ACTE TROISIEME. 5q
CHARLOTTE
Ici, personne! ( elle apperçoit madame Wolf qui est trop occupée pour prendre garde à elle. )
mad. w O L F à elle-même.
Il est bien dur d’être obligée de se contenter d’une partie, quand on espérait avoir le tout. (Elle reploie sa lettre. Charlotte tousse pour se faire remarquer. Madame Wolf parle avec humeur, et en serrant la lettre à côté de sa poche , elle la fait tomber sous la table.) Qui est donc là?
CHARLOTTE
Pardon , si je vous dérange.
mad.' wolf.
Qui êtes - vous ? que voulez - vous ?
CHARLOTTE
Je désirerais parler au Capitaine.
mad. WOLF, vivement.
Au Capitaine ? Qui vous attire chez lui ?
CHARLOTTE
C est aujourd’hui l’anniversaire de sa naissance, et je viens le féliciter.
mad. wolf.
Ah! voila l’avantage de la richesse! Un pauvre homme aurait dans l année dix ou douze fêtes semblables, que personne n’y penserait. Eh ! ma petite demoiselle , que vous fait donc , je vous prie , lafete du Capitaine 5 — en quoi vous intéresse-t-elle?
CHARLOTTE
Oh ! pour cela, je le lui dirai bien moi-même.
6o LES DEUX FRERES ,
mad. wolf.
Mais voyez donc un peu comme cela répond?
( elle la contrefait ) je le lui dirai bien moi-même! — Apprenez, ma petite, que je suis ici la maîtresse; et que c’est à moi seule que vous devez vous adresser.
CHARLOTTE
Je vous demande pardon , madame, — j’ignorais que mon oncle fût marié.
mad, w Q L F , étonnée.
Mon oncle! — Vous seriez.... oui, oui, c est sa physionomie; c’est mademoiselle Bertrand.
C’est moi-même.
mad. wolf.
Oui, oui. — Elle ressemble à feu sa mère* : ce sont ses traits.. . . 1
CHARLOTTE, avec intérêt.
Vous avez connu ma mère?
mad. Wolf.
Oui. ... un peu de vue. — Mais , mon Dieu ,
mademoiselle, que venez -vous donc faire ici? Ignorez-vous que le Capitaine ne veut rien voir ni rien entendre de tout ce qui tient à sa famille ?
CHARLOTTE
Autrefois, Madame; — mais aujourd’hui que y ce fatal procès est terminé. . . .
mad. WOLF, avec crainte.
Comment? — terminé tout-à-fait?