‹ Les deux frèresChapitre 20 sur 23 · PHILIPPE FAIT DES TROUS A LA LDNB. . ISS · texte numérisé non relu

PHILIPPE FAIT DES TROUS A LA LDNB. . ISS

dant plusieurs soirées discuté avec la Descoings les moyens de gagner de Targent par son travail. Déjà la pauvre mère avait été demander de la tapisserie à remplir, au Père de famille, ouvrage qui donne environ vingt sous par jour.

Malgré la profonde discrétion de sa nièce , la Descoings avait bien deviné le motif de cette envie de gagner de Targent par un travail de femme. Les changements de la physionomie d'Agathe étaient d'ailleurs assez éloquents : son frais visage se desséchait. La peau se collait aux tempes , aux pommettes, et le front se ridait. Les yeux perdaient de leur limpidité. Évidemment quelque feu intérieur la consumait. Elle pleurait pendant la nuit. Mais ce qui causait le plus de ravages , était la nécessité de taire ses douleurs , ses souffrances, ses appréhensions. Elle ne s'endormait jamais avant que Philippe ne fût rentré, elle Tentendak dans la rue , elle avait étudié les variations de sa voix, de sa démarche, le langage de sa canne traînée sur le pavé. Elle n'ignorait rien : elle savait à quel degré d'ivresse il était

arrivé. Elle tremblait , en l'entendant trébucher

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dans les escaliers ; elle y aTait une nuit ramatié des pièces d'or à l'endroit où il s'était laissé tomber. Qoant il avait bu ei gagné , sa toîk était enrouée, sa canne traînait. Mais quand il aTait perdu , son pas avait quelque cbose de sec , de net, de furieux; il chantonnait d'une voix claire et tenait sa canne eo l'air, au port d'arœes. Au déjeuner, quant il avait gagné, «a contenance était gaie et presque affectueuse; il badioaît avec grossièreté, mais il badinait avec la Descoings, avec son frère et avec elle. Sombre, au contraire, quand il avait perdu , sa parole brève ei saccadée, son regard dur, sa tristesse eirayaieni. Cette vie de débauche et l'habitudedes liqueurs changeaiait de jour en jour sa physionomie jadis «i belle. Les veines du visage étaient injectées de sang, les traits grossissaient , ses yeux perdaient leurs cils et se desséchaient. Enfin , peu soigneux de sa personne, il exhalait les miasmes d'estaminet, une odeur de bottes boueuses qui, pour un étranger, eât semblé le sceau de la crapule.

— Vous devriez bien , dit la Descotngs à Philippe dans les premiers jours dedécembre , vous

PBlLiPPE FAIT DES TROUS A, LA LOUE. ISS

faire faire des vêtements œufs , de la tête anx pieds.

— Et qui les payera? répondit^! d'une voix aigre. Ma pauvre mère n'a plus le sou ; moi j'ai cinq cents francs par an. Il faudrait un an de ma pension pour avoir des habits , et j'ai engagé ma pension pour trois ans. . .

— Et pourquoi ? dit Joseph.

— Une dette d'honneur. Giroudeau avait pris mille francs à Florentine pour me les prêter... Je ne suis pas flambant^ c'est vrai; mais quand on pense que Napoléon est à Sainte-Hélène et vend son argenterie pour vivre , les soldats qui lui sont tidèles peuvent bien marcher sur leurs tiges, dit-il en montrant ses bottes sans talon. Et il sortit.

— Ce n'est pas un mauvais garçon, dit Agathe ; il a de bons sentiments.

^On peut aimer l'empereur , dit Joseph , et faire sa toilette. S'il avait soin de lui-même et de ses habits, il n'aurait pas l'air d'un va-nupieds !

— Joseph, il faut avoir de l'indulgence pour

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ton frère, dit Agathe. Tu fais ce que ta veax, toi! tandis qu'il n*est certes pas à sa place.

—-Pourquoi Fa-t-il quittée? demanda Xosepfa.

Qu'importe qu'il y aitles punaises de Louis XYIII ou Toiseau de Napoléon sur les drapeaux , si ces chiffons sont français? La France est laFrancel Je peindrais pour le diable , moi ! Un soldat doil se battre, s'il est soldat, pour Tamour de Tart ! Et s'il était resté tranquillement à l'armée , il serait colonel aujourd'hui ...

Vous êtes injuste pour lui, dit Agathe. Son père qui adorait Fempereur l'eût approuvé. Mais enfin il consent à rentrer dans l'armée! Dieu sait ce que nous coûte le chagrin qu'il en a...

Joseph se leva pour monter à son atelier ; mais Agathe le prit par la main , et lui dit : — Sois bon pour ton frère , il est si malheureux !

Quand l'artiste revint à son atelier, suivi par la Descoings qui lui disait dé ménagerla susceptibilité de sa mère, en lui faisant observer combien elle changeait , et combien de souffrances intérieures ce changement révélait, ils y trouvèrent Philippe , à leur grand étonnement*

PHILIPPB F4IT DBS TROUS A L4 LUNB. tS7

— Joseph , mon petit , lut dit-il d'un air dégagé , j*ai bien besoin d'argent. NomM'une pipe, je dois pour trente francs de cigares à mon bureau de tabac , et je n'ose point passer devant cette maudite boutique sans les payer. Voici dix fois que je les promets.

— Eh bien ! j*aime mieux cela , répondit Joseph, prends dans la tète.

— Hais j'ai tout pris, hier au soir, après le dhier.

— H y avait quarante-cinq francs,..

— Eh bien oui , c'est bien mon compte , répondit Philippe , je les ai trouvés. Ai-je mal fait? reprit-il.

— Non, mon ami, non, répondit Tartiste.

Si tu étais riche, je ferais comme toi ; seulement, avant de prendre, je te demanderais si cela te convient.

— C'est bien humiliant de demander, reprit

Philippe; j'aimerais mieux te voir prendre comme

moi , sans rien dire : il y a plus de confiance.

À l'armée , un camarade meurt ; il a une bonne

paire de bottes, on en a une mauvaise, on change.

118 PHILIPPE FAIT DBS TROUS A LA LDIIB.

^•^ Oui, tnâis on ne la lui prttid pat quand il esl vivant*!

— Oh ! d08 petileMes, reprit Philippe en haussant les épaules. Ainsi « tu n^en a pas?

— Non , dit Joseph qui ne voolail pas montrer sa cachette.

-«Eh ! attends quelques jours, dit la Descoings, nous serons riches.

-^Oui, vous, vous croyez que votre terne sortira le 25 , au tirage de Paris. Il faudra q«e vous fassiez une fameuse mise si vous voulez vous enrichir tous.

—-Un quaterne sec de deux cents francs donne trois millions , sans compter les ambes et les extraits déterminés.

-^ A quinze mille fois la mise , oui ^ c^est juste deux cent Irancs qu'il vous faut ! s'écria Philippe.

La Descoings se mordit les lèvres , elle avait dit un mot imprudent.

COIIENT 8*ALTtRE LE SENTIIENT liTERKEl.

Philippe, en sortant, se demandait inténeare<» ment : Où cette vieille sorcière peut-elle cacher Fargent de sa mise ? Cest de l'argent perdu , je remploierais si bien ! avec quatre masses de bO franes on peut gagner 200,000 francs !

£t il cherchait en lui-même la cachette probable de la Descoings. La veille des fétes« sa mère allait à Téglise et y restait longteinps ; elle s'y confessait sans doute et s*y préparait à eonimunier. On était à la veille de Noël ; la Descoings

140 COMMENT S^LTÈSE

devait sans doute aller acheter quelques friandises pour le réveillon. Mais aussi peut-être ferait-elle en même temps sa mise*. La loterie avait un tirage de cinq jours en cinq jours , aux roues de Bordeaux , de Lyon , de Lille , de Strasbourg et de Paris. La loterie de Paris se tirait le S5 de chaque mois, et les listes se fermaient le 24 à minuit. Le soldat étudia toutes ces circonstances et se mit en observation. Vers midi , Philippe revint au logis, d*où la Descoings était sortie ; mais eUe en avait emporté la clef. Ce ne fut pas une diffi* culte. Philippe feignit d'y avoir oublié quelque chose , et pria la portière d'aller chercher elle^ même un serrurier qui demeurait à deux pas, rue Guénégaud, et qui vint lui ouvrir la porte. La première pensée du soudard se porta sur le lit : il le défit, tâta les matelas avant d'interroger le bois, et au dernier matelas il palpa les pièces d'or enveloppées de papier. Il eut bientôt décousu la toile, ramassé vingt napoléons; puis, sans prendre la peine de recoudre la toile, il refit le lit avec assez d'habileté pour que la Dëscoings ne s'aperçût de rien. Le joueur détala d'un pied

LE SENTIMENT MATERNEL. 14i

agile, en se proposant de jouer à trois reprises différentes, de trois heures en trois faenres, chaque fois pendant dix minutes seul^nent.

Les vrais joueurs, depuis 1786, époque à laquelle les jeux publics furent inventés, les grands joueurs que Fadministration redoutait , et qui ont mangé, selon Texpression des tripots, de l'argent à la banque, ne jouaient jamais autrement. Mais avant d'obtenir cette expérience, on perdait des fortunes. Toute la philosophie des fermiers et leur gain venaient de impassibilité de leur caisse, des coups égaux appelés le refait, et de rinsigne mauvaise foi autorisée par le gouvernement qui consistait à ne tenir, à ne payer que facultativement les enjeux des joueurs. En un mot, le jeu , qui refusait la partie du joueur riche et de sang-froid , dévorait la fortune du joueur assez sottement entêté pour se laisser griser par le rapide mouvement de celte machine. Les tailleurs de trente et quarante allaient presque aussi vite que la roulette.

Philippe avait fini par acquérir ce sang-froiol de général en chef qui permet de conserver Toeil

14» GOiniESfT S'ALTkRB

€kâr et l'îiiteiligence nette aa mîliev du tourbillon des ehoses. Il était arrivé à cette haate politique du jeu qui , disons-le en passant , faisait vivre à Paris un millier de personnes assez fortes polir contempler tons les soirs un abîme sans avoir le vertige. Avec ses quatre cents francs , Philippe résolut de faire fortune dans cette journée. Il mil en réserve deux cents fraucs dans ses bottes , et garda deux cents francs dans sa poche* A trois heures , il vint aux salons maintenant occupés par le théâtre du Palais-Royal , où les banquiers tenaient les plus fortes sommes. Il sortit une demi-heure après ^ riche de sept mille francs. Il alla voir Florentine , à laquelle il devait cinq cents francs; il les lui rendit, et lui proposa de souper au Rocher de Cancale , après le spectacle. En revenant , il passa rue du Sentier , au bureau du journal , prévenir son ami Giroudeau du* gala projeté.

A six heures, Philippe gagna vingt-cinq mille francs, et sortit au bout de dix minutes en se tenant parole^ Le soir, à dix heures, il avait gagné soixante et quinze mille francs.

LE SeatTIMENT MATERNEL. |43

Après le «ouper qui fut faaagnîfique , ivre et confiant, Pbilippe revint au jeu vers minuit. Il joua , coDtro la loi qu'il s'était imposée , pendant une heure , et doubla sa fortune. Les banquiers à qui , par sa manière de jouer , il avait extirpé icent cinquante mille francs , le regardaient avec intérêt.

— Sortira*t-il , restera-t-il ? S*il reste , se disaient-ils par un regard , il est perdu.

Philippe crut être dans une veine de bonheur , et il resta. Vers trois heures du matin , les cent cinquante mille francs étaient rentrés dans la caisse des jeux. L'officier , qui avait considérablefuent bu de grog en jouant , sortit dans un état d'ivresse que le froid , par lequel il fut saisi , porta à un haut degré. Un garçon de satle le suivit , le ramassa , et le conduisit dans une de ces horribles maisons qui ont un réverbère où se lisent oes mots : Ici en loge à lanuii^ Le garçon paya pour le joueur rainé , qui 'fut mis tout habillé sur wêl lit , et oè il resta jusqu'au soir de Noël. Hiflippe ne s'éveilla qu'à sept heures , ha bouche pâteuse , la figure eniée , et en proie à

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Qne fièvre nenreuM. La force de «on tempérament lui permit de regagner à pied la maison msh temeile où il avait , sans le vouloir, mis ledettil, la désolation , la misère et la mort.

La veille, lorsque son dtner fut prêt, la Descoings et Agathe attendirent Philippe pendant environ deux heures. On ne se mit à table qeCk sept heures. Agathe se couchait presque toujours à dix heures : mais comme elle voulait assister à la messe de minuit , elle passa dans sa chambre, aussitôt après le diner. La Descoings et Joseph restèrent seuls au coin du feu, dans ce petit salon qui servait à tout , et la vieille femme le pria de lui calculer sa fameuse mise , sa mise monttre , sur le célèbre terne. Elle voulait jouer les ambes et les extraits déterminés, enfin réunir toutes les chances. Après avoir bien savouré toute la poésie de ce coup , avoir Versé les deux cornes d'abondance aux pieds de son enfant d'adoption , et lui avoir raconté ses rêves en démontrant la certitude du gain , en ae s'iuquiétant que de la difficulté de soutenir un pareil bonheur, de l'attendre depuis minuit jusqu'au len-

LE SENTIMENT MATERNEL. i4S

demain dix heures, Joseph qai ne Toyatt pas les quatre cente francs de la mise , s'avisa d'en parler. La vieille femme sourit et Temmena dans Tancien salon , devenu sa chambre.

— Tu vas voir 1 dit-elle.

Elle défit assez précipitamment son lit , et chercha ses ciseaux pour découdre le matelas. Elle prit ses lunettes, examina la toile, la vit défaite et lâcha le matelas. En Tentendant jeter un 80upir venu des profondeurs de la poitrine et comme étranglé par le sang qui se porta au coeur, Joseph reçut la vieille actionnaire de la loterie dans ses bras , et la mit sur un fauteuil évanouie.

— Ma mère ! cria-t-il.

Agathe se leva , mit sa robe de chambre , accourut, et à la lueur d'une chandelle , elle fit à sa tante évanouie les remèdes vulgaires : dé Teau de Cologne aux tempes, de Teau froide au front ; elle lui brûla une plume sous le nez, et la vit enfin revenir à la vie.

— Ils y étaient ce malin ! 11 les a pris , le monstre I

14« COMMENT s'ALltRB

— Quoi ? dit Josepli.

— J'avais vingt louis dans mon matelas , mes économies de deux ans ; Philippe seni a pu les prendre...

— Mais quand ? s*écria la pauvre mère accablée, il n'est pas revenu depuis le déjeuner.

— Je voudrais bien me tromper , s'écria la vieille. Mais ce matin , dans Tatelier de Joseph, quand j'ai parlé de ma mise , j'ai eu un pressentiment, j'ai eu tort de ne pas descendre prendre mon petit saint-frusquin pour faire ma mise à l'instant. Je le voulais , et je ne sais plus ce qui m'en a empêché. Oh ! mon Dieu ! je suis allée lui acheter des cigares !

—Mais, dit Joseph, l'appartement était fermé. D'ailleurs, c'est si infôme que je ne puis y croire. H vous aurait espionnée, il aurait décousu votre matelas, il aurait prémédité... non !

— Je les ai sentis ce matin en faisant mon lit, après le déjeuner, répéta la Descoings.

Agathe, épouvantée , descendit et demanda si Philippe était revenu pendant la journée. La portière lui raconta le roman de Philippe. La

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mère, frappée au cœur, revint entièrement changée. Au88i blanche que la percale de sa chemise, elle marchait comme on se figure que doivent marcher les spectres , sans bruit , lentement et par Teffet d'une puissance surhumaine , presque mécanique. Elle venait un bougeoir à la main, qui Téclairait en plein , montrer ses yeux fixes d'horreur. Sans le savoir, ses cheveux s'étaient éparpillés par un mouvement de ses mains sur son front. Joseph resta cloué par Tappariiion de ce remords, par la vision de cette statue de l'épouvante et du désespoir.

— Ma tante, dit-elle , prenez mes couverts, j'en ai six , cela fait votre somme. Je Tai prise pour Philippe , j'ai cru pouvoir la remettre avant que vous ne vous en aperçussiez. Oh! j'ai bien souffert.

Elle s*assit. Ses yeux secs et fixes vacillèrent alors un peu.

— C'est lui qui a fait le coup , dit la Descoings tout bas à Joseph.

— Non, non, reprit Agathe. Prenez mes couverts, vendez-les, ils me sont inutiles ; nous mangeons avec les vôtres.

U8 COMKENT S^LTÈRE

Elle alla dans 8a chambre , prit la botte à couverts, la trouva légère , Touvrit et y trouva une reconnaissance du mont-de- piété. La pauvre mère jeta un horrible cri. Joseph et la Descoings accoururent, virent la boite, et le sublime men~ songe de la mère devint inutile. Tous trois se regardèrent et restèrent silencieux... En ce moment, par un geste presque fou , Agathe se mit un doigt sur les lèvres pour recommander le secret que personne ne voulait divulguer. Ils revinrent devant le feu dans le salon.

— Tenez, mon enfant, dit la vieille Descoings, je suis frappée au cœur, mon terne sortira, j^en suis sûre. Je ne pense plus â moi, mais à vous. £h bien! votre enfant est un monstre, il ne vous aime point, malgré tout ce que vous faîtes pour lui. Si vous ne prenez pas de précautions contre lui, le misérable vous mettra sur la paille. Promettez-moi de vendre vos rentes , d'en réaliser le capital et de le placer en viager. Joseph a on bon état qui le fera vivre. En prenant ce parti, ma petite , dit-elle à Agathe , vous ne serez jamais à la charge de Joseph. M. Desroches veut

LE SENTIMENT MATEtniEL. U{>

établir son fHs. Le petit Desroches ( il avait alor» vingt- six ans), a trouvé une étude, il vous prendra vos douze mille francs à rente viagère. Joseph saisit le bougeoir de sa mère et monta précipitamment à son atelier , il en revint avec trois cents francs : ' — Tenez, maman Descoings, dit-il en lui offrant son pécule, nous n'avons pas à rechercher ce que vous faites de votre argent, nous vous devons celui qui vous manque-, en voici une partie !

— Prendre ton pauvre petit magot , le fruit de tes privations qui me font tant souffrir ! Es-tu fou, Joseph? s'écria la vieille actionnaire de la loterie royale de France visiblemebt partagée entre sa foi brutale en son terne et cette action qui lui semblait un sacrilège.

— Oh ! faites-en ce que vous voudrez , dit Agathe que le mouvement de son fils émut aux larmes.

La Descoîngs prit Joseph par la tête et le baisa sur le front : — Mon enfant , ne me tente pas... Tiens , je perdrais... C'est des bêtises , la loterie !

Jamais rien de si héroïque n'a été ditéans les drames inconnus de la vie privée. En ce moment, les cloches de la messe de minuit sonnèrenl.

— Et puis, il n'est plus temps.

— Oh 1 dit Joseph, YoiU vos calculs de cabale ! Le généreux artiste saula sur les numéros ,

' s'élança dans l'escalier et courut faire la mise. Quand il ne fut plus là , Agathe et la Descoings fondirent en larmes.

•— 11 y va, le cher amour ! s'écriait laj oueuse. Mais ce sera tout pour lui , car c'est son argent !

Mafheureusement Joseph ignorait entièrement la situation des bureaux de loterie que , dans ce temps, les habitués connaissaient dans Paris \:omme aujourd'hui les fumeurs connaissent les débits de tabac. Le peintre alla comme un fou regardant les lanternes. Lorsqu'il demanda à des passants de lui enseigner un bureau de loterie , on lui répondit qu'ils étaient fermés ; mais que celui du perron au Palais-Royal restait quelquefois ouvert un peu plus tard. Aussitôt, l'artiste vola vers le Palais-Royal où il trouva le bureau fermé.

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