LES FUNERAILLES
C'était l'heure fatale. A la fortune Anglaise Un traître avait frayé l'accès de la falaise ; Mais quand sur le sommet l'Habit Rouge apparut, Montcalm, simplement, comme un héros de Corneille, S'était armé, fidèle au devoir qui conseille, Docile à l'ordre : "Qu'il mourût !"
Puis, quand il eut tout fait pour retarder la fuite, Des plaines d'Abraham, où dans l'âpre poursuite Chantaient des Ecossais les pibrochs triomphants,
Il était revenu, tout sanglant, pâle et grave,
Image de la France expirante, mais brave,
Parmi ceux de Québec qu'il nommait "ses enfants'1
Et le soir, aux lueurs des torches, dans la tombe Que venait au soldat de creuser une bombe, On le couvrit des Lys du suprême drapeau ; Et des pleurs sanglotaient dans l'ombre de l'église. Il semblait qu'avec lui, sans plus d'espoir, fut mise La France elle-même au tombeau !
En vain Lévis voulut encor d'une victoire Réparer cette erreur au livre de l'Histoire, Voulut du nom Français ressusciter l'orgueil ; Sur le pays entier que l'abandon accable, L'Ange de la Défaite, à jamais implacable, Etendit lourdement sa grande aile de deuil.
Ton cap, Champlain, marqué de la Croix de Saint-George, Montréal pris, Beaupré flambant comme une forge, Ces champs neufs saccagés, qu'un pacte vil céda, Aux derniers défenseurs qu'un dernier brick emporte, Tout disait, triste et sombre: "Adieu, la France est morte ! La France est morte au Canada !"
POÉSIES FRANCO-CANADIENNES 2ï>