PROGRAMME
A3 heures... Allocution du citoyen Charbonnel sur l'enfant... Adoption des enfants et remise du diplôme commémoratif. — Baptêmes civils d'enfants de sociétaires. — Récréation.
l'église de la libre-pensée 263
1894, au Cirque de Reims à une première communion civile. Dans toutes ces cérémonies laïques on sent la préoccupation constante de calquer les cérémonies du culte catholique assez exactement pour faire illusion aux fidèles de la nouvelle Eglise ^
Les quelques abbés qui ont passé de TEglise romaine à TEglise de la Libre-Pensée ne doivent pas s y sentir trop dépaysés, a En fouillant dans leurs poches, aurait dit Veuillot, on y trouverait toujours quelques bouts de cierge. » Et Ion peut trouver parfois autre chose dans les poches des Libres-Penseurs. « J ai causé, dit M. Wilfred Monod *, avec un athée qui m*a expliqué la formation du monde, en éliminant toute hypothèse d'un créateur ; le même homme portait, dans son gousset, un petit crucifix en métal ; il me Ta montré en disant que cette amulette l'avait préservé dans ses voyages. »
Tout en se lançant mutuellement Tanathème, les deux Eglises, la noire et la rouge, restent assez voisines. Des couloirs souterrains les maintiennent en communication. Les passages de Fun à l'autre sont faciles. Parfois, comme Léo Taxil, on peut faire plusieurs fois le trajet. Chacun connaît le joli conte de Maupassant : Pour manifester l'intégrité de ses convictions un Libre-Penseur de province se bourre de saucisson le jour du Vendredi-Saint. 11 en a une indigestion et pense en mourir. C'est évidemment, se dit-il, un châtiment de la Providence I Le samedi notre homme fait venir un prêtre; il se confesse et reçoit l'absolution. Rien ne dit que lorsque les dernières traces de l'indisposition auront disparu il ne retournera pas à la Libre- Pensée.
Les sectaires des deux Eglises sont, du reste, tout semblables entre eux par leur commune intolérance, par leur égale incapacité d'admettre le moindre vestige du libre
* Wilf. Monod, Libres-Penseurs et Penseurs libres, p. 8. Ibid.. p. 9.
examen. De la part de la France noire cela n'a rien de bien surprenant ; si elle était tolérante elle manquerait à toutes ses traditions, à ses principes fondamentaux. Mais, c'est pour nous un étonnement toujours nouveau de voir, après trente ans de république, certains républicains se montrer aussi mesquins dans leur intolérance que les plus bornés des bigots, certains Libres-Penseurs ignorer aussi totalement ce que doivent être les droits de la pensée libre.
Faut-il donner des exemples? Nous n*aurions que l'embarras du choix. En 1894 la ville de Dole, patrie de Pasteur, voulut célébrer le souvenir des habitants morts en 1871 en défendant leurs foyers contre les Prussiens. Dans sa proclamation le maire crut pouvoir risquer une allusion discrète à la vie future : « Que nos pieux souvenirs, disait-il, aillent au-delà du tombeau, montrer à nos compatriotes que nous ne les oublions pas ». Mais la ville de Dôle possédait un conseil municipal véritablement éclairé. Il s'émut et publia une protestation contre raffiche du maire « empreinte de la plus déplorable superstition, celle qui se rapporte à la vie future * ».
Le mot même de tolérance est devenu suspect aux pontifes de la Libre-Pensée. Ils ne veulent plus qu'on leur en parle. « Vous n'êtes donc pas tolérants? » demandait-on à M. Gustave Téry. Il répond sans hésiter : Non I Et il ajoute :
« Ce mot (le « tolérance » ne recouvrc-t-il pas les mêmes mensonges et les mêmes sophismcs que celui de « libéralisme » ?
Si Ton m'accorde que la religion est une des plus cruelles maladies mentales (est-il besoin de le démontrer?), je distingue (et cette distinction n'a rien de subtil) entre le mal et le malade.
Me i)riez-vous de tolérer le mal ? Alors « tolérons » pareillement la tuberculose, le choléra et la peste.
S'agit-il de tolérer le malade? C'est trop peu nous demander. Nous bornons-nous à « tolérer » le fou, le tuberculeux et le syphilitique? Non, permettez-nous de le soigner, et, s'il se peut, de guérir ce malheureux. Recommandez-nous de le traiter avec ménagement, et de lui témoigner toute la pitié fraternelle qu
• J.-E.-C. Bodlcy, Lm France. Paris. Guillaume et fils.