins qui s'abritent sous le drapeau du maximalisme, il se trouve un bon nombre d'agents à la solde de l'Allemagne : ce sont ceux qui exercent la plus grande influence sur toutes les affaires bolchevistes.
Je n'oublierai jamais un tableau qui, m'ayant vivement frappé, s'est gravé dans ma mémoire, et que les illustrés de tous les pays ont reproduit.
Il représente un banquet à Brest-Litovsk. D'un côté d'une table ornée de fleurs et garnie de desserts se trouvent Léopold de Bavière, le général Hoffman et Gie, de l'autre, nos bolcheviks : Kaménev, Ioffe et consorts. Léopold a le regard attentivement fixé sur Kaménev : il est plein d'attentions pour lui; il a l'air d'être prêt à toutes les platitudes à son égard, mais on s'aperçoit bien qu'il sait ce qu'il fait. Il faut vraiment posséder une grande pénétration psychologique pour peindre l'état d'âme de tous ces Kaménev,
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qui se rendaient bien compte que ce Léopold de Bavière n'avait certainement rien de commun avec eux, qu'il n'était ni leur « camarade », ni un communiste, qu'il les méprisait du fond de son âme, et ne les traitait jamais autrement que de (( sales youpins ». Chez les Kaménev, au sentiment de joie se mêle la conscience qu'ils jouenl un rôle des plus vils. Néanmoins, Léopold de Bavière, Hoiïman et les Kaménev continuaient à rester attablés et ne disparaissaient pas sous terre. Ils mangeaient, buvaient, et cela ne les étouffait pas. Ces Augures de Brest se regardaient et faisaient des efforts pour ne pas pouffer de rire. Des deux côtés on se rendait bien compte qu'à cette table on ne faisait pas que manger des fruits et admirer des fleurs, mais que c'était surtout de la vente de la Russie qu'il s'agissait et que c'étaient des acheteurs et des vendeurs qui se faisaient face.
Maintenant que les Maures ont accompli leur œuvre, ils peuvent se retirer : on ne fait pas de cérémonies avec eux. Maintenant que vos bolcheviks cessent d'être utiles à l'élat-major allemand, c'est d'un mépris évident que les arrosent ces mêmes Léopold de Bavière et ces Hoffman !...
C'est des Allemands eux-mêmes que vos bol-
chcviks commencent à recevoir le châtiment de leur trahison.
Jamais parti n'est tombé politiquement plus bas que vos bolcheviks russes, et celà n'est pas dû au hasard. Les bolcheviks et leurs chefs ont toujours eu pour cela des dispositions d'où leurs crimes découlent logiquement.
Il n'existe pas pour les bolcheviks, dans les œuvres publiques, de morale commune à toute l'humanité. Ils ne connaissent que celle des Ilottentots — « le bien, c'est ce qui me profite, le mal, ce qui ne me profite pas ». — Ce qui pour eux prime tout, c'est leur parti, et pas m A nie leur parti, mais leur organisation. Audessus de cette organisation, n'existent que les intérêts personnels et les projets personnels de leurs chefs. Qu'importe que la paix soit mauvaise, qu'importe qu'elle soit' le plus grand malheur de la Russie, pourvu que les « bons Soviets » restent ! La conscience des bolcheviks est celle de leur parti, leur honneur est également celui du parti. Dans les affaires qui ne concernent pas le parti, les bolcheviks sont des gens complètement dénués de morale : des gens sans conscience, sans honneur, sans sentiment de la responsabilité de leurs méfaits. Ce sont des gens sans cœur, — la misère d'autrui pour eux ne compte pas. Pour eux, le Droit, la Justice sont de vains mots.
SOYEZ MAUDITS, BOLCHEVIKS
Dans leurs actes politiques, en dehors du parti, les bolcheviks sont avant tout des menteurs. On ne saurait se fier à leurs paroles.
Pendant des mois, ils se proclamèrent partisans de l'Assemblée Constituante. Ce sont eux qui l'ont dissoute après la première séance. Ils avaient passé leur temps à condamner la peine de mort, et ce sont eux qui l'ont introduite en tant que système. Ils préconisèrent partout le lynchage ; chacun de leurs décrets se termine par la menace de fusiller quelqu'un. Ils ont couvert la Russie de cadavres. Ils étaient partisans de la liberté de la presse, mais se sont révélés les plus rigoureux censeurs et les plus grands persécuteurs de la presse que la Russie ait jamais connus. Ils étaient contre les prisons, mais s'en firent les pourvoyeurs les plus acharnés, et devinrent les geôliers les plus cruels, jetant dans les prisons les gens par milliers, sans enquête ni jugement. Ils parlaient de paix, mais déchaînèrent la guerre civile d'un bout à l'autre du pays. Ils parlaient de pain, mais ne donnèrent au peuple que des pierres. Ils s'élevaient contre le fardeau des impôts, mais eux-mêmes ruinèrent le pays. Ils s'indignaient de la diplomatie secrète, mais ont introduit dans leur propre diplomatie un mystère tel que jamais le tsarisme n'en connut de pareil. Nous ignorons, par exemple, jusqu'à présent, ce qui s'est exactement passé au
sujet de ce maudit traité de Brest-Litovsk si désastreux pour nous. Les bolcheviks se sont occupés beaucoup de l'armée, et finirent par la détruire de même que la flotte : ils massacrèrent les officiers et actuellement tâchent de créer une nouvelle armée, à coups de discours.
Bref, dans leur œuvre, tout est mensonge. Mensonge ! Mensonge ! Mensonge conscient !
Du programme maximaliste, de ce qui faisait jusqu'ici la substance même de leur théorie, il ne reste plus rien, pas même le nom du parti... Dans la presse et dans les réunions, vous, bolcheviks, vous ne faisiez que mentir ! mentir ! mentir ! Vous n'êtes restés fidèles qu'à un seul but : celui de maintenir à tout prix, par la démagogie et par de grossières flatteries aux soldats et aux matelots votre pouvoir dans le pays, celui de garder vos « Soviets ».
Jusqu'à présent, bolcheviks, vous y avez réussi, mais à quel prix terrible ! En six mois, vous avez désagrégé la Russie et vous l'avez recouverte de deuils. Mais ce prix terrible vous importe peu !
L'heure du règlement des comptes approche!... Elle va sonner d'ici peu !... Nous exigerons de vous le compte de tout ce que vous avez fait !
La Russie a été anéantie, ensanglantée, vendue et trahie par Lénine, Trotsky, Lounatcharsky, Zinoviev, Kaménev, Ouritsky, Volodarsky
SOYKZ MAUDITS, BOLCHEVIKS !
Bonth-Brouévitch, Kollontaï, Dybenko, Raskolnikov, Nahamkès, Mouraviév, Krylenko, Antonov, Pokrovsky, Zalkind, Ioffe, Krassikov, Radek, Gonétsky, Rakovsky, Dorjinsky, Koslovsky, Rjévsky et à l'étranger par Vorovsky, Litvinov ; et au-dessus d'eux tous, plane leur maître et leur âme, Parvus, Parvus de Constantinople, Parvus de Copenhague, Parvus de Sofia, Parvus de Berlin.
Nous vous jugerons tous, bolcheviks ; vos noms passeront les uns après les autres. A la première occasion, nous vous conduirons au tribunal, et dans un jugement public, vous aurez à répondre de tous vos actes. Le prochain pouvoir légal de la Russie devra créer une commission extraordinaire d'enquête à votre sujet. C'est le peuple qui l'exigera.
Tant que nous ne pourrons le faire en Russie, nous le ferons à l'étranger, sans attendre la chute des bolcheviks et la possibilité de les mettre en jugement.
Dans un bref délai, nous nous adresserons à tous ceux qui habitent la Russie, de même qu'à ceux qui habitent l'étranger, en les priant de prendre part à l'enquête pour instruire les crimes des bolchéviks et pour rassembler les documents nécessaires.
La Russie a eu trop à souffrir de vous, bol-
chéviks, vous ne devez pas quitter impunément la scène. Du banc des accusés, vous aurez à répondre de tout le mal que vous avez fait à la Patrie. Si quelques-uns d'entre vous réussissent à quitter la Russie assez tôt, nous vous poursuivrons partout où vous irez vous cacher, et partout nous vous demanderons :
— Gain, qu'as-tu fait de ton frère ?
Mais le Caïn biblique n'avait pas sur la conscience un poids aussi lourd que celui qu'ont à porter ceux d'entre vous qui en ont une et qui se réveilleront dans la honte. Vous n'aurez pas le courage de jeter un regard en arrière sur ce que vous avez accompli. Votre nom sera maudit à jamais. Vos propres enfants se détourneront de vous quand ils apprendront vos crimes. Vous n'êtes pas un fléau et un mal d'origine essentiellement russe, car vous représentez le malheur non seulement de la Russie, mais de l'univers. Vous avez été nourris par les Allemands. Vous leur avez servi d'instruments pour disloquer les armées des Alliés qui luttaient contre les Allemands, et les Alliés ne vous considèrent et ne pourront jamais vous considérer autrement que comme un fléau, un mal universel.
Dans notre grande Révolution, vous avez joué le rôle des voleurs de Touchine, et vous avez saccage la grande œuvre... Vive la Révolution !... Vous avez donné la possibilité d'iden-
SOYEZ MAUDITS, BOLCHEVIKS
tih'er le socialisme au mensonge, au vol, à l'assassinat !...
Nous vous prouverons que la responsabilité de votre crime ne retombe pas sur le socialisme et sur la révolution de mars, mais directement sur vous, bolchéviks, sur vos chefs, sur les Lénine, Trotsky et Zinoviev, sur leurs inspirateurs les Par vus, et sur leurs dirigeants du grand étatmajor allemand.
Nous ne parlerons pas aux bolcheviks « convaincus » dont on trouve chez vous, d'après Lénine, un sur cent. Ce sont des gens qui agissent les yeux ouverts. Ils se rendent parfaitement compte de ce qu'ils font, il n'y a pas lieu de les convaincre et de leur ouvrir les yeux.
Nous n'aurons pas à nous adresser aux « trenteneuf scélérats » qui se chauffent les mains auprès des bolcheviks et dont parle Lénine. Eux ils agissent les yeux ouverts et se rendent parfaitement compte de ce qu'ils font et ce n'est pas par l'effet des persuasions qu'ils changeront de politique. Leur Patrie n'est que là où ils sont à leur aise, et la Patrie ne leur est chère que tant qu'ils y sont à l'aise.
Nous ne voulons atteindre par nos paroles que les « soixante imbéciles » de Lénine qui ne se rendent pas compte de ce qu'ils font. Peut-être le résultat de leur façon d'administrer la Russie leur ouvrira-t-elle un jour les yeux et verront-
ils à quoi ils l'ont acculée et dans quelle fange ils ont traîné le socialisme lui-même,
C'est à ces messieurs qui tiennent actuellement en Russie les rênes du pouvoir que nous adressons ces quelques mots :
« Allez-vous en donc ! Vile ! Quittez le pouvoir ! Allez-vous en, tant qu'on ne vous a pas supprimés ! Plus tôt vous quitterez le pouvoir, plus tôt viendra le salut de la Russie. Délivrezlà de votre présence ! Otez-vous de là pour faire place aux représentants de n'importe quel parti politique, pourvu que ce soient des gens aimant leur pays et désireux de le sauver. »
La révolution de mars 191 7 fut et restera une des plus belles pages du mouvement libérateur russe, et le socialisme restera toujours notre étoile dans notre lutte pour un heureux avenir de l'humanité.
Encore une fois : soyez maudits, bolcheviks !
Les Bolcheviks voleurs, prévaricateurs et agents de l'Allemagne
Pendant bien des années, alors que la Russie était sous le régime tzariste, je m'occupais à démasquer nombre de prévaricateurs, de voleurs ou d'escrocs, qui se trouvaient en relations avec le gouvernement impérial russe, et j'eus à écrire longuement sur les faits et gestes de leurs chefs Guérasimof et Stchcjeglovitof . Mais j'étais à cette époque fort loin de penser qu'il m'arriverait un jour d'être obligé de me livrer à la même tâche sous un gouvernement russe républicain et que les chefs du gouvernement républicain me chasseraient de ma patrie.
Voyons un peu ce que valent ces chefs « républicains ».
Les « Commissaires du peuple », Lénine et Trotzky en particulier, ont institué une commission spéciale d'instruction, chargée d'étouffer ou de réprimer immédiatement toute contrerévolution ou conspiration qui pourrait se former. Le président de celte commission se nomme
Dz-rjinsky ; Boris Rjëvsky, Agafonof, Fingerkreilz, Korni de Barî sont parmi les membres.
Dzrjinsky eut à subir autrefois une condamnation aux travaux forcés pour ses idées politiques. Je fis sa connaissance à l'étranger et il s'adressa plusieurs fois à moi pour obtenir mon concours dans la campagne qu'il menait alors contre les agents prévaricateurs de l'ancien régime. C'est un de ce* Sozialdemokrates dont, suivant Lénine, il ne se trouve qu'un sur cent révolutionnaires, le reste se composant de soixante imbéciles ou inconscients et de trenteneuf scélérats.
En vrai bolchevik, il est complètement dénué de principes. Ni Guérasimof, ni Stcheglovitof n'essayèrent jamais d'employer pour atteindre leur but les méthodes auxquelles eut recours Dzrjinsky. C'est de voleurs, de brigands, de maîtres-chanteurs, d'assassins de profession que s'entourait Dzrjinsky sous le régime bolchéviste. Pour les malheureux qu'il faisait arrêter, il inventa de vraies chambres de torture. Ses prisonniers étaient soumis à un traitement qui dépassait de beaucoup en abomination celui des anciens cachots et, pendant les délibérations des tribunaux, les juges avaient soin de garder le revolver en main. Pendant que j'étais emprisonné à Petrograd, les journaux signalèrent plusieurs cas de personnes tuées à bout portant par