LES BOLCHEVIKS AGENTS DH L'ALLEMAGNE
Yergilesof. Lui-même fui également arrêté au cours de ses opérations. On commençait à croire que justice serait enfin rendue. Mais, celle fois encore, le tribunal l'acquitta grâce à l'incompréhensible intervention de Dzrjinsky.
D'ailleurs le comité Dzrjinsky n'est pas le seul de son espèce. Je citerai encore celui que présidait Koslovsky, ami intime de Lénine et de Kollontaï. L'opinion publique ne se gêna pas pour accuser ouvertement Koslovsky d'être un espion à la solde de l'Allemagne et la presse se joignit au public pour accuser son comité de corruption et de chantage. Les bolcheviks eux mêmes soutinrent ces accusations. Le comilé fut dissous. On ordonna une instruction. Mais jamais Koslovsky ne fut même interrogé et le conseil des commissaires du peuple permit récemment de le déclarer non coupable. Le bruil courut alors que les commissaires du peuple n'osaient ni le juger ni le condamner, parcrainle de révélations dangereuses pour eux.
D'ailleurs, tout ce que je relate à ce sujet a déjà été signalé en son temps par la presse russe. Lénine et Trotzky sont certainement au courant de ces diverses affaires aussi bien que moi. N'empêche que Dzrjinsky, Rjevsky, Vergilesof et
leurs complices continuent leurs exploits et sont toujours les représentants des bolcheviks, fait d'autant plus étrange que Lénine et Trotzky avouent franchement que pas une personne honnête ne consentirait à les servir et qu'ils sont entourés de gens louches. Mais ce ne sont là que des exemples de ce qui se passe dans tous les divers rouages de la machine gouvernementale bolcheviste. Cela n'empêche pas que l'an dernier à Cronsladt, alors que le régime bolcheviste était à son apogée, un des commissaires du peuple les plus tapageurs et les mieux considérés, n'hésitait pas à déclarer, parlant des bolcheviks au pouvoir à Gronstadt, « qu'ils étaient l'honneur et la gloire de la révolution russe ».
L'année dernière, je publiais déjà que leurs prisons et tribunaux étaient la honte de la révolution et un danger pour la Russie ; j'accusais beaucoup de bolcheviks de n'être que des voleurs notoires, des espions ou des agents de l'Allemagne, ne craignant pas de mettre directement en cause leurs chefs, auxquels j'exprimais sans ménagement ma façon de penser. Furieux, ces bolcheviks m'arrêtèrent le jour même où ils prirent le pouvoir. Aujourd'hui, en plein régime bolcheviste, la presse russe raconte ce qui se passait à Cronstadt au moment de mes accusations. Les journaux disent aussi qu'un procès vient de se dérouler devant le tribunal révolutionnaire de
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Cronstadt et qu'on a appris ainsi que les hommes placés à la tête de la juridiction locale étaienl poursuivis pour faux, vols, chantage, etc.
Les plus notoires inculpés étaient Vassilief, chef du département de la justice, les membres du Conseil municipal de Cronstadt, le président du Comité d'instruction locale, Egorof, un membre de ce comité nommé Kunznezof, le secrétaire du département de la justice Jukof, le secrétaire d'instruction Fedkof et un des présidents de la maison des comités Sedof. Ce dernier fut acquitté.
Ce procès fut un tableau terrible de ce qui s'est passé dans les coulisses du tribunal de Cronstadt ; on eut la preuve que certains individus ne s'étaient emparés du pouvoir que pour remplir leurs poches d'argent, n'hésitant pas, pour atteindre ce but, à terroriser par tous les moyens imaginables de paisibles citoyens réduits à vivre dans l'angoisse constante de se voir arrêtés et fusillés sans le moindre jugement.
D'après le dossier du procès, les crimes du « ministre de la Justice Vassilief et du président du Comité d'instruction Egorof » consistaient dans l'organisation de bandes de malfaiteurs chargés de s'introduire sournoisement auprès de citoyens dénoncés ou suspects. Ces bandits avaient réussi à se p/ocurer ainsi des milliers de roubles par le chantage, de fausses accusations,
-des arrestations illégales, abus de pouvoir, usurpation de fonctions, etc.
Vassilief avait demandé au Soviet l'autorisation de faire fusiller à volonté sur le territoire de sa juridiction. Cette autorisation lui ayant été accordée, on peut s'imaginer comment il en usa. Il en arriva à terroriser les gens au point qu'ils n'osaient plus se plaindre à la justice par crainte de représailles.
Vassilief et consorts furent tous déclarés coupables des faits allégués contre eux et condamnés à des peines variant de cinq à vingt-cinq années d'emprisonnement.
Mais Cronstadt n'eut pas le monopole de pareils crimes. Dans toutes les prisons de Pétrograd, y compris la forteresse Pierre et Paul, il s'est passé des faits ignobles, des choses abominables, des actes dont le monde n'avait encore jamais entendu parler, et ce, au vu et su des commissaires du peuple, au vu et su également de Lénine et de Trolzky qui se contentaient de fermer les yeux. Jamais encore l'humanité n'avait connu les forfaits que se sont permis les bolcheviks russes.
On était allé jusqu'à instituer des comités d enquête ayant pour mission de provoquer l'arrestation des citoyens afin de leur rendre ensuite
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la liberté en échange de fortes rançons. Les malheureux devaient rester en prison jusqu'au paiement intégral des sommes exigées par leurs geôliers.
Et je n'exagère rien. Je parle de ces crimes en témoin oculaire. J'ai vu les bolcheviks dans ma propre prison, où ils venaient comme ils allaient dans toutes les autres prisons ; je les ai vus s'adresser à nos visiteurs et débattre avec eux le prix de la mise en liberté de leurs parents et amis. J'ai vu des bolcheviks recevoir de ^ argent en compensation de certaines dérogations au règlement rigoureux des prisons, ou encore pour autoriser le transfert d'une prison à l'autre, la mise en liberté provisoire contre caution, l'ar rêt de poursuites, etc.
J'ai vu exiger de certains de mes compagnons d'infortune des sommes variant de dix mille à cent mille roubles pour leur libération et ces sommes étaient données aux bolcheviks, [tarée que nous vivions sous une perpétuelle menace Ôfi mort.
J'ai des preuves convaincantes relatives à une dizaine de cas ayant trait à des vols commis dans les prisons par les bolcheviks cl je citerai ici, parmi beaucoup d'autres arrestations notoires, celle d'un banquier très connu à Pétrograd. Son nom est Vyschnegradsky. On l'avait incarcéré à la forteresse Pierre et Paul. Je sus, immédiate
ment après son arrestation, que les bolcheviks demandaient un million de roubles pour le libérer. J'apprends maintenant qu'ils l'ont relâché pour cent mille roubles. M. Vyschnegradsky se trouve actuellement à Stockholm. On dit qu'il a l'intention de poursuivre ses voleurs. Ce fut le commissaire du peuple Uritsky, président de l'un des comités d'instruction, qui s'empara de l'argent du banquier Vyschnegradsky, ce même Uritsky qu'on arrêtait récemment au Danemark et dont on prit les empreintes digitales en sa qualité de dangereux criminel. D'ailleurs, l'ambassadeur du Danemark à Pétrograd, M. Scavenius, pourrait donner des détails précis sur cette affaire. J'ajouterai qu'un protégé d'Uritsky, lui aussi commissaire du peuple et frère de « l'ambassadeur » des bolcheviks à Berlin, Toffe, est aujourd'hui poursuivi pour vol par les bolcheviks eux-mêmes.
Pour ce qui est de l'argent exigé de Vyschnegradsky en guise de caution, il fut empoché par Uritsky personnellement. Ce fut de cette façon qu'on vola des millions de roubles. Ce sera certes un spectacle fort curieux et des plus instructifs pour le monde entier que celui qui mettra en scène Vyschnegradsky et les autres victimes des bolcheviks, demandant justice contre leurs voleurs. On peut d'ores et déjà prédire, sans craindre de se tromper, que les scandales qui
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résulteront des procès intentés aux bolcheviks, — soi-disant défenseurs du droit, de la justice, de la liberté, — par ceux qu'ils ont molestés et dépouillés, surpasseront de beaucoup tout ce qui s'est passé jusqu'ici dans ce genre de procès.
Tels sont les hommes auxquels le gouvernement bolcheviste confia le sort du peuple russe. Ils ont profité de leur pouvoir pour tourmenter, torturer, affamer les paisibles citoyens de la grande Russie. C'est par dizaine de milliers qu'ils ont rempli les prisons de victimes innocentes. Et ce sont ces misérables qui ont l'audace de prétendre parler au nom des paysans et des ouvriers russes, au nom du socialisme !
Nous ignorons quel sera le prochain gouvernement de la Russie et celui qui succédera aux bolcheviks, mais, dès son arrivée au pouvoir, un de ses devoirs les plus sacrés sera de mettre immédiatement en jugement tous les Rjevsky et consorts, afin de leur demander compte des crimes horribles qu'ils ont commis contre le peuple russe et l'humanité tout entière ; et devant ce tribunal suprême devront également comparaître Lénine, Trotzky, sans parler de Dzrjinsky, non comme simples témoins, mais comme complices des forfaits accomplis et en leur qualité de protecteurs des criminels.