‹ Les deux frèresChapitre 53 sur 77 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

CHARLOTTE

Mon cher oncle! je ne vois que la main que vous me présentez. “Je veux la garder cette main j jo mouillerai de mes larmes le don que vous m offrez, mais en vous suppliant de le reprendre.

LE CAPITAINE

Ah ! ah ! jeune fille ! tu es orgueilleuse !

CHARLOTTE

Je le serai si vous m’accordez votre bienveillance. Ah! voyez cette fille que vous appelez orgueilleuse tomber à vos genoux pour vous supplier de lui accorder un regard! — Ma bonne mère n’a pu me laisser que ses traits. — Mais ces traits vous rappellent ceux d’une amie qui depuis long-temps n’existe plus. Ah! que ce souvenir attendrisse votre cœur et me rende un second père !

LE CAPITAINE ? la regardant plusieurs fois à la dérobée avec attendrissement , puis se tournant vers Buller.

Buller ! elle ressemble beaucoup à sa mère! Je n’y résiste plus : — emmène-la d’ici.

BULLE R, sanglotant.

Est-ce que je le peux?

LE CAP IT AIN E, pleurant.

Je crois que tu pleures, Buller? Je t’en prie, aide-moi à m’en débarrasser.

BULLER, tout en pleurs va relever Charlotte par-derrièr0 et la place dans les bras de son oncle en lui disant ;

Allez-vous-en , mam’zelle.

y 2 LES DEUX FRÈRES,

CHARLOTTE, l’embrassant.

Mon cher oncle !

LE CAPITAINE, résistant faiblement.

Arrêtez , ma nièce. — Buller, voilà ce qui s’appelle être entraîné par le courant sans boussole ni gouvern ail.

CHARLOTTE, avec transport.

Mon oncle 1 — Je vois dans vos yeux. .. . Ah l toutes vos pièces d’or ne valent pas cette larme. LE CAPITAINE.

Eh bien ! oui : tu m’as vaincu. — Charlotte, va sur le tombeau de ta mère lui en rendre grâces. Eorsqu’en revenant du temple je me présentai devantsonlit en lui tendant la main, elle la serra entre les siennes : je m’en souviens ^ elle avait justement ton maintien , ton air de visage. — Mon cher frère , me dit-elle, je te recommande cet enfant , si je viens à mourir. ( La douleur l’empêche d® parler, enfin il dit avec précipitation : ) Un mois après, elle n’existait plus. ( après une pause) Viens mon enfant, viens sur mon cœur.

( Charlotte tombe dans ses bras. )

Page 1