‹ Les deux folies de Paris, juillet 1870- mars 1871Chapitre 51 sur 66 · LES THÉORIES POLITIQUES DU COMITÉ CENTRAL · texte numérisé non relu

LES THÉORIES POLITIQUES DU COMITÉ CENTRAL

« Esprit d'ordre, de progrès, de justice, c'est-à-dire de révolution. » C'est en ces termes que le Comité central s'exprime à la lin de sa dernière circulaire. Nous savions déjà que le Comité manquait absolument de logique; nous apprenons que l'histoire et môme la langue française, en dépit de certaines phrases Lien tournées, lui sont complètement inconnues. Qu'il se procure le dictionnaire des synonymes, et il verra que l'on n'emploie jamais l'un pour l'autre le mot de « justice » et le mot de « révolution. »

Qu'il y ait eu des révolutions nécessaires, et par conséquent salutaires, malgré les violences qui accompagnent même les meilleures d'entre elles, cela est indubitable ; mais qu'on veuille fonder « l'ordre sur la révolution en permanence, >» c'est là une prétention absurde que nous rougirions de prendre un seul instant au sérieux.

Dans tous les cas, la révolution du 18 mars, commencée par le meurtre du général en chef de la garde nationale, continuée par le massacre de la rue de la Paix, et terminée (?) par un escamotage électoral, ne sera jamais le type de la révolution de l'ordre, du progrès et de la justice.

On se demandera de quelle maladie, française ou internationale, est née la révolution du Comité central. On voudra savoir ce que le bon sens parisien était devenu pendant cette lugubre semaine qui pouvait être fatale à la patrie.

Nous avons affaire à de terribles théoriciens, ne l'oublions pas. Aussi faut-il lire avec attention le programme des dictateurs de l'Hôtel de Ville. Us nous disent qu'ils « étaient l'expression de la liberté municipale juridiquement insurgée. « Aujourd'hui, ils cèdent la place à la Commune « de droit, sinon de fait. » C'est la Commune qui « définira son mandat et délimitera ses attributions. »

Autant de phrases, autant de sophismes. Nous sommes les partisans sincères de l'indépendance municipale, en tant qu'elle ne détruira pas l'unité française ; mais c'est précisément pour cette raison que nous ne voudrions pas qu'elle eut pour fondateurs et pour garants des membres d'une société secrète, interlope, moitié française et moitié allemande, et pour expression un conseil né d'un vote aussi irrégulier que hâtif.

Ce que disent MM. Assi et consorts sur la fédération des Communes n'a aucun sens. Les communes, en tant que communes, doivent être, non pas solidaires, mais indépendantes les unes des autres, Par un défaut de logique que nous avons relevé dans presque tous les manifestes du Comité, c'est à l'idée exagérée de l'Etat que l'on nous ramène en cherchant à échapper à l'État.

Serait-il admissible, je vous le demande, que Paris, Lyon et Marseille se concertassent pour bouleverser la France et imposera la France entière leurs volontés? Nous comprenons la fédération des provinces, autrement dite la décentralisation : nous ne comprenons pas une ligue de communes. Nous comprenons la représentation séparée des villes et des campagnes, comme elle a lieu en Angleterre : nous ne comprenons pas l'oppression que l'Internationale voudrait faire peser d'abord sur les villes, où elle a de nombreux adhérents, puis sur les campagnes ellesmêmes, qui ignorent jusqu'à présent son existence.

C'est avec une joie mal dissimulée que le viginti virât proclame « l'unité nationale brisée » et s'enorgueillit d'avoir conduit à bonne fin l'œuvre si bien commencée par la Prusse.

Mais le vigintivirat se vante . les mouvements de Lyon et de Marseille, même celui de Paris, n'ont pas cette gravité Pour peu que la raison, si flagellée, reprenne courage, elle fera sortir du gâchis de L'Internationale un ordre nouveau qui nous dispensera d'une révolution nouvelle.

Tour compléter cette revue rapide des sophismes de l'Internationale, il faudrait, de l'Hôtel-de-Yille. se rendre dans chacune des mairies prises d'assaut par des délégués intrus. Voici M. [légère qui, du haut du Panthéon, pro" clame la déchéance de la bourgeoisie et l'avènement du prolétariat. îl demande, comme représentants de la Commune, a des prolétaires instruits. » M. Régere, qui est un déclamateur, ne voit pas que l'instruction a précisément pour but de supprimer le prolétariat.

Nous qui réclamons une instruction complète pour tous les citoyens, et qui croyons que la Piévolution de 1789, autrement féconde que la Piévolution de 1871 , a, en principe, supprimé les démarcations sociales, nous entendons cent fois mieux le bien du peuple que les charlatans ; mais nous ne serons jamais populaires. On plait bien plus au peuple en lui disant ; r Jouis! » qu'en lui disant : « Je vais t' instruire! >•

29marsls7 1.

ILLEGALITE ET RERAISOX

Les menaces du Comité central ne nous ont pas empêché de lui dire qu'il était l'illégalité et la déraison au pouvoir.

Les menaces de la Commune ne nous empêcheraient pas de lui dire, à son tour, qu'elle est l'illégalité et la déraison au pouvoir.

La Commune est l'illégalité, c'est évident. Les élections dont elle est issue se sont faites en vertu d'un décret du Comité central, c'est-à-dire d'une société secrète composée de gens inconnus ou douteux.

Elles se sont faites en dehors de l'initiative et même de l'autorisation des pouvoirs légitimes de l'État.

Elles se sont faites sans que les délais de rigueur aient même été observés.

Que dirons-nous des résultats du scrutin ?

Le vote du 26 mars a, du moins, à nos yeux cet avantage qu'il nous permet de prendre le « défunt » Comité central en flagrant délit de mensonge, et la Commune « régnante » en flagrant délit d'usurpation.

Au dire du Comité central, il tenait son mandat de 215 bataillons de la garde nationale, soit (à raison de 1,500 hommes par bataillon), de 322,500 citoyens. Or, combien se sont approchés des urnes électorales? Environ 150,000 citoyens.

11 faut, bien entendu, défalquer de ce chiffre les voix, au nombre d'environ 30,000, données aux députés, maires et adjoints qui n'avaient consenti à une transaction que parce que le Comité affirmait que les élections auraient un caractère simplement « municipal. »

La voilà donc cette Commune de Paris qui prétend

traiter d'égale à égale avec l'Assemblée nationale de Versailles !

En présence de ce spectacle, nous ne pouvons que répéter le mot d'un grand magistrat, témoin affligé mais impuissant d'une semblable révolution : « C'est grande honte quand le valet chasse le maître ! »

Si ce valet avait au moins le sens commun !

Nous ne croirions pas de notre dignité de discuter une à une les mesures par lesquelles Y être de raison (est-ce bien le mot ?) qui signe : la Commune de Paris, vient d'inaugurer son règne comme pour bafouer l'Égalité et la république française ou universelle. Nous ne prendrons qu'un exemple.

Voici le décret concernant les loyers, celui qui aura le privilège de faire jaser les gens :

Art. 1er. Remise générale est faite aux locataires des termes d'octobre 1870, janvier et avril 1871.

x\rt. 2. Toutes sommes payées par les locataires pendant les neuf mois seront imputables sur les termes à venir, etc., etc.

Nous n'irons pas plus loin, mais nous dirons : Ce décret est la déraison même. Il a pour unique objet de mettre hors la loi les propriétaires et la propriété elle-même. En effet, si M. Assi de la Commune, successeur de M. Assi du Comité central, n'avait eu d'autre désir que de soulager les malheureux, il se serait bien gardé d'ordonner « une remise générale. » Il aurait ordonné des remises

Page 1