II ESSAI HISTORIQUE
Henri III , ayant traité le sien de roi des fous , en recul cette ré|)onse pleine (le sel el de sagesse : « Plût a Dieu (jue je le fusse , car j'espérerais commander a tel qui a plus de puissance que moi; mais je vois bien que je ne serai jamais grand seigneur, les places sont toutes prises! »
Les plus grands fous, en effet, n'avaient pas la marotte, et la confrérie du Prince des sols, ralliée sous la devise de la basoche : le nombre des sots est iïipiii (ii)fiiiilus esl slultorion mimenis), n'épargnait pas dans ses solies, les papes et les rois. Avant que le savant Erasme eût osé faire VÊloçic de la Folie, traduit dans toutes les langues et réimprimé cent fois, il eût été plus dillicile de faire l'Éloge de la sagesse, qu'un philosophe mettait au rang des sciences occultes.
Il y avait autant de sortes de fous d'oilice que de caprices chez les seigneurs, (|ui clierchaienl moins la récréation de l'esprit que celle des veux : Esope, qui était réellement un boulVon fort amusant, n'aurait pas manqué d'acheteurs au moyen âge, où le mérite de sa bosse, de sa taille contrefaite et de sa ligure hideuse eût réuni les suffrages des rois les mieux faits et des plus belles dames.
Car la laideur et la difformité étaient aussi recherchées pour un fou que l'intelligence chez un singe, la beauté du plumage chez un paon, et le jargon chez un papegaiou perroquet. Le plus horrible magot, qui le disputait en monstruosité aux diaboliques inventions de la sculpture chrétienne, avait le privilège d'être admis le jjremier dans la chambre royale, de parler 'a sa fantaisie sans attendre ([u'on l'interrogeât, et de décocher impunément contre les plus nobles blasons les traits de sa méchanceté. Les crétins sont encore en Suisse l'objet d'une tolérance analogue, quoiqu'ils soient muets : hommes et femmes soulîrent tout de ces êtres malfaisants (pi'on croit favorisés du (-ici. Ainsi , le fou se i)ermcttait tout le mal possible sous la protection de son maître.
On choisissait donc, de préférence , des nains, des bossus, des nègres et les plus grotesques variations de l'espèce humaine : on sait (juel rôle important jouent ces personnages dans les romans de féerie et de chevalerie, nains sonnant du cor, bossus récitant des ballades au souper, nègres serviteurs des palais magiques. Os malins commensaux du manoir b'oiiai étaient toujours en rivalité avec les chiens de la vénerie, les oiseaux de la fauconnerie et les autres animaux domestiques, même les lions, ipie la châtelaine nourrissait de sa blanche main.
Celte rivalité ne se bornait pas à faire montre de la figure lapins épouvantable el de la grimace la plus fantastique. Un fou d'oilice bien appris^ sautait el gambadait comme un singe, jouait de la cornemuse, de la lromi)elteel du rcbec |)our égaler la musique du rossignol ; jetait un luxe de |)aroles pour n'avoir rien a envier a la pie babillarde; savait par cœur des motels, des oraisons , des vers, des adevineaiix ou énigmes ii deviner, des lais on contes joyeux, tout cela , alin de mettre en relief sa supériorité sur le lévrier tidèle qui couchait au chevet de son maître, sur le faucon que la dame du lieu faisait elle-même voler, sur lahaqucnée que montait cette gcnle damoiselle dans les chasses et les voyages.
Ces talents divers du fou d'oilice n'étaient pas, comme son corps ridiculement bizarre, l'œuvre delà nature, qui cependant, au rapport de Bodin, hil qn'tin frènéliqite parle laliii sans l'avoir jamais appris : un fou de bonne maison était élevé avec autant de soins, de peines et de frais qu'un âne savant, excepté qu'à son entrée dans une ville il ne payait i)as le truageon