ACTE SECOND
LE CAPITAINE
Elle est un peu brusque, mais je suis fait à ses manières. — Je n’ai jamais voulu me marier, moi.
LE DOCTEUR
Tant-pis pour vous.
LE CAPITAINE
Âh , oui 1 je serais bien avancé si j’avais une femme boudeuse , qui semblât me dire à chaque regard sombre qu’elle jetterait sur moi : — « Hum ! » le voilà encore avec sa goutte , grognant , tour- » mentant , et je suis condamnée à rester à ses » côtés ». Ah ! le mariage a des peines si cruelles!
LE DOCTEUR
Et des plaisirs si doux ! — N’avez-vous jamais assisté à la célébration du jour de naissance d’un bon père de famille ?
Non, jamais.
LE DOCTEUR
Les enfans guettent à la porte l’instant de son réveil : la joie fait palpiter leurs coeurs. — Ils répètent , à voix basse , la formule de leur félicitation. — On ouvre : ils entrent parés , moins encore de leurs habits de fête que des grâces de leur âge 5 baisent les mains paternelles, récitent leur petit compliment, ou chantent des couplets qui paraissent toujours cliarmans à celui à qui on les adresse. — Le père attendri , les prend sur ses genoux, les presse entre ses bras , reçoit avec trans-
port leurs caresses innocen tes, et les couvre des plus doux baisers, — tandis que la mère cachée dans un coin de la chambre , cette tendre mère qui suivait tous leurs mouvemens, secourait furtivement leur mémoire incertaine , et n’osait qu’à peine respirer, jouit de ce spectacle enchanteur , s’admire' dans son ouvrage , et verse des pleurs délicieux.
LE CAPITAINE, attendri.
Oui , cela doit être touchant ; — mais parlons d’autre chose.