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J'avais promis à Henri de le rejoindre à quelques lieues , et de le présenter moimême au docteur, dont il n'avait conservé qu'un souvenir d'enfance, et qu'il craignait de ne pas reconnaître. Mais je ne voulais pas m'en aller ostensiblement avec lui, afin de ne pas affliger ses parents, qui auraient pu soupçonner notre petit complot.

Je pris donc la route de Varennes; mais bientôt j'appuyai sur la droite, par la traverse, et les jambes de mon cheval me firent atteindre la diligence avant son arrivée à la ville.

Nous trouvâmes le docteur à moitié guéri de son entorse, mais obligé de se servir d'une canne pour marcher, ce dont il maugréait fort. Il vint à nous et me tendit la main ; son visage souriant me demandait clairement :

— Est-ce lui?...

— C'est lui; c'est M. Henri Noël.

Le jeune homme salua avec un peu d'embarras.

— Vous ne me reconnaissez pas, Henri ?

— Je sais tout, monsieur ; vous étiez meilleur ami de mon pauvre grand-père, et vous avez vu mourir mon père et ma sœur... Mais vos traits...

— J'ai vieilli, mon enfant... Il y a douze ans que votre père est mort... Tenez, regardez ce portrait!

— Ah! celte fois, je vous reconnais ; vous voilà bien comme je me souviens de vous avoir vu.

— J'ai promis à Petiote, à votre sœur Louise, de vous servir de père... En quoi puis-je vous être utile?... Parlez-moi franchement, comme vous feriez à votre père.

Henri hésitait; le docteur s'en aperçut, et lui prenant la main :

— Voyons, lui dit-il, n'ayez pas défausse honte avec moi ; songez que je vous ai vu naître...

— Oh ! monsieur, ce n'est pas à une honte

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déplacée qu'il faut attribuer mon embarras, veuillez le croire.. = Je voudrais me faire soldat ; mais les bons parents qui ont eu soin de mon enfance s'opposent à ce projet, et pourtant, je n'ai que ce moyen de réussir. . .

— Quel est votre but?

A la vue de la gène où cette question directe jetait le jeune homme, je me levai pour sortir afin de laisser toute liberté à ses confidences; mais il me supplia de rester.

— Eh bien ! lui dis-je, puisque vous le voulez, je vais parler pour vous!

Je racontai alors au docteur tout ce que j'avais appris.

Lorsque j'eus terminé, le digne homme réfléchit quelques instants, puis il demanda gravement :

— Petiote aurait-elle approuvé cet amour?

- Elle le connaissait, monsieur, et elle approuvait mon projet.

— C'est bien ! ... Ne vous inquiétez plus . . . il sera fait comme vous le désirez. Je me

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charge de tout auprès de vos parents... à une condition,..

Henri attendait dans une anxiété fébrile.

— Vous aurez toute votre vie présent à l'esprit le souvenir de votre sœur, qui est morte, non de maladie, mais bien martyre de son devoir.

— Oh I je vous le promets... Je n'ai pas passé un seul jour de ma vie sans songer à elle, à sa tendresse maternelle pour moi, et à son admirable dévouement.

— Demain, j'irai avec vous aux Islettes... A quelques jours de là, Henri Noël étal*

soldat.

Chaudement recommandé au colonel de son régiment par le docteur, le frère de Petiote se conduisit toujours de manière à mériter les éloges de ses chefs. Brave et intrépide, il se distingua en Afrique dans plusieurs rencontres, et y [gagna l'épaulette. La guerre de Crimée le fit capitaine. ; .

11 revint aux Islettçs.

Claire avait été fidèle à son souvenir. Dell 16*

venue maîtresse de ses actions par la mor; de son père, elle accueillit avec bonheur son fiancé, et bientôt le capitaine conduisit à l'autel l'amie de s'a jeunesse. Tout était expliqué maintenant pour ses vieux parents, et, à la vue du bonheur de Henri, les deux vieillards bénissaient le souvenir de Petiote, qui manquait à la fête, ainsi que le docteur L**\ La mort l'avait cependant assez attendu pour qu'il pût jouir des succès de son protégé. Il avait tenu sa parole.

Henri et Claire sont heureux, et la mémoire de ceux qui ne sont plus vit avec eux pour assurer leur bonheur.

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