LES CRIMES D'EMPOISONNEMENT
Chez Me Robinet de Cléry.
Ces jours-ci a paru une seconde édition, spéciale, de l'article que M. Robinet de Cléry a publié dans la Vie contemporaine sur tes Crimes d empoisonnement . C'est cet article qui a donné lieu récemment à de violentes polémiques.
A cette occasion, nous avons tenu à interviewer l'éminent avocat, et voici la réponse qu'il nous a faite.
« J'ai écrit un grand nombre d'articles historiques, militaires, études de législation comparée pour une revue qui a cessé de paraître : la Grande Revue de Paris et de Saint- Pétersbourg. Cette revue aurait été rachetée par la Vie contemporaine. M. Germain Bapst, qui s'intéresse à la Vie contemporaine, m'a écrit au commencement de mai dernier pour me demander un article sur les crimes d'empoisonnement, le procès d'Anvers donnant à cette question de l'actualité.
« Je me suis exécuté et au cours de mon exposé j'ai consacré quelques paragraphes à la mort du comte de Chambord.
« Je ne suis pour rien dans le bruit qui s'est fait à ce sujet. Dans mon article, dans mes lettres, je n'ai accusé personne et je persiste à n'accuser personne. J'ai reçu la visite de trois journalistes venant au nom de la Patrie, du Rappel et du Temps. J'ai répondu à tous trois, de la manière la plus nette, que je n'accusais personne. Je reçois tous les jours de la presse française et étrangère, des attaques très personnelles, très acerbes, me représentant comme ayant calomnié le comte de Paris. C'est une injustice et une grande maladresse. Je n'ai pas prononcé le nom du comte de Paris, et jene l'ai désigné par aucune allusion, même éloignée.
« Ces attaques ont pris un tel caractère qu'après un premier tirage spécial j'ai dû faire faire un second tirage avec un appendice.
« Ce second tirage comprend les extraits des parties du rapport de M. Vulpian sur lesquelles je m'appuie et une réponse que j'ai adressée au Matin et que ce journal n'a pas publiée.
« Je relève notamment l'impossibilité d'admettre l'identité des prétendus restes du comte de Chambord qui seraient aujourd'hui dans un musée de Vienne. Jamais Mme la comtesse de Chambord n'aurait consenti à une pareille profanation. Le rapport de M. Vulpian constate d'ailleurs que les organes intérieurs, lavés au sublimé, ont été replacés dans le corps, que le corps a été recousu et mis en bière. Cette opération s'est faite sous la surveillance de deux délégués de la comtesse de Chambord, — le comte de Blacas et le baron de Raincourt.
« M. Vulpian ajoute que les cinq médecins présents, ainsi surveillés, ont eu à eux tous trois ou quatre minutes pour examiner ces organes.
« Les déclarations contraires et moins encore les injures ne me feront rien rétracter de ce que j'ai écrit sans aucun intérêt politique. Je suis depuis onze ans absolument retiré de toute politique. »
Lettre de M. Lorenz, professeur d'histoire à l'Université d'Iéna.
Icherinnere mich einer Ansicht, die mein verstorbener Herzog vonCoburg (ein Mann der in seiner 5o jâhrigen Regierung doch auch mit dem Gerichtwesen viel zu thunhatte, und zu sagen pflegte : Eine ungeahante Menge Menschen stirbt jahrlich vergiflet !
Was die Wiener Aerzte betrilH, so ist mir characteristisch, dass auch da offenbare Liederlichkeiten vorkamen ! Der Professor Kundrat war der sohn eines kammerdianers des kaisers Franz Joseph, auch durch Hof gunst auf den Posten einers Professors der pathologischen Anatomie gekommen !!! Dies ist eben Osterreich !
(Je me rappelle de l'opinion qu'exprimait mon duc défunt
de Cobourg (Ernest II de Saxe-Cobourg-Gotha), un homme qui en 5o années de règne avait eu beaucoup à s'occuper d'affaires de justice et qui avait coutume de dire : Une foule d'hommes dont on ne se doute pas meurent chaque année empoisonnés !
En ce qui concerne les médecins de Vienne, ce qui est caractéristique, c'est qu'une corruption manifeste intervient là aussi! Le professeur Kundrat était le fils d'un valet de chambre de l'empereur François-Joseph, arrivé par faveur de cour au poste de professeur d'anatomie pahologique. C'est ainsi en Autriche !
Note envoyée par V archiduc Léopold Salvator.
Voilà les renseignements reçus par le professeur Weischselbaum, novembre 1906 :
Dans l'année 1896 ou 1897 est venu chez le professeur Weischselbaum le docteur Mayr et lui remit les organes conservés du comte de Ghambord (l'estomac et l'œsophage) qui, jusqu'à cette époque, étaient conservés au musée d'anatomie pathologique de Vienne.
Opération a été faite par le professeur Kundrat, et le domestique du musée, qui était alors présent, a raconté au professeur Weischselbaum que le professeur Kundrat était d'avis que le comte de Chambord avait acquis le mal par action mécanique.
Le comte de Ghambord avait l'habitude de manger les poulets avec les petits os, et que ceux-ci auraient blessé l'œsophage et l'estomac.
Ma réponse.
Monseigneur,
Je suis profondément touché du souvenir que Votre Altesse Impériale et Royale a bien voulu garder de notre
entretien de Berck et des précieux renseignements qu'Elle a bien voulu me communiquer.
Le docteur Kundrat me parait dans cette circonstance un témoin très suspect. Comment s'est-il permis de déposer une partie des restes de M. le comte de Ghambord dans un musée anatomique ? Qui lui en a donné l'autorisation? Cela est inconciliable d'ailleurs avec la constatation du procès-verbal officiel d'embaumement : « On replaça les viscères dans les cavités viscérales. »
L'explication actuelle du docteur Kundrat n'est pas moins inconciliable avec le fait certain d'une convalescence brusquement interrompue par une rechute qui a amené la mort.
L'alimentation de M. le comte de Ghambord pendant
cette convalescence n'a pas pu être de nature à causer de
nouveaux accidents.
Je suis avec respect, etc.
Robinet de Cléry.
(Le père du professeur Kundrat avait été valet de chambre de l'archiduc Maximilien) (Paul Gaulot, l Expédition du Mexique, t. I, p. i65).
Le duc de Parme ayant appris l'abus commis par le docteur Kundrat, s'en est indigné et il s'est fait remettre les tristes restes qu'il a fait reporter à la sépulture de Castagnovizza.
IV. — Extrait des coulisses du boulangisme, pp. 62, 63, 64 et 65.
A minuit moins quelques minutes, la porte du cabinet de M. de Martimprey s'ouvrit devant le commandant du i3e corps. C'est M. de Martimprey qui engagea la conversation. Le général voulait empêcher l'élection de M. Jules Ferry. La droite voterait pour un des candidats agréables à Boulanger, povir le candidat qu'il désignerait: Freycinet, Floquet ou Brisson. Elle* n'aurait d'autre préférence que la sienne.
Mais ce n'était pas pour faire une Présidence qu'elle donnerait ses suffrages à l'un de ces radicaux. C'était pour rendre la parole au pays et en finir avec la République plus facilement et moins cruellement qu'avec la présidence opportuniste de M. Jules Ferry.
L'élection de ce dernier personnage, en déchaînant la guerre civile, la Commune, dont les révolutionnaires parlaient déjà comme d'une chose décidée, tuerait certainement la République. La monarchie sortirait de cette crise. Mais du sang serait répandu. Valait-il pas mieux arriver au même résultat sans que le pays subît cette épreuve ?
Tout dépendait du général Boulanger.
S'il voulait prendre l'engagement de faire un loyal appel au peuple, dont certainement la monarchie sortirait, la droite ferait passer le candidat de son choix, celui qui aurait pris l'engagement de le rappeler au ministère de la Guerre. Une fois à la tête de l'armée, il agirait pour le bien de la France en abattant le gouvernement malfaisant que M. Wilson venait de déshonorer. Le général écoutait ce discours assis dans un fauteuil, l'air flegmatique. M. de Martimprey fit une allusion aux avantages personnels que le général gagnerait en rendant à son pays ce grand et glorieux service de restaurer la monarchie : « Il n'y avait pas de haute situation stable sous le régime républicain. Le général en avait fait l'expérience. Et il la ferait encore si le hasard d'une combinaison parlementaire le rappelait au ministère. »
Le général, pendant ce temps, semblait perdu dans ses réflexions. Il interrompait seulement M. de Martimprey par des monosyllabes, des oui, des non. A la fin, quand le député de la droite conclut en lui disant : « Donnez-nous votre parole de soldat de vous associera nous, et M. Ferry ne sera pas élu. »
— Vous avez ma parole, répondit-il.
Alors M. de Martimprey, très ému : «Mon général, jen'ai pas qualité pour recevoir un aussi grand engagement, ni pour vous répondre. Permettez-moi d'aller chercher un homme qui aura le droit, lui, de vous écouter et de vous
parler au nom de M. le comte de Paris. » Il sortit et, quelques minutes après, il rentrait avec M. lebarondeMackau. M. le baron de Mackau commença ainsi l'entretien : « Général, il faut que vous sachiez à qui vous parlez, » et il lui communiqua une lettre du comte de Paris dans laquelle celui-ci approuvait, d'avance, tout ce qu'il ferait, lui, Mackau, au mieux des intérêts conservateurs, en vue de l'élection présidentielle.
Le général lut cette lettre et écouta. M. de Mackau répéta tout ce qu'avait dit M. de Martimprey. Après l'élection, le général, redevenu ministre, rendrait la parole au pays. Il recommanderait la monarchie aux électeurs. Après la restauration il serait le chef suprême de l'armée. M. de Mackau parla de la gloire enviable de Monk. Le général Boulanger toujours neparlaitque parmonosyllabes. M. de Mackau crut devoir dire : « Pour cette entreprise il vous faudra de l'argent. »
« Je n'en ai pas besoin » , interrompit vivement le général.
Il se retira enfin, vers une heure et demie du matin, après toutefois avoir promis de négocier avec les candidats à la présidence, Freycinet, Floquet et même Brisson, et de faire connaître le plus tôt possible celui des trois candidats qui devrait recueillir les suffrages de la droite au Congrès.
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