‹ Les deux fousChapitre 28 sur 28 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

niAi'iTiiE piiEMiicit. — Ce chapitre, qui sert crintroduction au roman, n'est (|ii'un simjjle extrait de l'excellente Histoire de François I" (liv. Il, ch. vi), par Caillard, dans laquelle on retrouve une analyse comparée de presque tous les historiens originaux : la malheureuse division de cette histoire, en dilTérentes parties politiques, ecclésiastiques, littéraires, qui forment autant d'histoires séparées, a fait tomber l'ouvrage dans un discrédit qu'il ne mérite pas ; car il renferme une étude très-approfondie du règne de François 1".

La défection du connétalile de Bourbon fournirait seule une histoire singulièrement dramatique, qui n'est pas même indiquée dans la relation du procès, publiée par Dupuy , à la suite de Vflistoire des Templiers .- c'est la vengeance d'une femme, d'une princesse, contre l'homme qui l'a blessée dans son amour. Tous les motifs de haine qu'on a prêtés à la duchesse d'Angoulénie, pour expliquer son acharnement à la perte de Charles de Bourbon , paraissent mesquins et invraisemblables auprès de celui que Pasquier a révélé dans ses Recherches de la France (liv. IV, ch. xi).

« Je vous réciterai une histoire non écrite, mais que nous tenons depuis ce tempslà, de main en main, pour vraie par forme de tradilton. Toutes les singularités que l'on voyait reluire en ce prince, lors âgé seulement de trente-deux ans, convièrent Louise de Savoie, mère du roi François, premier de ce nom, de souhaiter son mariage : chose dont elle le fit rechercher avec une très-grande instance. A quoi il ne voulut entendre : de vous en dire la raison, ce me sont lettres clauses; refus que cette princesse porta impatiemment en son âme, bien délibérée de s'en venger à quelque prix et condition que ce fût. Elle était dame absolue en ses volontés, desquelles, bonnes ou mauvaises, elle voulait être crue : qui fut cause que, parla voix commune du peuple, on lit cet anagramme de son nom et surnom, sans changement et transport d'aucune lettre : Loyse pe Savoye , Loy se desarorje. Elle était assistée de messire Antoine Duprat, chancelier de France, qui avait pris la première nourriture dedans le Palais de Paris , accroisssement de fortune par la maison d'Angoulénie sous le règne de Louis douzième et accomplissement de grandeur sous celui de François l"' ; de manière qu'il s'était du tout voué aux opinions de sa maîtresse, et, la voyant résolue à la ruine de ce prince ou au mariage, il lui bailla ce conseil : que les'biensdont jouissait le connétable étaient de deux natures ; les uns, provenant de l'ancien estoc de la famille de Bourbon, auxquels cette princesse devait succéder comme plus proche lignagère, et les autres, sujets à réversion à la couronne par conventions contractuelles : partant, y devaient être incorporés... et, par ces rhoyens, il pourrait advenir que, sans entrer en involution de procès, le connétable serait tres-aise d'entendre au mariage dont il était question. »

Le connétable de Bourbon redoutait é;;alement le procès et le mariage : « il rechercha tous les moyens à lui possibles iiour n'entrer en lice, voyant et la puissance et l'animosité de la princesse contre laquelle il avait affaire. « Enfin, le procès eut lieu à l'avantage de Louise de Savoie, qui « obtint victoire de ses pensées, ajoute Pasquier, s'étant, par ce moyen, vengée de celui que, pour avoir dédaigné son mariage, elle avait sur tous les hommes du monde à contre-cœur. »

Le ressentiment de la mère du roi avait commencé, sans doute, dans un voyage qu'elle fit à Lyon en compagnie du duc de Bourbon, au mois de juin ou juillet 1.^16. Marillac, secrétaire du duc, raconte, dans V Histoire de la Maison de Bourbon (imprimée avec les Desseins de Professions nobles, par Antoine de Laval), que vers ce temps-là le connétable « s'en vint en France, et trouva le roi à Vienne , en Dauphiné , et de là s'en vinrent ensemble à Lyon, auquel lieu ils séjournèrent par quelque temps, et puis s'en partirent et vinrent ensemble à Moulins, là où le roi, la reine, madame sa mère, monsiettr de Bourbon et madame sa belle-mère, ensemble madame sa femme, firent par quatre ou cinq jours très-bonne chère. » Ils firent encore un voyage en Normandie, au mois de septembre ; « et en ce voyage, dit Marillac, le connétable remontra les grands frais qu'il avait faits de-là les monts pour le service du roi, afin qu'il plût au roi y avoir regard pour lui aider à payer les

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grandes dettes qu'il avait faites à cette cause : à quoi il eut petite réponse; mais, qui |)is est, au lieu de lui bailler aide pour payer ses dettes, on lui ôta tous gages et bienfaits de l'année. »

La querelle avait sans doute éclaté « au mois de mai 1317, le roi étant logé aux Tournelles, auquel lieu y eut quelques paroles entre eux de raccoutrcment sur quelque gourgous qui avait été, à Amboise, entre mesdites dames, la mère du roi et belle-mère de mondit sieur de Bourbon, à cause du maltraitement de mondit sieur. » Antoine de Laval, continuateur de Mariilac, et bien instruit des traditions de l'affaire du connétable, ne parle pas de la conférence dans laquelle François I" se serait emporté au point de donner un soufflet au duc de Bourbon ; mais il nous apprend que ce prince s'exprimait en ternies |)eu mesurés sur le compte de la mère (lu roi : Le connétable, dit-il, fit des réponses ruaes à ceux qui lui parlaient de faire une seconde transaction semblable à celle qu'il fit avec feu madame Suzanne. On dit encore parmi nous les mêmes mots dont il usait, qui sont un peu trop crus et piquants pour être redits. 11 est aisé à croire que ce prince, dégoûté de femme, la sienne morte ayant été peu belle, et celle qui se présentait vieille, disait :

Che non i soma da portar pin grave Comme haver donna qtiando a noja s' havc.

On peut donc regarder le soufflet donné par François 1" comme la conséquence des mots crus et piquants que le duc de Bourbon se permettait contre la duchesse d'Angouléme.

Les révélations que le sieur de Saint-Vallier fit au château de Loches, pendant sa maladie, en présence du premier président, Jean de Selve, ne laissent aucun doute au sujet de l'innocence de ce gentilluMnini', ipii s'était opposé à la défection du connétable au lieu de l'encourager et de friiiiper dans le complot. .ïean de Poitiers, demeuré seul avec le président, mit la main sur ses Heures ouvertes, et jurn snr la damnation de son âme qu'il dirait la pure et franche vérité de cette histoire (Uecherches de la France, liv. Vlll, ch. xxxix).

« Cet été dernier, au temps que monsieur le connétable allait à Montbrison, je l'allai trouver au lieu de Briction , où je dînai avec lui... Le jour même nous allâmes coucher â Montbrison, et le lendemain, après diner, monsieur le connétable, qui m'avait toujours montré im grand signe d'amitié, me tira dans un sien cabinet, faisant fermer l'huis, ne demeurant que nous deux seuls, et lors me fit présent de quelques bagues, et après, me dit-il qu'il m'aimait et se fiait du tout eu moi plus qu'en homme au monde : il me voulait dire quelque chose, mais désirait auparavant que je jurasse, commode fait il me fit jurer sur une croix et reliquaire, où il y avait du bois de la vraie Croix, qu'il portait à son col. Et lors commença de se plaindre fort du roi, de ce qu'il ne le laissait jouir de ces droits et prééminences qu'il lui avait promis, quand il vint à être roi, vt encore plus se plaignait de madame sa mère, qui avait été nourrie en la maison de Bourbon.

« A quoi je lui répondis : « Monsieur, si le roi et Madame vous traitent mal, vous en êtes cause ; car, quand vous êtes avec lui, vous ne lui donnez pas à entendre votre affaire? » Et lors le connétable me dit : « Cousin, vous êtes aussi mal traité que moi. » A quoi je répliquai : « Passez ce conte à part. » Ft lors le connétable ajouta : « Cousin, veux-tu derechef jurer sur le bois de la vraie Croix que je porte à mon col, de ne dire jamais rien de ce que je te dirai? » Et lui dis : a Oui, monsieur. » Et mis la main sur la vraie Croix. Et lors il me dit que l'empereur lui avait promis un ample parti : c'est à savoir de lui donner en mariage madame Léonore, sa sœur, veuve du roi de Portugal, avec deux cent mille écus tous les ans, et pour cinq ou six cent mille écus de bagues et joyaux; et au cas que l'empereur et l'archiduc mourussent sans hoirs, il la faisait' héritière de tous ses royaumes et seigneuries. Lors je lui dis : « Monsieur, étes-vous bien assuré de toutes ces promesses? » A quoi me fut par lui répondu : « Tu verras le seigneur de Beaurain qui viendra ce soir devers moi ; je t'envoierai quérir quand il sera venu, et tu entendras ce qu'il me dira. »

En effet, le soir même, le comte de Beaurain répéta devant M. de Saint-Vallier les magnifiques propositions que l'empereur avait faites auconnétable pour l'entraîner dans une ligue olTensive contre la France.

« Après le parlement de Beaurain, continua le seigneur de Saint-Vallier, je fus tout ce jour-là à Montbrison avec M. le connétable, et me souviens qu'après dîner nous entrâmes ensemble dans son cabinet, et lors je lui dis ; « Monsieur, ne vous fiez-

NOTKS ET UISSEIITATIOXS. l'J'j

vous pas bien en moi? no me tenez-vous pas pour votre très-hunil)le serviteur? » Sur quoi il me répondit : « Cousin, je te promets que je me fie tant à toi et t'aime, que, si mon frère était en vie, je ne le saurais aimer plus (jue je t'aime. » Ce dont je le remereiai en lui disant : » Monsieur, vous me dites hier des choses èsquelies j'ai pensé toute cette nuit, tellement que je n'ai pu dormir. Voudrais que Dieu m'eût fait la grâce de vous savoir bien dire ce que je vous veux dire selon Dieu, raison et ma conscience. Vous me dites hier que, par cette alliance qu'on vous présente, vous devez être cause que l'empereur, le roi d'.Angleterre, Allemands et Espagnols entreront en France ? Pensez et considérez le grand mal et inconvénient qui en adviendra : elTusion de sang et destruction de villes, bonnes maisons, églises; forcements de femmes et autres maux qui viennent de la guerre. Considérez que vous êtes sorti de la maison do France et l'un des principaux princes du sang, et tant aimé et estimé de tout le peuple, que chacun se réjouit de vous voir ; et s'il advenait que lissiez la ruine et perdition de ce royaume, vous seriez la plus maudite personne que jamais homme vit ; car les malédictions qu'on vous donnera dureront dix ans après votre mort. Davantage, ne considérez-vous point la grande trahison (pie vous faites de vouloir tourner le dos au roi, après qu'il sera parti de son royaume pour aller en Italie, et vous aura laissé la France, se confiant à vous? •le vous prie de considérer tout ceci, et, si n'avez égard au roi et à madame sa mère, qui vous tiennent tort, comme dites, au moins ayez égard à la ruine de messieurs leurs enfants. Et croyez, quand aurez introduit les ennemis dedans le royaume, ils vous en chasseront vous-même. » Et lors le coimétable me dit : « Cousin, que veux-tu que je fasse'? le roi et Madame me tiennent tout le tort et ne veulent que me détruire, ils ont pris la plus grande partie de ce que j'ai et me veulent faire mourir. » A quoi je lui dis: « .Monsieur, je vous prie de vouloir laisser toutes ces méchantes entreprises, et vous recommandez à Dieu, et faites tant que parliez au roi franchement, et vous verrez ce qu'il vous dira. » Et lors se mit le connétable à plorer et me Ht aussi plorer, me disant : « Cousin, je te promels ma foi que je ne le ferai point et te croirai, et te prie que, selon le serment que tu m'as fait de tenir tout secret, tu le fasses etqu'il n'en soit jamais nouvelles. » Ce que je lui promis derechef, et pensais l'avoir du tout détourné de son entreprise, comme estimai-je que lors il n'avait plus autre vouloir que de demeurer en la bonne grâce du roi et de dovenir bon Français; et je lui dis : « Monsieur, ne parlons plus de cela et allons jouer! n Et allâmes jouer au flux ; le connétable, l'éxèque dWutun et le seigneur de Saint-Chaumont, et y eut plusieurs autres entre lui et moi. I.e lendemain, nous allâmes dinerà Coursun, et de là à la liastie, où fîmes collation, et moi, étant sur un bon coûtant, dis au connétable, qui était sur ime mule: « Monsieur, vous me tiendrez ce que m'avez promis, et vous en souviendrez, et je vous promels ma foi que je vous tiendrai ce que je vous ai promis, n Et le connétable, me regardant, médit: " Mon cousin , je le promets ma foi que je le tiendrai, et aussi tu me tiendras ce que tu m'as promis. » Et à l'heure il me dit : « .Vdieu, puisque tu t'en vas. a

Saint-Vallier ne revit plus le connétable, et il croyait fermement que celui-ci avait abandonné ses projets de trahison, lorsqu'il fut lui-même arrêté prisonnier par d'Aubigny : il offrit de faire une démarche auprès du duc de Bourbon fugitif, pour le ramener ; mais on n'eut pas égard à celte otfre dictée par les sentiments les plus généreux , et son confesseur eut beaucoup de peine à obtenir que le premier président de Selve reçût sans témoins les dépositions de l'accusé gravement malade.

Louis de Brézé, grand-sénéchal de Normandie, qui découvrit la conspiration du connétable, et qui fut ainsi Fauteur des malheurs de -Saint-Vallier, agissait sans doute d'après les instructions secrètes de la duchesse d'Angoulême. On ne saurait mettre en doute sa haine à l'égard de son beaii-[>ère, (pioique les lettres de rémission de ce dernier portent que, le comte de Maulevrier ayant en Irés-jjrandeliumililé supplie et requis le roi avoir pitié et compassion dudil de t'oiliers , seigneur de Saint- rallier, le roi eut considération au service que le grand-sénéchal avait fait en découvrant les machinations du connétable. On voit dans les Recherches de ta France (liv. Vl,ch. \u] que M. de Brézé s'était concerté avec la mère du roi, lorsqu'un prêtre vint , au nom de Matignon et d'Argouges, lui révéler ce qui se tramait contre François l«^ « 11 dépêche soudain un courrier en cour, avec lettres, par lesquelles il donnait avis au roi de tout ce que dessus et, entre autres choses, que le prêtre l'avait assuré que les deux gentilshommes étaient très-zélateurs du repos de la France , mais que, d'une conscience timorée, ils n'avaient osé révéler cela qu'entre les mains de leur confesseur. Le roi était parti quand le courrier arriva, qui présenta le paquet en la ville de Cléry, à madame la régente, mère du roi. Les lettres ouvertes et vues , clic manda tout aussitôt par le courrier, à Brézé , de s'informer

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qui étaient les deux gentilshommes et de les lui envoyer promptement , avec promesse d'elle qu'ils ne recevraient aucun mal. Lequel, s'en étant informé par le prêtre, les envoie, et se présentèrent à la récente en la ville de Blois, où ils lurent examinés par le chancelier et leurs dépositions reçues par maître Etienne Kohertet, secrétaire des finances.

On ne trouve nulle part, dans les pièces du procès de Saint-Vallier, que son gendre ait cherché à le défendre, et l'on ne conçoit pas même que les charges aient paru suffisantes pour retenir en prison un gentilhomme qui avait usé do tout son crédit sur l'esprit du connétable dans l'intention de le retenir dans le devoir. On conçoit encore moins que le Parlement ait prononcé contre lui un arrêt do mort, et que la grâce royale se soit bornée à une commutation de peine. Ces rigueurs extraordinaires, après le service rendu par M. de Brézé , ne peuvent s'expliquer que par une vengeance de celui-ci contre son malheureux beau-père.

Chapitre H, p. 10. — On ne connaît pas une seule représentation figurée du fameux hôtel desïournelles, qui fut démoli sous Charles IX; on en lit seulement des descriptions fort incomplètes dans les /Jnliguites de Paris par Sauvai ( t. Il ), et dans V Histoire de Paris par Félibien et Lobincau (t. 1 ). Cet hôtel avait laissé si peu de traces dès la fin du seizième siècle , que Diibreuil , qui aurait pu le voir dans sa splendeur, l'a confondu avec l'hôtel Saint-Paul dans son Théâire des antiquités de Paris. Cependant la place occupée par cet hôtel est encore marquée aujourd'hui par les noms des rues du Foin , du Purc-Hoyal , des Tournclles., etc.

P. H. — Les amours de François I" et de la comtesse de Châteaubriant ne sont connus que par une tradition constante et par quelques passages de Brantôme ; mais c'est un des faits les mieux établis de la vie privée de ce roi. J'ai rassemblé tout ce qui existe de documents écrits et d'inductions vraisemblables sur ces amours célèbres et sur leur issue tragique , dans une dissertation historique publiée par la Hcvuede Paris, au mois de janvier 1857.

P. 11. — Pierre Duchâtel ou Castellan (en latin Cfls<«/?an«.«) était lecteur et bibliothécaire de François !<■', qui aimait sa conversation spirituelle, éloquente et savante à la fois. Il n'était pas étranger aux questions les plus délicates de l'amour, quoiqu'il devint évêque de Tulle: dans sa jeunesse,' il avait failli renoiiv(^ler à Dijon l'aventure d'Abeilard et d'Uéloïse. Voyez sa vie écrite en latin par Galland et publiée par Baluze.

P. 1 4. — .lean de Laval , seigneur de Châteaubriant, mari de Françoise de Foix, qu'il assassina en 1537, lorsque sa vengeance tardive put avoir lieu avec impunité. Voyez dans la Bévue de Paris ma dissertation sur cette anecdote contestée.

P. 13. — Mellin de Saint-Gelais, enfant naturel de l'évêque Octavien de Saint- Gelais et poète comme lui , menait une vie très-galante, malgré sa qualité d'abbé. Ses poésies, dit Pasqiiier, « étaient des mignardises qui couraient de fois à autres par les mains des courtisans et des dames de cour. » Voyez le recueil de ses vers, qui égalent souvent ceux de Clément Marot.

P. iri. « Le roi François aima fort aussi et trop ; car, étant jeune et libre, sans (lilTérence il embrassait qui l'une qui l'autre ; comme , de ce temps, il n'était pas galant qui ne fût putassier partout indilléremment: dont il en piit la grand'v..., qui lui avança ses jours , et ne mourut guère vieux ; et lui, après s'être vu échaudé et mal mené de ce mal, avisa que, s'il continuait cet amour vagabond, il serait encore pis, et, comme sage du passé, avisa à faire l'amour bien galantement, dont pour ce institua sa belle cour fréquentée de si belles et honnêtes princesses, grandes dames et demoiselles. » Brantôme , Nommes illustres, art. Henri 11.

P. 17. — Les na'ives et gracieuses chansons du châtelain de Coucy ont été publiées par Laborde dans son Essai sur la musique et dans les Mémoires historiques sur Raoul de Coucy, 1781, 2 vol. in-18. Ce châtelain de Coucy est surtout connu par ses amours avec la dame de Fayel , amours malheureux qui ont enfanté tant de romans , de tragédies et d'héroides. Voyez le vieux roman du Châtelain de Coucy, imprimé pour la première fois par les soins de M. Crapelet.

P. 17. — François 1"^ a composé, dit-on, un grand nombre de poésies qui n'ont été publiées qu'en partie daiisdilTérents recueils et qui formeraienl deux volumes en y ajoutant ses lettres amoureuses. Son quatrain sur Agnès Sorelet son épitaphe de la belle Laure sont dans la mémoire de tout le monde. Mais on n'a point encore remarqué que les vers attribués à François 1" ne sortent pas certainement de la même main , et qu'on y reconnaît tour à tour les styles des deux Marot , de Saint- Gelais, de Crétin , d'Héroet et des autres poètes valets de chambre du roi , auxquels

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011 peut faire honneur de la meilleure partie des épîfres et des rondeaux réunis sous le nom de leur protecteur dans plusieurs manuscrits de la Bibliothèque royale. P. 18. — Marguerite raconte elle-même dans son ffeptameron, sans se nommer toutefois , une aventure dont elle fut l'héroïne quand l'amiral Bonivet tenta de la surprendre dans son lit. Voyez la quatrième nouvelle de la première journée: Téméraire entreprise d'un gentilhomme à l'encontre d'une princesse de Flandres et le dommage et la honte qu'il en reçut. Brantôme rapporte la même anecdote dans ses Dames galantes, et y ajoute cette explication : « Et si vous voulez savoir de qui la nouvelle s'entend , c'était de la reine même de Navarre et de l'amiral Bonivet , dont pourtant me semble que ladite reine n'en devait celer son nom, puisque l'autre ne put rien gagner sur sa chasteté, et s'en alla en confusion. »

La passion de Marguerite pour le connétable de Bourlion n'est racontée, il est vrai, que dans un roman historique [Histoire de Marguerite de ^a/o/jî. par mademoiselle de la Force) et dans une histoire romanesque ( Histoire de François /", par Varillas) ; mais mademoiselle de la Force a recueilli bien des anecdotes qui s'étaient conservées de père en lils chez les anciennes familles nobles, et Varillas, ce lecteur infatigable quoique un peu brouillon, a feu lleté bien des manuscrits qui se sont perdus depuis. Je regarde comme une tradition authentique l'amour de Slarguerite pour le connétable , et je ne serais pas en peine d'en trouver presque la preuve dans les poésies de cette princesse , publiées par son valet de chambre Sylvius de la Haye, sous le titre de Marguerites de la Marguerite des princesses, en 15t7. Ces poésies, si purement et si facilement écrites , pdiîent çà et là témoignage d'une passion violente, contrariée par les évèiienients et sans cesse combattue par la dévotion. On la voit se refléter jusque dans le Miroir d'une nme pécheresse.

J'ai un mari indigne d'élie aimé ;

Je l'aime autant ipie Dieu me le commande ;

Un serviteur, d'autre pail estimé.

Sans lin me chei'clie et ma grâce demande...

Mais je ne puis trouver un seul moyen

Pour recevoir ni donner reconfort

A mon ami qui m'aime si très-fort :

Car je crains trop honneur et conscience.

Le caractère et la position de la duchesse d'.\lençon me semblent peints dans ces vers (Comédie des deux Filles et des deux Mariées), dont la pensée est reproduite de cent façons par Marguerite, que les biographes ont prétendu exempter de toute faiblesse de cœur. Mais il n'est pas probable qu'elle eilt pris l'amour pour sujet ordinaire de ses ouvrages en prose et en vers, si elle ne l'avait jamais éprouvé ; on peut juger, d'ailleurs, en maint endroit, qu'elle parle avec ses propressentiments. Néanmoins, les contemporains ne disent rien de cette passion vertueuse et honnête, et Brantôme, dont l'indiscrétion ne va pas toujours jusqu'à nommer ses dames galantes, assure seulement que « en faitdejoyeusetés et de galanteries, la reine Marguerite montrait quelle savait plus que son pain quotidien. » En effet, elle ne pèche pas par pruderie dans son charmant //f/J/nmfro(i,qu'elleécrivaitduranf ses voyages en litière,

Marguerite d'Angoulème avait épousé Charles, ducd'Alençon, le 17 octobre 1309; elle se remaria, le 21 janvier 1326. à Henri d'Albret, roi de Navarre. Ces deux mariages ne fuient pas heureux, et si l'oi'i interprète bien les poésies de Cl. Marot, on y découvre que ce poète aimait la princesse dont il était secrétaire, et que son hommage, tout poétique peut-être, ne fut pas dédaigné. Cl. Marot, dans cette hypothèse, aurait succédé au connétable de Bourbon.

P. 20. Brantôme, ainsi que tous les historiens, n'a pas oublié de mentionner « le respect et l'amour qu'elle portait au roi son frère, qui l'aimait uniquement et l'appelait sa mignonne. » (Fies des dames illustres.)

V. 22. — Les romans de chevalerie étaient alors dans toutes les mains. On avait mis en prose les vieux poèmes des douze pairs de Charlemagne et de la Table-Ronde, et tous les libraires s'empressaient à l'envi défaire reparaître ces merveilleux récits de combats, d'enchantements et d'amours, que les dames lisaient avec une avide curiosité. Ce fut peut-être là une des causes du caractère galant et chevaleresque qui appartient essentiellement au règne de François 1". Le célèbre Antoine Vérard avait le premier imprimé ce genre de livres 'qu'on recherche de nouveau, par un retour de caprice bibliographique, et qui ne perdront plus leur valeur, à cause du petit nombre d'exemplaires échappésà l'oubli et à la destruction.

202 NOTES HT DISSEIITATIONS.

P. 22. — Guillaume Prendhomrne, secrétaire du roi, secrétaire général des finances et trésorier de l'épargne, était très-estimé pour sa probité; mais il ne se dessaisissait pas aisément de l'argent qu'il avait en dépôt. Cl. Marot adresse son épître xxv°au ctianceiier Duprat pour se plaindre (lulrcsorier Preudhomme faisant di/licultc d'obéir à l'acquit dépéché : ,

Pliissaiil pi'olaljje me plains gramlHuioiit lui Irésorier qui ne veul croire en cire, Kn bon acquit, en expi-èsinanileinenl, En Roherlet , en François notre sire :

Si ne sais plus que lui faire ne dire, Fors peindre Dieu en mon acquit susdit. Adonc , s'il est si preud'lmnime ipi'on dit, Il y croira, car en Pii u l'ant-il dniri^ Encore ai peur que Uion ne soit dedil. Si ne mettez l'homme en bonne mémoire.

Mais depuis, Marot se réconcilia avecle trésorier dont il fit l'épitaplie en 1545. (Voyez mon édition des OEuvres complètes de Clément Marot, 3 v. in-8", 1825.)

l'. 25. — « Dans un tarif fait par saint Louis, potir régler les droits de péage qui étaient dus à l'entrée de Paris, sous le Petit-Châtelet, on lit que le marchand qui apportera un singe pour le vendre payera quatre deniers; que si le singe appartient à un Jocu/afeur, cet homme, en le faisant jouer et danser devant le péager, sera •luitte du péage tant dudit singe que de tout ce qu'il aura apporté pour son usage, be là vient le proverbe : payer en monnaie de singe. » ('.Sainte-Foix, h'ssaissur Paris, le Petit-Châtelet.) liabelais ap|)elle simjes l'cris ce que nous nommons des contes bleus.

CnAPirnE III, p. 26. — Voici ce que Pasquier nous apprend sur la charge de grandsénéchal : a Comme ainsi soit que l'état de bailli f et du sénéchal soient tout un et diffèrent, sans plus, de noms, se trouve au chapitre dixième du grand Coutumier de Normandie l'état du grand-sénéchal être en cette façon expliqué : « Anciennement « soûlait decourir par le pays de Normandie un justicier graigneur qui était appelé « le sénéclial ail prince. Il corrigeait coque les autres bas-justiciers avaient délin- « que, gardait la terre du prince, les loix et droits de Normandie il fesait garder; et « ce qui était moins (pte tliiement fait par les baillil's, il corrigeait ; les était du ser- (i vice du prime s'il voyait ipi'il les convint ôter; il visitiiit les lorèts et les haies du « prince, et révoquait les forfaits et s'enquérait comme ils étaient traités, et la paix « du pays rermenient il entendait principalimient à faire; et ainsi, en decourant « par Normandie de trois ans en trois ans, visitait chaciines parties et bailliages « d'iceliii. A celiti appartenait en chactin bailliage d'enquérir de ces excès et des K injures des soits-justiciers. » Qui montre bien qu'étant les baillifs réduits chacun en leurs ressorts au pays de Normanilie, encore fut érigé lui état par-dessus eux, (pii fut nommé grand-sénéchal qui est autant que gratid-baillif, lequel faisait les mêmes chevauchées qu'avaient faites anciennement les baillifs. » {Recherches de la France, liv. Il, ch. xiv.)

P. 55. — Le mariage de Diane de Poitiers avec M. de Brézé eut lieu le 19 mars ISIi ; Diane avait alors quatorze ans selon Duchesne, quinze selon le père Anselme, et dix-neuf selon Brantôme.

P. 30. — Les routiers {riiplarii) avaient désolé la France au XIV" siècle : c'étaient, à cette époque, des brigands qui battaient les grands chemins, pillaient et massacraient après avoir été à la solt'.e des rois et des sei;,'npurs féodaux. Au XVI' siècle, les guerres d'Italie envoyèrent de nom elles bandes d'aventuriers, qui commirent à peu près les mêmes désordres que les écorclieiir.'i, les malandrins, les compagnies blanches, etc.; on les nommait les diables et les mfl)(r(/(.v garçons. Cependant, l'expression de routier n'était pas toujours prise dans un sens défavorable :

Le roi n'entend pas que merdaille Tienne le rang de viels routiers.

Cl. .Mauot. Deuxihne épUre du Coq à l'Ane.

P. 5(!. — Henri II fit frapper en l'honneur de Diane une médaille d'or, d'arpent et de cuivre, oi'i la duchesse de Valentinois était réprésentée foulant aux pieds l'Amour. (Voyez les Essais de Paris, par Sainte-Koix : rue des Trois Pavillons, et V Histoire de France du Père Daniel, à la (in du règne de Henri 11.)

Chapitre IV. p. 40. — Le procès de Jacques de Beamie. seigneur de Semblançay, surintendant des finances, est um^ des iniquités judiciaires de ce temps-là : il parait certain que la duchesse d'Am-'iuilènir avait touché les sommes dont Semblançay ne put rendre compte, et qui étaient ilisMnées à l'année d'Italie. « Aucuns ont dit que François I" lit mourir un peu trop lé(,'érement M. de Semblançay ; car encore qu'il eût fait faute, il lui devait pardonner pour son honorable vieillesse , ses longs services faits à quatre rois, et surtout pour le beau nom duquel il l'honorait; car il l'appelait toujours son père. » lîn.vMOME, /lommes illustres. Vie de l'rançois l". Gaillard, dans son Histoire de François l", a jeté beaucoup de lumières sur cette ténébreuse affaire, d'après les manuscrits de la Bibliothèque royale : il a même examiné, dans une dissertation particulière, les opinions des historiens contemporains sur le procès de Semblançay, et il prouve clairement que ce surintendant n'était pas coupable de malversation. En effet, on peut croire que l'exécution de ce vieillard (10 août 1S27) fut vouée à l'horreur publique, puisque Clément Marot osa, dans son élégie xxii», faire dire à la victime :

Si qu'à mon los n'est cliose demeurée , Qu'une constance en face coulouroo, Qui jusqu'au pasiie mort m'accompagna , Et qui les cœurs du peuple tant gaifçna , Qu'étant mêlée avecgue mes ans vieux , Fit larmoyer mes propres envieux.

Cerlainemeni ma Iriomphanie vie Jadis menait en grand lourmenl l'envie.

Mais de ma mort, or", doit être contente.

Cependant l'Estoile, dans son journal, rapporte d'autres vers du temps, dans lesquels on approuve la mort de ce nuidoti des roleurs.

V. 11. — Voyez, dans le tome IV des Soirées de iraller Scott, la nouvelle intitulée la Barbe, et la note qui concerne le singulier goût de Duprat pour la chair d'ànoii.

P. a. — Le caractère sceptique de Corneille Agrippa est suffisaminent démontré par la simple comparaison de son traité /'cùife(Vi7H(/(nc';(!('Hr('nr«m avec ses autres ouvrages pleins (l'une science iHiiverselle. « Finalement, dit-il dans son traité (traduction de riir(iuet , toutes les sciences ne sont autre chose qu'opinions d'hommes, aussitôt luiisaiitcsqu'iitiles, aussi bien pestiférées quesalutaires. aussitôt méchantes que bonnes, imparfaites, toujours avec quelque défaut, ambiguës, pleines d'erreurs et débats. » Au reste, je n'ai fait que prendre dans les écrits d'Agrippa, et surtout dans sa Philosophie occulte, tous les discours que je lui prête.

P. to. — L'impuissance de Louis de Brézé est loin d'être attestée par l'histoire ; mais on peut l'inférer d'après divers rapprochements qui ne laissent pas d'être particuliers, .le m'occuperai, dans quelques notes suivantes, d'éclaircir ce que certains historiens ont dit de la virginité de Diane, encore existante au moment du procès de Saint-Vallier: je remarquerai seulement ici que .\L de Brézé, qui était bien âgé de soixante ans en i32i, puisque Louis XI lui avait accordé, en lîsi, la restitution des biens confisqués de son père, n'eut jamais d'enfant de sa première femme, Catherine de Dreux, pendant douze années de mariage, et n'en eut de la seconde qu'à partir de l'année 1323 : étrange coïncidence avec la grâce du comte de Saint- Vallier.

P. 50. — « Si madame Anne de Bretagne eût vécu, jamais le roi François ne l'eût épousée (Claude de France) ; car elle prévoyait bien le traitement qu'elle devait en recevoir, d'autant que le roi son mari lui donna la v , qui lui avança ses

jours. » Brantôme, Dames illustres, Vie de Claude de France.

Chapitiie V, p. 31. — Ce fut Pierre de Viole, prévôt des marchands, qui posa la première pierre de lllôtel de-Ville actuel, en 1353; le siège de l'administration municipale était pourtant établi depuis plusieurs siècles sur le même emplacement, dans l'hôtel Dauphin ou Maison-auxPiliers.

P. 30. — Le Maitre, Rabelais, dans sa Pronostication pantagruéline, a fourni au philosophe Agrippa le meilleur de son discours : « La plus grande folie du monde est penser qu'il y a des astres pour les rois, papes et gros seigneurs plutôt que pour les pauvres et soufl'reteux, comme si nouvelles étoiles avaient été créées depuis le temps du déluge, ou de Komulus ou Pharamond , à la nouvelle création des rois. Ce que Triboulet ni Caillette ne diraient, qui ont été toutefois gens de haut savoir et grand renom. .. Tenant donc pour certain que les astres se soucient aussi peu des rois

'jOi >OTES ET DISSEKTAÏIONS.

comme des gueux, et des riches comme des marauds, je laisserai es autres fols pronostiqueurs à parler des rois et des riches. »

P. 60. — Voyez dans le tome II des Soirées de If aller Scott, la nouvelle intitulé^ le Guet, et les notes.

P. Cl. — Voyez, sur ces bizarres ordonnances de police, les Antiquités de Paris, par Sauvai, t. il, p. 544 et 270.

P. (il. — C'étaient les rues et les cours afTectées à la prostitution qui se trouvait ainsi séparée de la ville. Voyez, dans les Erotica verba du Rabelais de M. Delaulnaye, une liste très-curieuse, quoique incomplète, des lieux de débauche de l'ancien Paris.

CiiAPiTUK VI, p. ()G. — Tout le caractère singulier de Corneille Agrippa est résumé par son singulier livre de \' Incertitude et vanité des sciences, qui parut pour la première fois vers 1320, sous ce titre : De Incertitudine et vanitate scientiarum declamatio invectiva.

Une courte citation donnera quelque idée de ce paradoxe qui commence par la malédiction des sciences en général , et qui finit par la louange de l'âne .- nous recourons à la vieille et naïve traduction de Mayerne-'lurquet. « L'opinion ancienne, dit-il à son début, et l'avis commun et accordant presque de tous ceux qui se sont mêlés de philosopher, a été que chaque science , à laquelle l'homme selon sa capacité et naturelle faculté s'est voulu adonner, a pu acquérir à icelui quelque divinité et tellement le surhausser par-dessus la condition humaine, qu'il a pu atteindre et parvenir au rang des dieux bienheureux. De là sont procédées les diverses et infinies louanges que Ion a données aux sciences ; s'étant un jour chacun évertué de magnifier par longues et ornées paroles l'art ou discipline en laquelle il avait par long exercice aiguisé le fil de son entendement , non-seulement la préférant auxautres, ainsi la mettant outre et par-dessus les cieux mêmes. Quanta moi, je suis persuadé, par autres et différentes raisons, qu'il n'y a chose plus pernicieuse et dommageable à la vie commune, rien plus peslileiitieux au salut de nos âmes que les arts et sciences : par quoi , j'entends procéder d'une façon toute contraire, car, au lieu de tant magnifier ces sciences , ma délibération est de les blâmer et dépriser pour la plupart. » La conclusion de l'œuvre rappelle la manière de Uabeiais, comme beaucoup de parties du livre : « Maintenant donc, ô ânes, lesquels, avec vos ânons, par la volonté de Jésus-Christ, publiée par ses apôtres, vrais messagers et prélecteurs de vraie sapience , êtes déliés et délivrés des ténèbres de la chair et du sang, si vous désirez d'obtenir la sapience de l'arbre de vie, et non celle de l'arbre de science de bien et de mal, rejetant toutc^s les sciences humaines et toute la curiosité et les discours de la chair et du sang, et quels qu'ils puissent être , soit qu'ils regardent aux saisons et manières de bien parler, soit qu'ils recherchent les causes, soit qu'ils s'adressent aux œuvres et effets; sans aller aux écoles de philosophie et collèges des sophistes, entrez en vous-mêmes, et là vous connaîtrez toutes choses; car la connaissance de tout vous est dédiée; ce que les académiques confessent, et les saintes Ecritures témoignent; car Dieu a créé toutes choses fort bonnes , c'est-à-dire au meilleur état qu'elles puissent être: icelui donc ayant créé les arbres pleins de fruits, aussi créa lésâmes qui sont autres arbres raisonnables, pliants de formes et connaissances; mais , par le péché de notre premier père, toutes ont été couvertes, et y est entrée l'oubliance, mère de l'ignorance. Découvrez donc votre entendement, en étant ce voile d'ignorance qui l'enveloppe. »

P. 70. — Il existait entre François I" et l'amiral Bonivet son favori une sorte d'émulation galante et chevaleresque. « Le roi le prit en grande amitié, dit Brantôme dans ses f^ics des grands Capitaines ; il était de fort gentil et subtil esprit et très-habile , fort bien disant et fort beau et agréable , comme j'ai vu son portrait. » Brantôme ajoute , après avoir raconté, sans nommer les personnes, l'aventure de Bonivet avec la reine de Navarre qu'il voulut surprendre au lit, et qui ne lui accorda pas d'autres faveurs que des égratignures : « Il pouvait bien faire cette entreprise pour l'amour, à laquelle il était fort sujet ; aussi était-il fort beau et de bonne grâce, puisque ce fut lui seul qui conseilla au roi l<'rançois de passer les monts et de suivre M. de Bourbon , ayant laissé Marseille , non tant pour le bien et le service de son maître que pour aller revoir une grande dame de Milan , et des plus belles, qu'il avait faite pour maîtresse quelques années de devant et en avait tiré plaisir, et en voulait retàter. » Brantôme, éd. de .Montmerquè, 1. 1, p. 102.

P. 75. — Ce tableau du vieux Paris à cinq heiires du matin n'est pas moins vrai que celui de Paris moderne fait en vaudeville par Dégaugiers ; j'ai emprunté la plu-

part des détails aux Cn'eties de Paris, petit poëme du trciziùme siècle, par Gnillaiime de la Villeneuve. M. Crapelet a réimprimé cette curieuse pièce à la suite des Proverbes et Dictons populaires.

P. "G. — Voici une note du Dictionnaire historique de Baylc , dans laquelle se trouve l'histoire du chien noir. «Agrippa, dit l'aul .love {i.'lo(j. viror. illustrium), menait toujours avec lui un diable sous la figure d'un chien noir : aux approches de la mort, comme on le pressait de se repentir, il ôta au chien un collier garni de clous qui formaient des inscriptions nécromantiques et lui dit : « Va-t'en , malheu- « reuse bête qui es cause de ma perte totale ! » Ce chien prit aussitôt la fuite vers la Saône , s'y jeta et n'en sortit point. Jean Wier, domestique d'.^grippa, témoigne dans son Traité de Magie, que ce chien noir était un vrai chien, et qu'il l'a souvent mené avec un cordon de crin: Silentioinvolvi^àM-W^dixitiusob veritatisprwrocjativam, non patiar quod in diversis scriptorihus legerim, diabolum forma canis ad eairemum Jgrippœ halitum comilem ipsi fuisse , et postca nescio quibtts wodis eranuisse. Satis equidem mirari hic neqtieu tantœ eaistiinationis viros lam insulse aliquando loqui , sentire el scribere ex inanissiino viilgi rumore. Canem hune niyruiit,mediocris staturœ, galtico nomz'neMoNsiEiP. (quod Dominum sunat] nuncupatum, novi ego si quis alius familiarissime, quem nimirum non raro, ubi Agrippam sectarer, loro ex pilis concinnato alligatum, diixi ; at vere naturalis erat canis masculus, cui alias femetlam, fere colore et reliqua corporis constitutione similem, quant gallice Mademoiselle {Dominam) appellabat, me prœsente, adjunxit. Cet auteur ajoute qu'Agrippa aimait follement ce chien , qu'il le baisait souvent, qu'il le faisait manger à sa table , qu'il le souffrait dans son lit , et que , pendant que lui, AVier, et Agrippa étudiaient sur la même table, ce chien se tenait toujours couché entre eux deux, au milieu d'un tas de papiers. Or, comme Agrippa était des semaines entières sans sortir de son poêle, et qu'il ne laissait pas de savoir presque tout ce qui se passait en divers pays du monde, il y avait des badauds qui disaient que son chien était un diable qui lui apprenait tout cela. » Iîayle, art. Agrippa.

P. 78. — Les seuls renseignements que l'on ait sur l'hôtel des Tournelles sont consignés dans \' Histoire de Paris de Félibien et Lobineau, t. II , p. 830 : les autres se trouvent épars dans les Comptes et ordinaires de la prévôté de Paris, au troisième tome des .Antiquités de Paris, par Sauvai , qui n'a recueilli dans son ouvrage (jue des dates et des faits historiques relatifs à cet hôtel si célèbre et pourtant si ]ieu connu.

Chapitue A'Il,p. 85. — Ces trois médecins sont nommés plusieurs fois dans les poésies de Clément Marot, qui fut soigné par eux en ses maladies : François I" les lui envoyait, dès que ce roi poëte était inquiet de la santé de son poète valet de chambre.

Et pour aillant, sire, que suis à vous,

( De la maison du roi, ) rie trois jours l'iin , viennent lâter mon poulx , Messieurs Braillou , Lecoq , Akaquia , Pour me garder d'aller jusqu'à quia .'

P. 86.— Voyez les différentes espèces de divinations, au ch. xxvdu liv. 111 de Pantagruel.U. Dêlaulnaye a recueilli dans son commentaire celles omises par Rabelais.

P. 8". — Agrippa, dans sa Philosophie occulte, qui m'a fourni la substance d'im grand nombre de ses apophlhegmes abstraits, nomme échelle d'unité cette déduction de prétendus principes. Voici cette échelle, telle qu'il la figure en ce livre, qui rappelle souvent le système des farfadets de M. Berbiguier de Terre-Neuve, mais avec une science prodigieuse :

In mundo arcUclypo.

In mundo intellectuali.

In mundo cœlesli.

In mundo elenienlali.

In minore mundo. In mundo infernn.

Jod.

Anima mundi.

Sol.

Lapis ptiilosophica.

Cor.

Lucifer.

Una divina essentia, fons omnis virtutis et poteslatis, ejusque nomen unica simplicissinia litlera expressum est liebiaica lingua.

Una suprenia intelligentia , prima creatura fons vitaruni.

Unus re\ slellarum, fons lueis.

Unum subjectum et inslrunientum omnium virlutum naturalium et Iransnaturalium.

Unum primum vivens et ullimum moriens.

Unus princeps rebellionis angelorum et lenebrarum.

Chapitre VIII, p. 101. — « Los litières étaient réservées pour les princesses : aussi, (le si loin qu'on venait à en apercevoir dans les rues, en même temps chacun se rangeait par respect, alin de lui laisser le passage libre, comme ne doutant point qu'il n'y eût dedans quelque princesse. Pour lors et bien auparavant, il n'y avait que les Enfants de France qui osassent entrer achevai, en chariot, en coche et en litière au Louvre, aux Tournelles et aux autres maisons royales.» Sauvai, liv. VIII des antiquités de Paris.

P. 105. — Clément Marot , dans son Enfer, fait une peinture du Châlclet, qui a sans doute inspiré Cille du Palais-de-Justice :

Je fus, par l'inslinct de Luna,

Mené en lieu plus ni.Tl sentant qne soufre

Par cinq ou six minislres de ce gouffre

Je rencontrai Cerberus à la porte ,

Lequel dressa ses trois tintes en haut,

A tout le moins une qui trois en vaut ,

Lors de travers me voit ce cliien poussif;

Puis, m'a ouvert un liuis gros et massif,

Duquel l'entrée est si étroite et basse,

Que pour entrer fallut que me courbasse ,

Malsains que fu entersse au gouffre noir.

Je vis à part uii autre vieil uiauoir,

Tout plein de gens , de bruit et de tumulte ;

Par quoi , avec ma guide je consulte

En lui disant : « Dis-moi , s'il t'en souvient,

D'où et de qui , et pourquoi ce bruit vient? »

Et me répond : «Sans croire le rebours,

Sache qu'ici sont d'enfer les faubourgs »

P. 103. — Clément Marot, dans son Enfer, n'ouhlie pas ce terrible marteau qu'on frappait contre la porte des enquêtes pour évoquer les causes devant le tribunal :

.... Je trouve en une salle

Uhadamantus, juge assi.s à son aise,

Plus enflammé qu'une ardente fournaise.

Les yeux ouverts , Irs oreilles bien grandes.

Fier en parler, cniiloleiix en demandes.

Rébarbatif, (|u;inil son cirur il décharge.

Bref, digne d'i^lre aux enfers eu sa charge :

Là, devant bd , vient Uiainte ànie damnée,

Et quand il dit . « Qu'elle soit amenée! »

Ace seul mot, un gros marteau carré

Frap|)e tel coup contre un portail barré ,

Qu'il fait crouler (trembler) les tours du lieu infime :

Lors, à ce bruit , là-bas , n'y a pauvre âme

Qui ne frémis.se et de frayeur ne tremble.

P. 112. — Voyez , au sujet de la table de marbre de la grande salle du Palais , mon roman historique du Itoi des Hibauds, chap. x, «Autour de cette table, dit i)ulaure, au t. 111 de son Histoire de l'uris, siégeaient trois tribunaux : la connétahlie , l'amirauté , les eaux et foréis de France. » La table de marbre ne perdait donc pas son caractère sérieux et solennel, malgré les festins royaux et les représentations théâtrales qui s'y donnaient.

J'ai lu quelque part que la compagnie des crieurs publics relevait de cette table, ou pltitôt de la connétablic qu'elle représentait. C'était du haut de cette table que les contumaces étaient sommés de comparaître dans un délai prescrit, sous peine d'encourir les peines portées par l'arrêt rendu en leur absence.

P. 115. — «En ce temps, le samedi 15 juin llTti, le sénéchal de Normandie, comte de Maulevrier, fils de feu messire Pierre de Brézé, qui fut tué à la rencontre de Montlhéry, lequel sénéchal, qui s'en était allé à la chasse près d'un village nommé Romières-les-Dourdan , à lui appartenant, avec lui y avait mené madame Charlotte de France, sa femme, fille naturelle dudit feu roi Charles et de damoiselle Agnès Sorel. Advint par maie fortime, après que ladite chasse fut faite et qu'ils furent retournés au souper et au gîte, audit lieu de Romières, ledit sénéchal se retrahit en une chambre pour aller prendre son repos de la nuit, et pareillement saditê femme se retrahit en une autre chambre , laquelle mue de lécherie

NOTES KT DISSEIiTATIONS. 207

(lésonlonnûo , comme disait sondit mari, tira et amena avec elle un genliliiomme (lu pays de Poitou, nomm6 Pierre de la Vergno, lequel était venoiir de la cliasse dudit sénéchal et lequel elle fïtcoucber avec elle ; laquelle chose lut dite au sénéchal par un sien serviteur et maître d'hôtel , nommé Pierre l'Apothicaire ; lequel sénéchal incontinent prit son épée et vint faire rompre l'huis où étaient les- (iits dame et veneur, lequel veneur il trouva en chemise, auquel il bailla de son épée dessus la tcleetau travers du corps, tellement qu'il le tua. Kt ce fait, s'en alla en une chambre ou retrait, au joignant de ladite chambre, où il trouva sadite femme mussée dessous la coûte d'un lit où étaient couchés ses enfants, laquelle il prit et la tira par le bras à terre, et en la tirant à bas lui frappa de ladite épée parmi les épaules, et puis, elle descendue à terre et étant à deux genoux, lui traversa sadite épée parmi les mamelles et estomac , dont incontinent elle alla (le vie à trépas ; et puis, l'envoya enterrer en l'ahhaye de Louions et y lit faire son service, et fit enterrer ledit veneur en un jardin, au joignant de l'hôtel où il avait été occis, n Jean df, TnovES, Chronique sc/ntdaleuse de Louis AV. Jacques de Brézé , poursuivi en justice , fut constitué prisonnier en divers lieux et condamné à mort, enl48l. Mais cette peine fut commuée en une amende de cent mille francs, pour le payement de laquelle il abandonna toutes ses terres, et son fils Louis fut substitue aux biens et titres de sa maison, par grâce spéciale de Louis XI.

P. 116. — Le procès-verbal de la dégradation de Vordre du sieur d(! Saint- Vallier a été imprimé la première fois dans le Recueil de divers inenioire.i , harangues , remonsirances et lettres servant à l'histoire de notre temps, recueillis par Lamiel ; le voici : « Et après a été mandé en la Cour messire Charles de Luxembourg, chevalier de l'ordre du roi et comte de Roucy et de Ligny, lequel a dit à ladite Cour avoir charge de par le roi de procéder à l'exauctoration et ôter l'ordre audit de Poitiers. Ce fait, ledit de Luxembourg, en la présence de M. le président Leviste, Tnaîtrc Jean Papillon, Jean Berruyer, François Tanet, Pierre Clutin et Raoul Diimeret, conseillers en ladite Cour, et avec eux maître Nicolas Malon, grelfier-criminel d'icelle, s'est transporté, et deux gentilshonmies dudit comte, en la Tour Carrée où était prisonnier ledit de Poitiers, lequel il a trouvé couché au lit malade : auquel ledit de Luxembourg a dit ([u'il était venu, par ordonnance du roi, lui annoncer la sentence d'exauctoraliiui de l'ordre dudit sleiu' donnée à rencontre de lui, laquelle scnteiiee ledit de Lu\end)0iug lui avait montrée et exhibée. Sur quoi , ledit de Poitiers a répondu que le roi ne lui pouvait ôter ledit ordre , que tous ses confrères ne fussent présents et assemblés, et qu'on lui faisait tort en demandant et requérant acte de ce, et davantage qu'il n'avait mérité qu'on lui ôtàt ledit ordre. A quoi fut répondu par ledit de Luxend)ourg, qu'il avait charge et mandement du roi de mettre lad'te sentence à exécution , en demandant audit de Poitiers où était sou collier de l'ordre. Lequel de Poitiers fit réponse que le roi savait bien où il l'avait perdu , et que c'avait été à son service ; et au regard de celui do M. Saint- Michel , qu'il avait coutume de porter au cou, par chacim jour, il l'avait perdu le jour qu'il fut constitué prisonnier. Ce fait, lui en fut présenté un autre par ledit de Luxembourg, lequel ledit de Poitiers refusa de prendre par deux lois. A cetticause, ledit président Leviste lui remontra qu'il devait obéir au roi, et que ladite Cour l'avait envoyé avec lesdits conseillers pour assistei- ledit de Luxembourg , alln de faire mettre ladite sentence à exécution. Kt lors, ledit de Poitiers dit donc qu'il obéirait au roi, puisque c'était son plaisir. Ce fait, lui fut mis ledit collier au col , et à l'instant lui a été lue, de mot à mot, ladite sentence, présents les dessusdits et un nommé Jacques (le Venise, serviteur dudit de Luxembourg. Et après ladite lecture faite, a été ôté ledit collier audit de Poitiers par ledit comte, qui l'a emporté, et à tant, se sont retirés tous les dessusdits el délaissé illec ledit de Saint- Vallier. »

Chapitre L\, p. 122. — Mellin de Saint-Gelais est bien connu parmi les poètes contem|)orains de Clément Marot; mais Antoine Héroet, qui l'est beaurotip moins, mériterait plutôt de l'être, à cause de la versification claire, élégante et gracieus(3 de son poème de la Parfaite amie. Marot les regardait comme ses rivaux les plus redoutables : il le dit dans son Eglogue auroi, sous les noms de Pan et Robin.

Une autre fois, pour r;imour de l'amie,

A tous venans, pendis la clialeniie (clialiimeaii ),

El ce jour-là, â grand' peine on savait

Lequel (les deux gagne le prix avait,

Ou de Merlin ou de moi ; dont i\ l'honre

Tliony s'en vint sur le pré grand' alUiie

Nous accorder, et orna deux lioideilcs

D'une longueur, de force violelles,

208 >OTF.S ET DISSERTATIONS.

Puis nous Cl) lit iii'éseiu pour son plaisir; Mais à Merlin je baillai de choisir.

P. 126. — Clément Marot a fait Vépitaphe d'Orlis, more du roi; elle commence ainsi :

Sous celle lombe gît , el qui ?

Un qui clianlait Lacochiqid.

Ci-gil, que dure inorl piqua , Un qui clianlail Lacochiijua.

Chapitre X, p. 158. — On nommait la gale mal Saint-Main, parce que saint Main avait la réputation de la guérir.

P. 1-4G. — Voyez l'explication que donne de ces jeux M. Eloy Jolianneau, dans son édition variorum de Rabelais; cli. xxii de Gargantua.

Chapitre XI, p. l'iO. — Corneille Agrippa raconte, dans ses lettres, qu'ayant reçu de la duchesse d'Angouléme l'ordre de chercher par les règles de l'astrologie quelle serait l'issue de la guerre d'Ilalie, il vit dans les révolutions du ciel que le connétable de Bourbon serait vainqueur cette année-là contre les armées de François I" : ce fut la cause de sa disgrâce à la cour. (Voyez l'article du Uict. deBayle.)

Chapitre XII, p. 171 . — Voyez, sur Vllijtel d'/fcrrule, les E>!snis de Paris, par Sainle- Foix : Bue des Grands-j4ugusfinii -,1^ Defcriplian de Paris, parPiganiol delà Force, t. VII, p. H5, et les ouvrages de Dubreuil, Sauvai, .laillot, Brice, Lemaire et autres historiens de la ville de Paris.

P. 172. — « On a dit que Saint-Vallier, entendant la lecture de son arrêt, fut saisi d'une frayeur si violente que ses cheveux blanchirent en une nuit, et que ses gardes ne le reconnaissaient pas le lendemain. 11 avait alors quarante-huit ans.

« .M. de ïhou (liv. III de son Histoire) dit que lorsqu'on le menait au supplice, la frayeur lui donna une lièvre qui depuis est passée en proverbe sous le nom de fiéi^re de Saint-/ allier.

a II est vrai que la fièvre de Snint-T'nllirr est passée en proverbe ; mais les actes du procès el le rapport de llraillon, niéilccin du Parlement, prouvent que c'était une lièvre invétérée, qui même avait lait retarder longtemps son supplice, et qui lui avait épargné les tourments de la question.

« Pasquier (liv. VIIF, ch. xxxix de ses Recherches de la France) dit que l'horreur de lainort qu'ilavaitviie de si près lui donna une fièvre, que la nouvelle de sa grâce ne ])ut guérir, et dont il mourut peu de temps après. Ce fait est contredit par tous les actes du procès. » Gaim.ard. Jlistoire de François l"'.

Chapitre XIII, p. 17."). — Guillaume Crétin, pocVeroi/n/sous trois rois, Charles VIII, Louis XII et François l"', eut de son vivant une immense célébrité qui ne lui .survécut pas ; car elle reposait sur des équivoques que les poètes flamands Châtelain et Meschinot avaient mises en honneur à la cour de Bourgogne. Pasquier, qui l'estimait peu, en parle dans ses llechcrches de la France, liv. VII : Toute son étude ne gisait qu'en équivoques, et c'est ijouniiioi Marot, en la Plainte qu'il fit sur la mort du général Preudhomme, dit qu'aux Chainps-Klyséens, entre les autres poètes français, il y trouva le bon Crétin au vers équivoque. » On jugera ce que c'étaient que ces ff/u/toçKM du quinzième siècle, par une citation de quelques rimes de Crétin, qui ne se piquait pas d'être intelligible dans ses bizarres rapprochements de mots identiques de son ; car il n'accorda jamais la rime avec la raison :

Par ces vins verds, Atropos a trop os Des corps humains rués envers en vers.

Dont un quidam , âpre aux pois, à propos , A fort blanié ses tours pervers par vers.

(( Plus Crétin alla sur l'âge, dit Pasquier, plus il s'adonna à ce sujet, y apportant toujours quelque nouvelle grotesque. » Depuis Crétin, Vadé a fait ses /4yn/j/i/youns. elle marquis de Bièvre sa tragédie de Fercingétori.T.

P. 17G. ~r Diane de Poitiers, pour acheter la grâce de son père, se donna-t-elle à François I"'? L'examen de cette question demanderait une longue dissertation qui ne serait pas sans intérêt. Dreux du Kadier, dans ses Anecdotes des reines de France, Gaillard, dans son Histoire de François I", et J>e Laboureur, dans ses Additions

aux mémoires de Castelnau, ee sont prononcés pour la négative ; mais ropinion contraire a été soutenue par Bayle, dans son Dictionnaire historique; par Mézeray, dans son Abrégé chronologique de l'Histoire de France ; par La Planche, dans son Histoire de François II, etc. Ces autorités sont assez imposantes pour n'avoir pas besoin de citer après elles l'auteur des Galanteries des rois de France, Varillas, etc. 11 paraît certain que la tradition delà Cour était conforme à cette opinion, et l'on peut s'en rapporter à ces paroles si claires et si positives de BrantOme, dans ses Dames galantes: « J'ai ouï parler d'un grand seigneur qui, ayant été jugé d'avoir la tète tranchée, si qu'étant sur l'échafaud sa gràco survint, que sa fille, qui était des plus belles, avait obtenue, et descendant de léchafaud, il ne dit autre chose, sinon: « Sauve le bon cas de ma fille, qui m'a si bien sauvé! » Je pourrai bien un jour publier une dissertation pour prouver que Diane de Poitiers a été la maîtresse de François 1" avant d'être celle de Henri 11.

P. 329. — Le Saint-Graal ou Gréai était un plat de grès qu'on disait avoir servi à la cène de Jésus-Christ, et qu'on montrait à Gènes. Nos vieux romans, qui célèbrent la conquête du Saint-Graal, veulent que ce soit une fiole renfermant du sang de Jésus. Voyez, sur la relique de Gênes, les Chroniques de Jean d'Auton, que j'ai publiées d'après les manuscrits de la Bibliothèque royale.

Chapitre XIV, p. 188. — Le procès-verbal de l'exécution de l'arrêt de Saint-Vallier est rapporté dans le recueil de pièces de Lannel, avec les autres pièces du procès. Nous citerons se\ilement le passage relatif à la manière inusitée dont il fut conduit au lieu du supplice : « Et une heure après ou environ, me suis derechef transporté (c'est le greffier Malon qui parle) avec ma comnagnie en la Tour Carrée, et ai derechef très-instamment requis ledit sieur de Saint-Vallier de dire la vérité des interrogations qui cejourd'hui lui avaient été faites par ladite Cour, et il a répondu qu'il ne sait autre chose, sinon ce qu'il a confessé par son procès, et qu'il donne congé à son «onfesseur de dire et déclarer toute la confession qu'il a faite par devant lui. Ce fait, a été ledit Saint-Vallier prins et mené jusque sur le perron des Grands-Degrés dii Palais, et illec, après son cri fait, a été mis et mené sur une mule, et derrière lui en croupe un archer de cette ville de Paris, et de là mené en la place de Grève, et à le conduire étaient les archers, arbalétriers et sergents à verge et le guet de cette ville de Paris; et illec a été descendu, et après qu'il a été réconcilié, a été monté sur l'échafaud, illec préparé pour faire mettre ledit arrêt donné à rencontre de lui en exécution. Et incontinent est survenu François Gesse, archer de la garde du roi, lequel m'a présenté deux lettres du roi, l'une patente scellée en cire verte sur lacs de soie, et une autre lettre missive, par lesquelles lettres patentes ledit sire commuait la peine de mort, en laquelle était condamné ledit Saint-Vallier, à prison. Par quoi, ai différé de mettre àexécutionleditarrêt, et illec délaissé ledit Saint-Vallier sur ledit échafaud avec l'exécuteur.... »

Fl?« DES NOTES ET DISSERTATIONS.

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