Se téprcn^ç bc ta cité b'^oôte
[a partie méridionale de la cité d'Aoste est presque déserte, et paraît n'avoir jamais été fort habitée. On y voit des champs labourés et des prairies terminées d'un côté par les remparts antiques que les Romains élevèrent pour lui servir d'enceinte, et de l'autre par les murailles de quelques jardins. Cet emplacement solitaire peut cependant intéresser les voyageurs. Auprès de la porte de la ville, on voit les ruines d'un ancien château, dans lequel, si l'on en croit la tradition populaire, le comte René de Chalans laissa mourir de faim, dans le XV* siècle, la princesse Marie de Bragance, son épouse : de là le nom de Bramafan (qui signifie cri de la faim) donné à ce château par les gens du j)ays.
Cette anecdote, dont on j)ourrait assurément contester l'authenticité, rend ces masures intéressantes pour les personnes sensibles qui la croient vraie.
Plus loin, à quelques centaines de pas, est une tour carrée, adossée au mur antique et construite avec le marbre dont il était jadis revêtu ; on l'appelle la Tour de la frayeur, parce que le peuple l'a crue longtemps habitée par des revenants. Les vieilles femmes de la cité d'Aoste se ressouviennent fort bien, disent-elles, d'en avoir vu sortir, pendant les nuits sombres, une grande femme blanche tenant une lampe à la main.
Il y a environ quinze ans que cette tour fut réparée par ordre du gouvernement et entourée d'une enceinte, pour y loger un lépreux et
LK LÉPREUX DE LA (.UK d'aOSTE. 503
le séparer ainsi de la société, en lui procurant tous les ai^réments dont sa triste situation était susceptible. L'hôpital de Saint-Maurice fut chargé de pourvoir à sa subsistance, et on lui fournit (pielques meubles, ainsi que les instruments nécessaires pour cultiver un jardin. C'est là (pi'il vivait depuis longtemps, livré à lui-même, ne voyant jamais personne, excepté le prêtre qui, de temps en temps, allait lui porter les secours de la religion, et l'homme (pii chaque semaine lui ap|)ortait ses provisions de l'hôpital.
Pendant la guerre des Alpes, en l'année 1797, un militaire, se trouvant à la cité d'Aoste, passa un jour, par hasard, auprès du jardin du lépreux, dont la porte était entr'ouverte, et il eut la curiosité d'y entrer. Il y trouva un homme vêtu simplement, appuyé contre un arbre et plongé dans une profonde méditation. Au bruit que fit l'oHicier en entrant, le solitaire, sans se retourner et sans regarder, s'écria d'une voix triste :
— Qui est là, et que me veut-on ?
— Excusez un étranger, répondit le militaire, à qui l'aspect agréable de votre jardin a peut-être fait commettre une indiscrétion, mais (pii ne veut nullement vous troubler.
— N'avancez pas, répondit l'habitant de la tour en lui faisant signe ; vous êtes auprès d'un malheureux attacfué de la lèpre.
— Quelle que scit votre infortune, ré|)liqua le voyageur, je ne m'éloignerai point : je n'ai jamais fui les malheureux ; cependant, si ma présence vous importune, je suis |>rêtà me retirer.
— Soyez le bienvenu, dit alors le lépreux en se retournant tout à cou[i, et restez, si vous l'osez, après m'avoir regardé.
Le militaire fut quelque temps immobile d'étonnement et d'ett'roi :i ras|)ect de cet infortuné que la lèpre avait totalement défiguré.
— Je resterai volontiers, dit-il, si vous agréez la visite d'un homme ({ue le hasard a conduit ici, mais qu'un vif intérêt y retient.
Le léi'rel\. — De l'intérêt !... Je n'ai jamais excité que la pitié. Le militaiue. — Je me croirais heureux si je pouvais vous offrir quelque consolation.
Le lépreux. — C'en est une grande pour moi de voir les hommes, d'entendre le son de la voix humaine, qui semble me fuir.
Le militaire. — Permettez-moi donc de converser quelques moments avec vous et de parcourir votre demeure.
Le lépreux. — Bien volontiers, si cela peut vous faire plaisir. (En disant ces mots, le lépreux se couvrit la tête d'un large feutre dont les bords rabattus lui cachaient le visage). Passez, ajouta-t-il, ici, au midi. Je cultive un petit parterre de fleurs qui pourront vous plaire ; vous en trouverez d'assez rares. Je me suis procuré des graines de toutes celles qui croissent d'elles-mêmes sur les Alpes, et j'ai tâché de les faire doubler et de les embellir par la culture.
Le militaire. — En effet, voilà des fleurs dont l'aspect est tout à fait nouveau pour moi.
Le lépreux. — Remarquez ce petit buisson de roses ; c'est le rosier sans épines, qui ne croît que sur les Hautes-Alpes ; mais il perd déjà cette propriété, et il pousse des épines à mesure qu'on le cultive et qu'il se multiplie.
Le militaire. — Il devrait être l'emblème de l'ingratitude.
Le lépreux. — Si (juelques-unes de ces fleurs vous paraissent belles, vous pouvez les prendre sans crainte, et vous ne courez aucun risque en les portant sur vous. Je les ai semées, j'ai le plaisir de les arroser et de les voir, mais je ne les touche jamais.
Le militaire. — Pounpioi donc ?
Le lépreux. — Je craindrais de les souiller, et je n'oserais vous les off"rir.
Le militaire. — A qui les destinez-vous ?
Le lépreux. — Les personnes (jui m'apportent des provisions de l'hôpital ne craignent pas de s'en faire des bouquets. Quelquefois aussi les enfants de la ville se présentent à la porte de mon jardin. Je monte aussitôt dans la tour, de peur de les effrayer ou de leur nuire. Je les vois folâtrer de ma fenêtre et me dérober quelques fleurs. Lorsqu'ils s'en vont, ils lèvent les veux sur moi : Bonjour, Lépreux, me disent-ils en riant, et cela me réjouit un peu.
LE LÉPREUX DE LA CITE d'aOSTE. !2()5
Le MILITAIRE. — Vous avcz SU réunir ici bien des plantes dilïérentes ; voilà des vignes et des arbres fruitiers de plusieurs espèces.
Le LÉiMJEix. — Ces arbres sont encore jeunes ; je les ai plantés moi-même, ainsi que cette vigne, (jue j'ai lait monter juscpi'au dessus du mur anti(|ue (jue voilà, et dont la largeur me iorme un petit |)romenoir ; c'est ma place favorite... Montez le long de ces pierres : c'est un escalier dont je suis l'architecte. Tenez-vous au mur.
Le militaire. — Le charmant réduit ! et comme il est bien (ait pour les méditations d'un solitaire !
Le lépreux. — Aussi, je l'aime beaucoup ; je vois d'ici la cam|)agne et les laboureurs dans les champs ; je vois tout ce qui se passe dans la prairie, et je ne suis vu de personne.
Le MILITAIRE. — J'admire combien cette retraite est tranquille et solitaire. On est dans une ville, et on croirait être dans un désert.
Le lépreux. — La solitude n'est pas toujours au milieu des forêts et des rochers. L'infortuné est seul partout.
Le MILITAIRE. — Quelle suite d'événements vous amena dans cette retraite ? Ce pays est-il votre patrie ?
Le lépreux. — Je suis né sur les bords de la mer, dans la principauté d'Oneille, et je n'habite ici que depuis quinze ans. Quant à mon histoire, elle n'est qu'une longue et uniforme calamité.
Le MILITAIRE. — Avez-vous toujours vécu seul ?
Le lépreux. — J'ai perdu mes parents dans mon enfance, et je ne les connus jamais ; une sœur cjui me restait est morte depuis deux ans. Je n'ai jamais eu d'ami.
Le MILITAIRE. — Infortuné !
Le lépreux. — Tels sont les desseins de Dieu.
Le militaire. — Quel est votre nom, je vous prie !
Le lépreux. — Ah ! mon nom est terrible ; je m'appelle le Lépreux! On ignore dans le monde celui que je tiens de ma famille et celui que la rebgion m'a donné le jour de ma naissance. Je suis le Lépreux ; voilà le seul titre que j'aie à la bienveillance des hommes. Puissent-ils ignorer éternellement qui je suis !
Le MiLiTAiKE. — Cette sœur que vous avez perdue, vivait-elle avec vous ?
Le lépreux. — Elle est demeurée cinq ans avec moi, dans cette même habitation où vous me voyez. Aussi malheureuse que moi, elle partageait mes peines, et je tâchais d'adoucir les siennes.
Le militaire. — Quelles peuvent être maintenant vos occu|)ations, dans une solitude aussi profonde ?
Le lépreux. — Le détail des occupations d'un solitaire tel que moi ne pourrait être que bien monotone pour un homme du monde, qui trouve son bonheur dans l'activité de la vie sociale.
Le militaire. — Ah ! vous connaissez i)eu ce monde, qui ne m'a jamais donné le bonheur. Je suis souvent solitaire i)ar choix, et il y a peut-être plus d'analogie entre nos idées que vous ne le pensez. Cependant, je l'avoue, une solitude éternelle m'épouvante ; j'ai de la peine à la concevoir.
Le lépreux. — c( Celui qui chérit sa cellule y trouvera la paix : » Vlmitation de Jésus-Christ nous l'apprend. Je commence par éprouver la vérité de ces paroles consolantes. Le sentiment de la solitude s'adoucit aussi par le travail. L'homme qui travaille n'est jamais complètement malheureux, et j'en suis la preuve. Pendant la belle saison, la culture de mon jardin et de mon parterre m'occupe suttlsamment. Pendant l'hiver, je fais des corbeilles et des nattes ; je travaille à me faire des habits ; je prépare chaque jour moi-même ma nourriture avec les provisions qu'on m'apporte de l'hôpital, et la prière remplit les heures que le travail me laisse. Enfin l'année s'écoule, et lorsqu'elle est passée, elle me paraît encore avoir été bien courte.
Le militaire. — Elle devrait vous paraître un siècle.
Le lépreux. — Les maux et les chagrins font paraître les heures longues ; mais les années s'envolent toujours avec la même rapidité. Il est d'ailleurs encore, au dernier terme de l'inlortune, une jouissance que le commun des hommes ne peut connaître, et qui vous parait bien singulière, c'est celle d'exister et de respirer. Je passe des
LE LÉlMtEUX UE L\ CITÉ d'aOSTE. 267
journées entières de la l)elle saison, immobile sur ce rempart, à jouir (le l'air et de la beauté de la nature ; toutes mes idées alors sont vaj'ues, indécises ; la tristesse repose dans mon cœur sans l'accabler; mes regards errent sur cette campagne et sur ces rocbers (pii nous environnent : ces dillérents as|)ects sont tellement empreints dans ma mémoire, (pi'ils font, pour ainsi dire, partie de moi-même, et chaque site est un ami (|ue je vois avec plaisir tous les jours.
Le MiLiT.vntE. — J'ai souvent éprouvé quelque chose de semblable. Lorsque le chagrin s'aj)pesantit sur moi, et que je ne trouve pas dans le cot'ur des hommes ce (jue le mien désire, l'aspect de la nature et des choses inanimées me console ; je m'alîectionne aux rochers et aux arbres, et il me semble que tous les êtres de la création sont des amis que Dieu m'a donnés.
Le LÉi'UELx. — Vous m'encouragez à vous expliquer à mon tour ce qui se passe en moi. J'aime véritablement les objets qui sont, i)Our ainsi dire, mes compagnons de vie, et que je vois chaque jour; aussi, tous les soirs, avant de me retirer dans la tour, je viens saluer les glaciers de Ruitorts, les bois sombres du mont Saint-Bernard, et les pointes bizarres (|ui dominent la vallée de Rhème. Quoique la puissance de Dieu soit aussi visible dans la création d'une fourmi que dans celle de l'univers entier, le grand spectacle des montagnes impose cependant davantage à mes sens. Je ne puis voir ces masses énormes, recouvertes de glaces éternelles, sans éprouver un étonnement religieux ; mais, dans ce vaste tableau qui m'entoure, j'ai des sites favoris et (jue j'aime de prétérence ; de ce nombre est l'ermitage que vous voyez là-haut, sur la sommité de la montagne de Charvensod. Isolé au milieu des bois, auprès d'un champ désert, il reçoit les derniers rayons du soleil couchant. Quoique je n'y aie jamais été, j'é|)rouve un singulier plaisir à le voir. Lorsque le jour tombe, assis dans mon jardin, je iixe mes regards sur cet ermitage solitaire, et mon imagination s'y repose. Il est devenu pour moi une espèce de propriété; il me semble qu'une réminiscence conluse m'apprend que j'ai vécu là jadis dans des temps plus heureux, et dont la mémoire
s'est effacée en moi. J'aime surtout à contempler les montagnes éloignées qui se confondent à l'horizon. Ainsi que l'avenir, l'éloignement fait naître en moi le sentiment de l'espérance ; mon cœur opprimé croit qu'il existe peut-être une terre bien éloignée où, à une époque de l'avenir, je pourrai goûter enfin ce bonheur pour lequel je soupire et qu'un instinct secret me présente sans cesse comme possible.
Le militaire. — Avec une âme ardente comme la vôtre, il vous a fallu sans doute bien des efforts pour vous résigner à votre destinée et pour ne pas vous abandonner au désespoir.
Le lépreux. — Je vous tromperais en vous laissant croire que je suis toujours résigné à mon sort ; je n'ai point atteint cette abnégation de soi-même où quelques anachorètes sont parvenus. Ce sacrifice complet de toutes les affections humaines n'est point encore accompli; ma vie se passe en combats continuels, et les secours puissants de la religion elle-même ne sont pas toujours capables de réprimer les élans de mon imagination. Elle m'entraîne souvent malgré moi dans un océan de désirs chimériques qui tous me ramènent vers ce monde dont je n'ai aucune idée, et dont l'image fantastique est toujours présente pour me tourmenter.
Le militaire. — Si je pouvais vous faire lire dans mon âme et vous donner du monde l'idée que j'en ai, tous vos désirs et tous vos regrets s'évanouiraient.
Le lépreux. — En vain quelques livres m'ont instruit de la perversité des hommes et des malheurs inséparables de l'humanité ; mon cœur se refuse à les croire. Je me représente toujours des sociétés d'amis sincères et vertueux ; des familles que la santé, la jeunesse et la fortune réunies comblent de bonheur. Je crois les voir errant ensemble dans des bocages plus verts et plus frais que ceux qui me prêtent leur ombre, éclairés par un soleil plus brillant que celui qui m'éclaire, et leur sort me semble plus digne d'envie, à mesure que le mien est plus misérable. Au commencement du printemps, lorsque le vent du Piémont soufïîe dans notre vallée, je me sens pénétré par
LE LÉPREUX DE LA CITÉ d'aOSTE. !269
sa chaleur vivifiante, et je tressaille inali;ré moi. J'éprouve un désir inexplicable et le sentiment confus d'une félicité immense, dont je pourrais jouir et qui m'est refusée. Alors je fuis de ma cellule, j'erre dans la campagne pour respirer plus librement. J'évite d'être vu par ces mêmes hommes que mon cœur brûle de rencontrer ; et du haut de la colline, caché entre les broussailles comme une bête fauve, mes regards se portent sur la ville d'Aoste. Je vois de loin, avec des yeux d'envie, ses heureux habitants qui me connaissent à peine ; je leur tends les mains en gémissant, et je leur demande ma portion de bonheur. Dans mon transport, vous l'avouerai-je ? j'ai quehjuefois serré dans mes bras les arbres de la forêt, en priant Dieu de les animer pour moi et de me donner un ami ! Mais les arbres sont muets, leur froide écorce me repousse ; elle n'a rien de commun avec mon cœur qui palpite et brûle. Accablé de fatigue, las de la vie, je me traîne de nouveau dans ma retraite, j'expose à Dieu mes tourments, et ma prière ramène un peu de calme dans mon âme.
Le MILITAIRE. — Ainsi, pauvre malheureux, vous souffrez à la fois tous les maux de l'âme et du corps !
Le LÉPREUX. — Ces derniers ne sont pas les plus cruels.
Le militaire. — Ils vous laissent donc quelquefois un peu de relâche?
Le lépreux. — Tous les mois, ils augmentent et diminuent avec le cours de la lune. Lorsqu'elle commence à se montrer, je souffre ordinairement davantage ; la maladie diminue ensuite et semble changer de nature ; ma peau se dessèche et blanchit, et je ne sens presque plus mon mal ; mais il serait toujours supportable sans les insomnies affreuses qu'il me cause.
Le militaire. — Quoi ! le sommeil même vous abandonne ?
Le lépreux. — Ah ! monsieur, les insomnies ! les insomnies ! Vous ne pouvez vous figurer combien est longue et triste une nuit qu'un malheureux passe tout entière sans fermer l'œil, l'esprit fixé sur une situation aff'reuse et sur un avenir sans espoir. Non, personne ne peut le comprendre. Mes inquiétudes augmentent à mesure que la nuit
270 XAVIEK DE MAiSTRE.
s'avance ; et lorsqu'elle est près de linir, mon agitation est telle que je ne sais plus que devenir ; mes pensées se brouillent, j'éprouve un sentiment extraordinaire que je ne trouve jamais en moi que dans ces tristes moments. Tantôt il me semble qu'une force irrésistible m'entraîne dans un gouffre sans fond ; tantôt je vois des taches noires devant mes yeux ; mais pendant que je les examine, elles se croisent avec la rapidité de l'éclair, elles grossissent en s'approchant de moi,, et bientôt ce sont des montagnes qui m'accablent de leur poids. D'autres fois aussi je vois des nuages sortir de la terre autour de moi, comme des Ilots qui s'enflent, qui s'amoncellent et menacent de m'engloutir ; et lorsque je veux me lever pour me distraire de ces idées, je me sens comme retenu par des liens invisibles qui m'ôtent les forces. Vous croirez peut-être que ce sont des songes ; mais non, je suis bien éveillé. Je revois sans cesse les mêmes objets, et c'est une sensation d'horreur qui surpasse tous mes autres maux.
Le militaire. — Il est possible que vous ayez la fièvre pendant ces cruelles insomnies, et c'est là, sans doute, ce qui vous cause cette espèce de délire.
Le lépreux. — Vous croyez que cela peut venir de la lièvre ? Ah ! je voudrais bien que vous disiez vrai. J'avais craint jusqu'à présent que ces visions ne fussent un symptôme de folie, et je vous avoue que cela m'inquiétait beaucoup. Plût à Dieu que ce fût en eflèt la lièvre !
Le MILITAIRE. — Vous m'inlércsscz vivcment. J'avoue que je ne me serais jamais fait l'idée d'une situation semblable à la vôtre. Je pense cependant qu'elle devait être moins triste lorsque votre sœur vivait.
Le lépreux. — Dieu sait lui seul ce que j'ai perdu par la mort de ma sœur ! Mais ne craignez-vous point de vous trouver si près de moi ? Asseyez- vous ici, sur cette pierre : je me placerai derrière le feuillage, et nous converserons sans nous voir.
Le MILITAIRE. — Pouniuoi donc ? JNon, vous ne me quitterez point ; placez-vous près de moi. {En disant ces mots, le voyageur lit un mouvement involontaire pour saisir la main du Lépreux, qui la retira avec vivacité.)
LE LBPHEUX i)E LA CITÉ d'aOSTE. 271