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RESURRECTION

Eh quoi ? La France entière est morte,

Morte au Canada sans retour,

Parce qu'ailleurs ont dit: " Qu'importe !"

Et Voltaire et la Pompadour ?

Morte, Champlain, l'œuvre superbe,

Avec tout le grain de ta gerbe

Qui prospérait dans ton sillon ?

Morte ta race prisonnière,

Comme dans la blanche bannière

Meurt le " soldat de Carillon " ?

Quoi ? deux siècles, pour rien que le plaisir des autres, De l'épée et du soc la France a combattu ? Pour rien tant de martyrs, tant de preux et d'apôtres ? Pour rien tant de labeurs ? Pour rien tant de vertu ?

Oh î non pas î la bonne semence N'a pas pu d'un seul coup périr: .

D'un rejet plus dru recommence La sève qu'on voulait tarir.

Sans bruit, dans l'ombre de la terre,

2() LES DEUX FRAXCE3

Va grandir le puissant mystère Du bon grain qui la féconda, Si bien que plus robuste encore, On pourra voir un jour éclore La fleur Française au Canada !

Et ceux qui sauveront la fleur natale et chère N'ont rien des beaux esprits raffinés et charmants: Ce sont, fils de Chambly, d'Hertel ou de Verchère, De rudes laboureurs Poitevins ou Normands.

Oui, ce lutteur, que nul n'assiste,

Qui seul poursuivra ses exploits,

C'est ce pauvre homme, Jean-Baptiste,

Descendant du Jacques Gaulois,

De la forte race têtue

Qui besogne et se perpétue

Par les moissons et par l'enfant,

Cœur loyal, main ferme et sang riche,

Par qui le pays se défriche,

Far qui le juste se défend !

Et le vainqueur, surpris dans son intolérance, Un jour, avec de vieux mousquets mal ajustés, Put voir des paysans qui parlaient comme en France Se lever pour leurs droits et pour leurs libertés ï

Oh î la noble obscure épopée,

Digne des cités d'autrefois,

Dont Chénier fut la mâle épée

Et Papineau la mâle voix !

Oh î les grands simples patriotes,

Qui pour briser des fers d'ilotes

Ont pris des âmes de héros,

Et qui, buvant tous les calices,

Par la vertu de leurs supplices

Ont pu condamner leurs bourreaux !

Et, fière encore ainsi, de la France se nomme, Sous les drapeaux Anglais prêts à la respecter, La France Canadienne, un peuple gentilhomme, Qui saura bien grandir comme il n su lutter !

Une mère avait cru longtemps son enfant morte, L'enfant prise en ses bras, jadis, très loin ... de sorte Qu'avec le souvenir lui-même enseveli Descendait sur son cœur un voile épais d'oubli. Elle avait, d'une vie orageuse, effrénée,

Dans le monde avec bruit rempli sa destinée,

Marché, lutté, connu de grands triomphes, tels

Que n'en virent jamais de simples yeux mortels.

Et cependant, là-bas, bien loin de sa pensée,

L'enfant aussi luttait, obscure et délaissée. . : .

Un jour pourtant, la mère au beau front glorieux,

Dont le sort fut toujours d'avoir des envieux,

D'un coup perfide au flanc ressentit la blessure,

Et si vive et profonde entrait la meurtrissure

Qu'on put croire un instant qu'elle en allait mourir.

Mais alors son enfant s'empressa d'accourir,

La voyant respirer avec peine, couchée

Dans un flot de son sang, et, sur elle penchée,

L'effleurant de sa main doucement, doucement,

Pour qu'elle ouvrit les yeux, elle lui dit: " Maman !

La mère, à cette voix, releva la paupière,

Et, surprise, admira près d'elle, simple et fière,

Sa fille, son enfant, oui, qui lui ressemblait,

Qui pleurait avec elle et comme elle parlait !

— " Ah ! quel cri consolant dans ma douAeur m'appelle ?

Comment ? mon enfant vit, si grandie et si belle ?

Dis ! qu'es-tu devenue après mon abandon ?

Et pourrai-je jamais obtenir ton pardon ?"

— " O mère, ayant connu toutes deux la souffrance,

Ne parlons à présent que de notre espérance !

Vous aviez vos devoirs, votre tâche à fournir,

Ma force, à moi, pour vivre, était mon souvenir ! "

Longtemps ainsi parlaient et la mère et la fille:

Rien ne rapproche plus qu'un deuil dans la famille. Et du cœur, ce jour-là, retrouvant les chemins, La mère et son enfant enlacèrent leurs mains !

Depuis, les vieilles cicatrices

Ont reçu le baume du temps;

L'effort des tâches rédemptrices

Fit des réveils réconfortants.

Au ciel, qu'a terni la défaite,

Passent des sourires de fête,

Et maintenant plus sûrs, plus forts,

Les deux peuples, fiers l'un de l'autre,

Disent : " Votre histoire est la nôtre :

Ensemble honorons nos grands morts ! "

Et la France, la vieille France, au cœur lyrique, Que toute juste cause eut le don d'émouvoir, Salue avec orgueil la France d'Amérique, Elle aussi qui sans peur sut remplir son devoir !

A chacune à présent sa vie, Ses destins parfois hasardeux !

Mais chacune se magnifie Dans la valeur commune aux deux !

Pour fêter la France-Nouvelle La vieille France, l'Immortelle, S'en vient tenant, d'honneur tissés, Les étendards les plus notoires, Des plus pures de ses Victoires De ses quinze siècles passés ! , j

Elle s'en vient, d'autant plus belle que meurtrie, Chez son enfant, blessée où l'ancien fer se sent, Devant Montcalm, martyr d'une double patrie, Longuement incliner son drapeau frémissant !

Elle dit : " Honneur au courage,

Même trahi par le succès î

A Montcalm, à vous tous hommage,

O vaillants Canadiens français ! "

Et ses drapeaux, où sont brodées

Tant et tant de nobles Idées,

S'inclinent devant la beauté

De ce qu'a de plus grand le monde,

Devant la Souffrance féconde,

L'Héroïsme et la Liberté !

Et chez vous, Canadiens, comme là-bas chez elle,

Devant Montcalm, avec ses généreux enfants,

Elle répète, à tous ses souvenirs fidèles :

" Gloire, gloire aux Vaincus, dans nos cœurs triomphants !

L'Erable

Dans vos vastes forêts croît un peuple innombrable De cèdres et de pins, d'ormes et de cyprès, Et pourtant seul, pour vous plus cher et vénérable, Seul de tant de géants, ô Canadiens ! l'érable De votre cœur reste plus près !

■1 Lorsqu'en ton triste exil ta mère, ô Crémazie, I T'envoyait du pays un peu de sucre aimé, | Comment y trouvais-tu des saveurs d'ambroisie ? * Pourquoi du sol natal soudain la poésie 1 Jaillissait-elle encore en ton sein ranimé ?

MRevoyais-tu là-bas, lorsque l'hiver s'achève ■Par la hache entaillés, tes arbres d'autrefois ? ^Lentement, au hasard des vieux sentiers, ton rêve Jfentendait-il tomber goutte à goutte la sève ■jR Au fond des "goudrelles" de bois ?

Croyais-tu, comme aux jours de l'enfance charmante. Sous quelque toit d'éccrce, à la flamme éclairé, Penché sur la chaudière où la liqueur fermente, Tirer la "micouenne" odorante et fumante, D'où s'effile un sirop pareil au miel doré ?

Te croyais-tu creuser le lit de neige pure, Où se fige, surpris, le clair suc végétal ? Et sentais-tu s'enfuir l'ennui qui te torture. Reverdir en tes sens la sauvage Nature, Quand tu mordais le fin cristal ?

Oui, c'était bien cela dont tu goûtais l'ivresse î C'était, venu vers toi pour charmer tes douleurs^. Ton Canada lointain, la terre enchanteresse, Dont l'arôme profond s'offrait à ta tendresse Dans ce sucre où l'érable avait fixé ses pleurs !

Ah î l'érable natal, si le Canadien l'aime, C'est qu'il y voit le fer jusqu'au cœur le meurtrir, C'est que sa race y cueille un héroïque emblème, C'est que tu t'y pourrais reconnaître toi-même, Peuple qui grandis à souffrir !

C'est que l'arbre avec toi, Peuple ! sent la morsure D'où coule sans tarir son suc doux et puissant ; C'est que, fils de l'épreuve où ta grandeur s'assure,. Tu portes comme lui l'éternelle blessure, D'où s'épanchent sans fin les vertus de ton sang !

Vive la Canadienne !

A Muuî-A. Rivard,

Pour "Elle", Canadiens, buvons de préférence ! Son brave et noble amour trois siècles vous aida î Fêtons des plus doux mots, des plus jolis de France, La Française du Canada î

Vive la Canadienne aux Canadiens si chère ï Son cœur de sacrifice est si large et viril ! Le long du Saint-Laurent les Jeanne de Verchère N'ont manqué jamais au péril !

Pour conquérir le sol, à vos côtés fidèle, Partout son pas s'inscrit où vous avez passé, Et la gerbe leva plus riante et plus belle Dans le sillon qu'elle a tracé !

34 LES DEUX FKANCES

Vive la Canadiene à la famille grande,

Mère dont croît l'orgueil au nombre des enfants,

Qui par sa généreuse, inépuisable offrande,

Vous fait plus forts et triomphants ï

Sa gaîté vous soutient, sa vaillance vous arme: Et qu'importe l'effort, la peine, quand sur vous Chaque jour au foyer brille d'un même charme L'éclat de ses "jolis yeux doux" !

Vive la Canadienne à la lèvre fleurie, Qui dans chaque logis, où renaît un espoir, Berce avec des chansons de la vieille patrie, Apprend des mots du vieux terroir !

Au nom de mon pays, vive la Canadienne, Qui sans bruit avec vous travaille à son succès ! Vive la vigilante et tenace gardienne De tout le trésor Français !

Vive la Canadienne et vaillante et si bonne ! Des fleurs de mon pays aux parfums les plus doux Je compose un bouquet, je tresse une couronne, Et je les jette à ses genoux î

Quenouille de France

A Mme J.-E. Prince.

Quenouille de ma France ancienne, Va trouver, comme aux anciens ans, La bonne hôtesse Canadienne A qui j'apporte mes présents !

Combien vis-tu de nos grand'mères, En filant la molle toison, Filer leurs vertus coutumières, Sans bruit, au cœur de leur maison !

Avec ma compagne et ses filles, Sous mon toit aussi, tu pus voir Le charme des vieilles familles, Si doux à la lampe du soir ï

Maintenant, emblème fidèle De labeur noble et d'amour fier, Là-bas, en la France-Nouvelle, Habite chez mon hôte cher ï

Va, ma domestique ouvrière,

Sans peur de voir tes soins trahis !

Là, dans la paix et la prière,

Tu te croiras au vieux pays !

Là vivent des cœurs purs qu'imprègne Le sage esprit que tu défends, Au foyer, où la mère règne Avec sa couronne d'enfants !

Là, des voix fraîches d'espérance, Pour aider le travail des doigts, Te chanteront des airs de France Comme on t'en chantait autrefois !

File encor, quenouille jolie, File encor plus solide, oui-dà ! Le fil d'amitié qui relie Ma vieille France au Canada !

Nos Fils

C'était l'éveil d'une aube agreste, Au Vaudreuil, près du Saint-Laurent ; Pour tout Français de France il reste Chez tout Canadien un parent. . .

Une mère à la blonde tresse Contemplait son fils sur le seuil ; Et l'enfant était toute ivresse, Et la mère était tout orgueil.

Et je " bonjourai " la fermière,

Au gentil enfant je souris :

L'amour inondait de lumière

Nos deux cœurs qui s'étaient compris.

— " Ah ! pourquoi, pourquoi je souris, Mère, à ton fils comme à toi-même ?

C'est qu'ouvrant ses yeux bleus fleuris, Ailleurs un petit garçon m'aime. . .

C'est que peut-être en ce moment, Près du fénil qui si bon fleure, Là-bas, dans mon verger Normand, Dans mon Vaudreuil, au bord de l'Eure,

Mon bel ami, pareil au tien, Dont les bras viennent de se tendre, Poursuit un pareil entretien Avec sa maman simple et tendre.

C'est que là, comme ici, " chez nous ", Près d'une autre bonne ouvrière, Dans la même langue, à genoux, Il a dit la même prière !

Et maintenant mon " petit fieu " Jase et s'ébat dans la charmille, Comme à la grâce du bon Dieu Un oisillon vole et babille.

Et notre bonheur est si grand, Qu'en y songeant, presque on en pleure Au Vaudreuil, près du Saint-Laurent, Au Vaudreuil, sur les bords de l'Eure,

Ce qui nous garde et nous défend, C'est la même vieille espérance :

Sous les traits d'un petit enfant Nous sourit encor de la France ! "

Coupe d'érable et vin de France

A M. W. Chapman

Ecoutez, Canadiens, mon rêve. Je voudrais Qu'un bon fort bûcheron dans vos fortes forêts, Où se tient le conseil des géants vénérables, Choisît pour la cognée un vieil arbre puissant, Par sa racine au sein du vieux sol s'enfonçant, Le plus vigoureux des érables !

Je voudrais qu'en sa fibre intime, tout au cœur

Du bois, où la vie a son mystère, un sculpteur,

Ayant de son pays toute l'âme sacrée,

Ciselât d'un art pur, agrandi par l'amour,

Avec tous les exploits de votre race autour,

Une belle coupe marbrée !

Cette coupe dirait tout le terroir natal, Et l'érable d'abord, saint et patriarcal, Que l'automne décore et de pourpre chamarre, Dont le feuillage au vent semble battre des mains, Et qui fait voleter partout sur vos chemins Les deux ailes de la samare !

Et, portant cette coupe à sa lèvre, on croirait Sentir monter encor tout l'arôme secret De ce cristal ambré, du sucre, de la "tire", Ce sucre aimé, que l'arbre avec joie, en pleurs lents, Laisse goutter par les blessures de ses flancs, Heureux et fier de son martyre !

Et cette coupe ainsi, même en fermant les yeux, Evoquerait, avec ses bois majestueux, Son grand flux végétal qui de partout se lève, N'enseignant que la vie et le royal effort, Tout le beau Canada, grave, héroïque et foit, Si plein d'avenir et de sève !

Voilà la coupe prête. A présent — n'est-ce nas ?— Vous voulez qu'on y mette au fraternel repas La lumière d'un vin de France qui pétille, Qu'on y savoure, avec son bouquet chaud et fin,

Messager de soleil et de gaîté, ce vin

Qu'on garde aux fêtes de famille î

Le vin de France ? Oh ! oui î toujours vous l'aimerez ! Et quels vins ? Tous sont beaux, ou vermeils ou dorés, Tous enfants radieux de glorieux vignobles î Et donc dans cette coupe au superbe contour Que la France, à grands flots généreux, tour à tour Verse tous ses crus les plus nobles !

Mais qu'elle y verse aussi de ce joli clairet, De ce petit vin franc qui se lampe d'un trait, Où revit des anciens la verve villageoise, De ce vin de terroir simple et provincial, Dont l'aïeul estimait le parfum cordial,

Le goût de fraise et de framboise !

Non ! Canadiens î le cep de France n'est pas mort î Prenez souvent, prenez le flacon cher, où dort L'esprit qui nous permet de nous bien reconnaîtra Et, comme recueillis dans un acte du cœur, Lentement, lentement épanchez la liqueur Qui vous rend l'âme de l'ancêtre !

Versez, versez souvent dans votre coupe un peu De ce vin qui scintille en des gemmes de feu, Diamant, escarboucle, améthyste ou topaze ! Et quand vous aurez bu le fier vin velouté, A votre âme viendront ou vaillance ou bonté, A vos lèvres la belle phrase î

Haut la coupe d'érable où pendent les raisins î Humons le vin Français, tous frères et cousins, Aux bords lointains, où ceux du vieux pays essaiment î Qu'ensemblent réunis, dans un geste fervent, Français et Canadiens, tour à tour la levant, Y retrouvent tout ce qu'ils aiment !

Maman et Grand'Mère

A M. Thomas Chapais,

Canadiens î voici le moment De fêter l'Enfant et la Mère !

Votre Maman, c'est votre terre, La France votre Grand'Maman !

Vive la terre Canadienne, A qui j'apporte mon bouquet !

Oui, si ma maman me manquait, Votre maman serait la mienne !

Votre maman a itant d'attraits, Belle sous sa double parure, Son manteau de blanche fourrure, Sa robe de vertes forêts !

Belle et grave comme une reine, Il ne semble pas étonnant Qu'à son charme, rien qu'en venant, Un Français de France se prenne !

Elle m'a bien vite conquis, Votre maman, l'enchanteresse :

Mais ce qui double ma tendresse, C'est, je crois, son parler exquis !

Pas de raison qui plus émeuve !

Si n'étaient là-bas mes amours, Ma maison parmi vous toujours Verrait couler l'eau du grand fleuve ï

Et donc d'abord, pieusement, Si plaisante et si regrettée, Quand je devrai l'avoir quitté, Je veux boire à votre Maman ï

Mais ce qui fait une lumière Bien douce aussi dans votre coeur, C'est la France au cher nom vainqueur, C'est, Canadiens, votre Grand'Mère î

Elle aurait bien droit aux répits ; Mais à sa tâche encor fidèle, La Grand'Mère rit, immortelle, Sous le pampre et sous les épis ï

Ses rivales ne peuvent taire Ce que sa jeunesse a valu :

Si la Grand'Mère avait voulu, Elle eût mangé toute la terre ï

Mais son honneur, c'est tout son bien ; Avec son cœur, digne d'apôtres, Elle a travaillé pour les autres Et pour elle n'a gardé rien !

Pour les plus ingrates besognes, Humaine, elle fut sans dédains, Prête à convertir en jardins Les Saharas et les Solognes ï

De belle humeur et de bonté Son visage garde l'empreinte ;

De ses mains, Tune est pour l'étreinte,

Et l'autre pour la charité.

Telle est son image éternelle Gravée en vos cœurs sans oubli, Sous les plis du Drapeau joli Si vaillante et si maternelle !

Levons donc vers des cieux cléments, Canadiens, fiers de votre histoire, La coupe propitiatoire En l'honneur de nos deux Mamans î

Aux poètes canadiens-français

A M. Pamphile LeMay.

Silence sur le lac, sur la forêt silence !

L'arbre et le flot, d'abord chargés de somnolence,

Semblent ne rien savoir des merveilleux frissons;

Mais qu'un souffle de ciel attendri les effleure

Puis d'autres plus pressants, plus amples; tout à l'heure

Le lac et la forêt vont s'emplir de chansons !

Et votre terre aussi ne peut vivre muette, Canadiens î Voici qu'une âme de poète Aux fils des vieux trappeurs commence à tressaillir, Et, plusieurs entonnant déjà d'heureux préludes, Du mystère profond des vastes solitudes

Mille échos d'amour vont jaillir !

Et les grandes cités se baignant au grand fleuve,

Et les bois et les champs, fiers de la moisson neuve,

Tout va prendre une voix musicale, un esprit:

Déjà nous entendons la lointaine cadence,

Et nous disons, charmés: "Parmi ces fleurs de Franco

"Qu'annonce le printemps, qui, là-bas, nous sourit ? "

Mais, surtout, frères, — oh î surtout î — restez vous-mêmes £ Vos pères se plaindraient que vous les reniez ! N'enviez point l'art fin de nos jolis poèmes ! Restez les rudes fils des anciens pionniers !

De la grave nature aimez le charme austère: Ouvrez le sillon large avec les socs tranchants, Aspirez tout entier l'arôme de la terre Et faites-le passer tout entier dans vos chants !

Des blés drus et vaillants honorez les faucilles ï

Dites la forte vie au sein des forts travaux,

Et le chêne touffu des fécondes familles

Où quelque nouveau nid pend à tous les rameaux l

Dites l'enfance belle, et la chère patrie,

Et les simples ferveurs joyeuses d'autrefois,

Et, rassemblés autour de l'Ancêtre qui prie,

Tous les Espoirs puissants, toutes les nobles Fois î

Marchez droit devant vous, aux fiers amours fidèles, Sans égarer vos pas dans les sentiers obscurs, Et librement, dans la lumière, à grands coups d'ailes, Faites monter vers Dieu l'hymne de vos coeurs purs !

Et lorsqu'au cours des temps, un soir de lassitude, Nous nous serons couchés, peut-être, en l'attitude Des vaincus de la vie aspirant au sommeil, Quand sur le flot troublé des mers occidentales, Nos yeux, sentant fraîchir l'ombre des nuits fatales, Penseront voir s'éteindre un suprême soleil,

Que l'un de vous, alors, chanteurs de l'Autre France, Se lève ! Qu'il s'en vienne à notre délivrance î Qu'il se penche sur nous, et, prenant notre front, Prenant nos faibles mains dans ses mains fraternelles^ Qu'il nous réconcilie aux œuvres éternelles Avec des mots anciens qui nous rajeuniront î

Et soudain, à l'attrait du chant qui régénère, Dégagés des lourdeurs d'un vieux sang millénaire, Nous ouvrirons nos bras à de nouveaux. destins, Et pour de beaux départs nous déploirons nos voiles,. Et contemplant au ciel tout un lever d'étoiles, Nous croirons au réveil de glorieux matins.

La petite main

A Antoine Rivard,

Lés adieux ont moins de faiblesse, L'œil ne se mouille qu'à demi, Sachant derrière soi qu'on laisse Uu grand ami !

Au départ, ta main dans la mienne, Fils de mon hôte au regard bleu, Ta petite main Canadienne Me dit adieu !

Parmi tant de mains, dont l'étreinte Souffre et peine à se dés unir, La tienne en moi met plus l'empreinte Du souvenir !

Ta petite main déjà ferme, Où coule et s'apprête à l'effort Sous la douceur de l'épiderme Un beau sang fort !

Ta petite main vigoureuse Qu'on sent bien celle d'un lutteur, Mais qui semble aussi, généreuse, Donner ton cœur !

Ta petite main déjà fière, Qui, pour montrer ce que tu crois, Sait sur ton front dans la lumière Signer la croix !

Oui! quand, retournant vers ma France, Dans mes doigts je prends, en rêvant, Ta petite main d'espérance, O bel enfant !

Ta petite main que je serre, C'est ta race entière en ma main, Le Canada brave et sincère D'après-demain !

OniversiÉas

CANADIANA

pttavier***

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