TROISIÈME MEMOIRE
P.rojeî de Conseil de Régence.
Mettez-y N., vous livrez l'État et le jeune prince à celui qui est soupçonné de la plus noire scélératesse. Excluez N. pour ce soupçon ; vous préparerez le renversement de ce conseil, qui paraîtra fondé sur une horrible calomnie contre un petit-fils de France.
Atout prendre, je n'oserais dire qu'il convienne de mettre dans ce conseil un prince suspect de scélératesse, qui se trouverait le maître de tout ce qui se trouverait entre lui et l'autorité suprême.
De plus, indépendamment de ce soupçon, on ne peut guère espérer qu'étant livré à sa fille, il contribuât à la bonne éducation du jeune prince, au bon ordre pour rétablir l'État.
(1) « La duchesse d'Orléans était une personne fort dissolue et qui, malheureusement, déshonora gravement le nom qu'elle portait. Le bruit public attribuait au comte de Melfort la paternité de M. le duc de Chartres, et Dieu sait qu'il nous aurait donné là un triste enfant ». Philippe-Égalité, trouvant cette origine encore trop noble, a prétendu, dit-on, qu'il y avait confusion et qu'il était fils de Montfort, son cocher. (Mémoires de la baronne d'Oberkirch.)
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bas, serait aujourd'hui le chef d'une dynastie royale.
Le duc d'Orléans s'était mis sans conviction au service de la Révolution dans l'espoir que la chute de son cousin lui donnerait la couronne. Grâce à son immense fortune il avait pu prodiguer l'or à pleines mains (1) : c'était son seul moyen d'influence.
Il avait pris ainsi une part active à l'invasion de l'Assemblée nationale et du palais de Versailles les 5 et 6 octobre 1789 : ses menées avaient été alors dénoncées par Monnier, président de l'Assemblée. Les massacres populaires qui avaient commencé ne le faisaient pas reculer dans son œuvre d'ambition' et de haine : il fut accusé d'avoir stipendié les assassins qui forcèrent la porte de la chambre à coucher de la Reine, qu'il exécrait.
Il avait élevé ses fils dans les mêmes sentiments. L'aîné, Louis-Philippe, alors duc de Chartres, siégeait
(1) D'après ies Mémoires de la baronne d'Oberkirch, Louis XV aurait longtemps résisté au projet de mariage entre le duc d'Orléans, père de Philippe-Égalité, et la fille du duc de Penthièvre : « Il sentit quel puissant levier était une pareille fortune entre les mains du premier prince du sang, et ce qu'il pouvait en faire s'il avait l'esprit de révolte. Il refusa d'abord, et M. de Choiseul eut beaucoup de peine à l'y amener.
— « Songez donc, disait le Roi, que mes petits-fils, le comte de Provence et le comte d'Artois, sont loin d'une pareille fortune, et que vous allez rendre MM. d'Orléans bien plus riches que leurs aînés. »
— « Sire, les aînés ont la couronne qui les place toujours hors de toute comparaison. »
— « Prenez garde de donner aux cadets le moyen de la leur enlever, Monsieur le duc. »
« Le roi refusa longtemps; il ne céda qu:aux instances de M. le duc de Penthièvre, pour lequel il avait une amitié de jeunesse ; encore son consentement fut-il accompagné de restrictions et d'observations répétées. »
— « Vous avez tort, mon cousin, lui dit-il, le duc de Chartres a un mauvais caractère, de mauvaises habitudes; c'est un libertin, votre fille ne sera pas heureuse. Ne vous pressez pas, attendez. »
« La princesse était pressée, elle. Son père l'adorait, il céda ; le mariage se fît. Depuis ce temps-là, le père et la fille ont dû souvent se rappeler les paroles du vieux roi. »
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tout jeune encore à l'Assemblée nationale lorsqu'elle fut envahie le 5 octobre 1789. De violentes interpellations furent échangées entre les députés ; l'un d'eux, s'adressant à la droite, s'écria :
« On voit bien que ces messieurs veulent encore des lanternes. Eh bien ! ils en auront ! »
Le jeune duc de Chartres se leva : « Oui ! oui ! ditil ; il faut encore des lanternes ! »
Cette exclamation sanguinaire, au milieu du désordre d'une assemblée envahie par la populace, a été le début dans la vie politique du futur roi des Français. Comme son père et avec lui il siégeait au club des Jacobins ; on l'y voyait à la tribune. Il était inscrit sous le nom de : Philippe Chartres, au Palais Royal.
Cependant les événements se succédaient, les années s'écoulaient, et le but poursuivi par le duc d'Orléans semblait plus éloigné que jamais. Méprisé de tous, il n'avait d'autres partisans que ceux qu'il payait : encore se servaient-ils de lui sans le servir. Dans les premiers mois de 179,3, aidé de son fils Louis-Philippe, il se détermina à courir la fortune d'un coup d'Etat militaire qu'il paya de sa vie et qui obligea ses fils à s'exiler.
En butte aux soupçons et aux attaques des Girondins, il s'était jeté dans les bras des Jacobins, leur donnant tous les gages qu'ils réclamaient de lui. Le plus sinistre dénouement devait servir ses secrets calculs. Les i5. 16 et 19 janvier 1793, à quatre reprises, au milieu des murmures de la Convention, il vota la mort de Louis XVI, et rejeta successivement lappel au peuple et le sursis (1). Tandis que Robes-
(1) Au quatrième appel nominal, trois cent dix voix contre trois cent quatre-vingt avaient accepté le sursis. Le duc d'Orléans fut du nombre de ceux qui refusèrent ce dernier témoignage de pitié .
pierre déclarait qu'il avait été touché, qu'il avait senti chanceler dans son cœur la vertu républicaine, et qu'il avait dû étouffer ce mouvement de sensibilité, Égalité avait affecté, pendant les longues et pénibles séances du procès, de suivre avec une lorgnette les émotions que trahissait le visage de sa victime (1). Marat lui-même fut indigné ; il écrivit à ce sujet :
D'Orléans a voté la mort. Je déclare que j'ai toujours regardé cet être-là comme un indigne favori de la fortune, sans vertu, sans âme, sans entrailles.
Même pour Philippe-Egalité les écrivains orléanistes ont aujourd'hui les plus étranges indulgences. Il est devenu pour eux « le héros d'Ouessant ». C'est sur Louis XVI lui-même qu'ils font remonter la responsabilité du vote du régicide.
Le commandement de la flotte avait été refusé au prince félon malgré son titre de grand amiral.
Si le duc d'Orléans, a écrit M. Oscar Havard, avait obtenu le commandement qu'il avait réclamé, les électeurs de Paris ne l'auraient pas envoyé à la Convention, et le prince, hors de France pendant le procès, n'aurait pas profané son nom par un vote criminel.
C'est le même prince qui avait fait preuve de la plus cynique indifférence lorsque la princesse de Lamballe avait été massacrée le 2 septembre 1792. Quelques jours après, le 8 septembre, M. Burger écrivit de Paris à lord Granville :
Quand ce meurtre a été commis, lundi, Lindsay et quelques autres Anglais se trouvaient au Palais-Royal chez le duc d'Orléans. Comme ils attendaient le dîner, ils enten-
(1) Chateaubriand, Étude historique sur les Révolutions, liv. Ier, 2e part., ch. VII.
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dirent les clameurs d'une nombreuse populace et, étant allés à la fenêtre, ils aperçurent la tête de Mme de Larnballe que l'on portait au Temple où on la fit voir à la Reine.
Frappés d'horreur à la vue d'un tel spectacle, ils se retirèrent à l'autre extrémité de la pièce où se trouvait assis le duc d'Orléans. Il demanda ce qui se passait ; ils lui répondirent que la populace portait une tête au bout d'une pique — « Oh ! fit-il, est-ce là tout ? Eh bien, allons dîner ! »
Comme on était à table il s'informa si les femmes emprisonnées avaient été massacrées, et, ayant reçu pour réponse que plusieurs d'entre elles avaient eu ce triste sort : — « Je vous en prie, dit-il, faites-moi savoir ce qu'est devenue Mme de Lamballe. » M. Walkiers, qui était assis à ses côtés, fît signe, en passant la main autour de son cou, qu'elle avait été tuée. » — « Je vous comprends », dit le duc, et immédiatement il se mit à parler d'autre chose (1).
Louis XVI mort, la situation paraissait exceptionnellement favorable pour une entreprise orléaniste. La Vendée se soulevait : l'insurrection du Vivarais qui avait dans tout le Midi des ramifications étendues venait à peine d'être noyée dans le sang ; la Bretagne, la Normandie, Bordeaux supportaient avec impatience le nouveau régime ; Lyon s'agitait. Le désordre était partout. Il ne restait plus en France qu'une force organisée : l'armée cle Durnouriez qui avait acquis un grand prestige comme diplomate, comme administrateur et comme général.
Gagner Durnouriez qui tenait tête en Belgique à l'armée de la coalition, négociant avec le prince de
(1) G. Lenotre, la Captivité et la mort de Marie- Antoinette.
Cobourg autant qu'il le combattait, n'était pas chose difficile. Il avait près de lui deux des fils du duc d'Orléans : Louis-Philippe, duc de Chartres, était général de division sous ses ordres. Celui-ci, du vivant même de Louis XVI, s'était mis en rapport avec Danton, protecteur de Dumouriez. C'était au lendemain des massacres de Septembre. Si l'on en croit le marquis de Fiers, historiographe et panégyriste de Louis-Philippe, l'accueil de Danton n'avait pas été décourageant.
— L'ancienne monarchie ne saurait être restaurée, lui aurait dit Danton. C'est vous, jeune homme, vous prince du sang royal, imprégné de l'esprit moderne, qui serez un jour la réserve de la France. »
Dumouriez, qui avait remporté le 6 novembre 1792 la victoire de Jemmapes, s'était subitement arrêté. Il avait étendu sa domination dans toute la Belgique jusqu'à la Meuse. Puis, prenant une résolution plus qu'étrange de la part d'un général commandant en chef devant l'ennemi, il avait quitté son armée et s'était rendu à Paris. D'après ses Mémoires corrigés par lui et publiés sous la Restauration, « il serait arrivé le ier janvier 1793 et se serait décidé à garder le plus grand incognito possible. Il se retira à une petite maison de campagne à Clichy, d'où il venait dans le jour à Paris pour travailler à sauver le Roi... Les Girondins répandaient le bruit qu'il voyait secrètement Philippe-Egalité ; ce qui était faux. »
Il faut reconnaître cependant que les événements qui suivirent rendent très vraisemblable cette accusation des Girondins.
Tout un chapitre des Mémoires de Dumouriez est consacré au récit de ces prétendues démarches que
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leur insuffisance et leur inefficacité ne permettent pas de prendre au sérieux. Ce n'est pas à des pourparlers aussi insignifiants qu'un homme comme Dumouriez a pu employer en de pareilles circonstances un séjour qui ne s'est pas prolongé moins de vingt-six jours !
Au moment du dénouement il resta renfermé chez lui. (( Le 18, disent les Mémoires, la santé du général Dumouriez, quoique très robuste, fut vaincue par le chagrin, et il fut contraint de rester à la campagne d'où il n'est sorti que le 22. »
Il reparut en effet parfaitement guéri le lendemain du 21 janvier, et, sans être autrement ému de la catastrophe de la veille, il ne tint pas rigueur aux auteurs de la mort du Roi. « Le 22, écrit-il encore, le général Dumouriez, en arrivant à Paris, alla le matin chez Garât, ministre de la Justice... Ils lurent ensemble le testament de ce prince infortuné ; il était écrit de sa main avec quelques ratures; l'écriture était posée et ferme.
« Le général Dumouriez partit le 26 janvier, le désespoir dans l'âme... »
Croira qui voudra à ce désespoir, exprimé vingtcinq ans plus tard, sous la Restauration. Tout indique qu'il attendait pour quitter Paris que la tête de Louis XVI fût tombée. C'était un obstacle de moins pour l'entreprise qu'il méditait. Les princes émigrés et le jeune dauphin détenu au Temple comptaient bien peu en France vis-à-vis de l'opinion. Les souverains de l'Europe eussent difficilement sacrifié Louis XVI qui avait régné dix-neuf ans et qui s'était allié à la maison d'Autriche. Mais ils étaient déjà las de leur coalition, plus las encore des émigrés, et les droits dynastiques des plus proches héritiers de la couronne de France n'eussent sans doute pas pesé lourd devant la promesse d'une paix avantageuse.
Le calcul des partisans de la faction d'Orléans avait été signalé depuis longtemps. Le 4 juin 1792, le député Ribes avait dit à la tribune de l'Assemblée : « Le vrai comité autrichien se compose de MM. d'Orléans, Dumouriez et Bonnecarrère (directeur aux Affaires étrangères). » Il avait dénoncé comme complices du duc d'Orléans, Talleyrand, Sillery-Genlis et Dumouriez. La même accusation avait été produite à plusieurs reprises à la Convention même pendant les longs débats qui précédèrent la condamnation de Louis XVI.
Le 2 janvier 1793, raconte Beaulieu dans son Diurnal publié en 1797, « Gensonné, député de Bordeaux, cria aussi anathème contre Louis XVI, qui lui parut le plus coupable des hommes ; mais il conclut cependant à ce que le jugement fût renvoyé à la sanction des assemblées primaires. En défendant cette opinion, Gensonné se déchaîna, avec la plus grande violence, contre une faction soldée par un usurpateur, qui n'était si pressée de tuer Louis XVI, disait-il, que pour s'emparer aussitôt de la puissance dont on l'avait dépouillé.
Il répétait le 19 janvier les mêmes avertissements : « Le parti de la Gironde prétendait que ses adversaires ne se montraient si ardents à précipiter ce supplice que pour faire monter sur le trône le roi qu'ils avaient déjà nommé, et ce roi était le duc d'Orléans. Ils demandèrent, en conséquence, que, préalablement à la mort de Louis XVI, tous les Bourbons fussent expulsés du territoire français. Ne pouvant obtenir ce délai, ils insistèrent encore et demandèrent que cette expulsion fût simultanée à l'exécution même. »
Les événements ne devaient par tarder à confirmer ces soupçons.
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Le camp de Dumouriez devint le rendez-vous de tous les orléanistes influents. Le général se croyait si sur du succès qu'il ne tarda pas à jeter le masque.
Il le fit d'abord par des rapports menaçants qui causèrent à Paris une vive émotion. Danton, qui s'était porté garant de sa loyauté, se rendit à Louvain pour avoir avec lui une explication. Dumouriez dissimula encore ; il remit à Danton une lettre datée du 20 mars dans laquelle il priait la Convention « de ne rien préjuger sur ses rapports avant qu'il eût eu le temps de lui en envoyer l'explication ».
Ce n'était qu'une feinte : son parti était déjà pris. Sans autre incident, dès le 22 mars, il passait avec le colonel Mack, chef d'état-major de l'armée autrichienne, une convention secrète.
Le 27 mars, le colonel Mack venait le trouver à Ath et, dans une conférence à laquelle assistait Louis- Philippe, étaient arrêtées les bases d'un accord en vertu duquel, moyennant l'abandon de la Belgique, l'armée française serait laissée libre de marcher sur Paris et de renverser la Convention (1).
Sur les entrefaites, trois délégués des Jacobins, porteurs d'une lettre de Lebrun, ministre des Affaires étrangères, arrivaient à Tournay. Ils ont dressé de leurs entretiens avec Dumouriez un procès-verbal qui a été lu à la Convention le ier avril 1793. L'exactitude de ce procès-verbal a été reconnue par Dumouriez luimême. « La conversation qu'ils ont dénoncée entre
(1) Un semblable espoir paraît avoir hanté l'esprit du- maréchal Bazaine.en 1870 dans ses négociations avec les chefs de l'armée allemande qui assiégeait Metz.
eux et le général, disent ses Mémoires, esta peu près exacte. »
Le plan du coup d'État militaire y est révélé dans ses moindres détails. On y voit le général républicain entouré des princes d'Orléans et de leurs amis, assisté de Louis-Philippe quand il traite avec l'ennemi comme il le sera encore lors de la défection définitive, se faisant assez d'illusions sur les dispositions de son armée pour annoncer hautement la restauration de la monarchie au profit d'un roi à désigner plus tard. Ce roi, Dumouriez n'avait pas à aller le chercher bien loin.
« Ils parvinrent, dit le procès-verbal des trois délégués, à joindre le général à Tournay le mardi soir, 26 mars. Le citoyen Proly se rendit d'abord seul auprès de lui. Il le trouva dans une maison occupée par Mme Sillery, Mlle Égalité (1) et Paméla (2) ; le général était accompagné des généraux Valence, Égalité, et d'une partie de son état-major... Entr'autres propos extrêmement inconsidérés qu'il tenait devant tout le monde, il dit positivement que la Convention et les Jacobins étaient la cause de tout le mal de la France, mais que lui, général, était assez fort pour se battre par devant et par derrière, et que, dût-on l'appeler César, Cromwell ou Monck, il sauverait la France, seul, et malgré la Convention. »
Cependant, Dumouriez gardait encore quelques ménagements. Le soir il reçut les trois délégués, leur donna de bonnes paroles, et les embrassa en les quittant.
(1) La princesse Adélaïde d'Orléans.
(2) Fille naturelle de Philippe-Égalité et de Mme de Genlis. — Une sœur de Paméla — Hermine — également fille naturelle de Philippe-Égalité et de Mme de Genlis, eut de son mariage avec M. Collard Mme CapeMe, mère de la célèbre empoisonneuse, Mme Lafarge, qui se trouvait ainsi proche parente de Louis-Philippe sous le règne duquel elle fut condamnée.
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Le lendemain, 27 mars, pendant toute la journée Dumouriez disparut. Il s'était rendu avec Louis- Philippe au rendez-vous donné par le colonel Mack qui avait reçu l'autorisation d'arrêter les conditions d'un pacte définitif. Aussi, quand, à la fin de cette journée, il revint à Tournay où il revit les délégués, son ton avait bien changé.
« Le lendemain, à 5 heures du soir, dit le procès-verbal, ils apprirent de son aide de camp Devaux qu'il soupait chez le général Egalité, c'est-à-dire chez Mme Sillery. Ils se rendirent chez cette dame au moment où Dumouriez y arrivait. En les apercevant, il leur dit avec un ton d'humeur très renforcé : Je ne suis pas ici chez moi; Je suis chez Egalité; si vous voulez me parler, vous me trouverez après souper à l'abbaye Saint-Martin. »
Le souper se prolongea tard : Dumouriez, Louis- Philippe et les autres conjurés avaient mieux à faire qu'à causer avec les délégués. Il était onze heures clu soir quand Dumouriez vint les rejoindre : il ne se gêna pas avec eux.
— « Vous ne voulez pas de Constitution, lui disent les trois collègues? — Non, la nouvelle est trop bête, et, pour un homme d'esprit, Condorcet n'y a rien entendu. — Mais que mettrez-vous donc à sa place ? — L'ancienne, toute médiocre et toute vicieuse qu'elle soit: — A la bonne heure, mais sans royauté sans doute? — Avec un roi, car il en faut un absolument.
« Ici, deux d'entre nous concentrent leur indignation; le troisième ne peut la contenir et dit vivement que pas un Français n'y souscrira, qu'ils aimerpnt mieux mourir jusqu'au dernier, et que pour lui le nom
de Louis Dumouriez l'interrompt et réplique : Peu
importe qu'il s'appelle Louis ou Jacobus. »
Le délégué Proly ne manquait pas de finesse : « Ou
Philippus, dit-il. » Il avait mis le doigt sur la plaie.
(( A ce mot, dit le procès-verbal, Dumouriez se livre à un mouvement violent, dit que c'est une atrocité des Jacobins qui, depuis longtemps, lui reprochent d'être du parti d'Orléans, parce que, après l'affaire de Jemmapes, il avait rendu à la Convention un compte avantageux de la conduite de ce jeune homme que je forme au métier....
« Dans trois semaines les Autrichiens seront à Paris si je ne fais la paix. Il ne s'agit plus de république ni de liberté; j'y ai cru trois jours; c'est une folie, une absurdité; et depuis la bataille de Jemmapes j'ai pleuré toutes les fois que j'ai eu du succès pour une si mauvaise cause; mais il faut sauver la patrie, en reprenant bien vite un roi et faisant la paix, car ce serait bien pis si le territoire était envahi, et il le sera, si je le veux, en moins de trois semaines. »
Dumouriez s'exaltait en parlant.
« Mon armée, s'écria-t-il... Mon armée !... Oui ! Tannée des Mamelucks ! Elle le sera, l'armée des Mamelucks ! Pas pour longtemps, mais enOn elle le sera, et de mon campoudusein desplaces fortes elle dira qu'elle veut un roi. Les présidents de district seront chargés de le faire attester, chacun dans son arrondissement. La moitié et plus de la France le désire. Et alors moi je ferai la paix dans peu de temps et facilement. »
Si ses projets échouent et qu'il soit décrété d'accusation , il défiait la Convention de faire mettre ce décret à exécution au milieu de son armée; au reste, il avait toujours comme dernière ressource un temps de galop vers les Autrichiens....
« Je suis aimé et estimé, ajoutait-il, de toutes les puissances du Nord. D'ailleurs je passerai chez elles de manière à m'en faire bien recevoir. »
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Après de semblables confidences Dumouriez ne pouvait plus reculer. Il essaya d'abord d'exécuter le pacte convenu avec le chef d'état-major de Parmée ennemie. Il avait promis non seulement d'évacuer la Belgique, mais de livrer la place de Gondé comme garantie : les autres places fortes devaient être occupées par des garnisons mixtes, composées de moitié de Français et de moitié d'Impériaux.
Le 2 avril, le ministre de la guerre Beurnonville et quatre commissaires de la Convention s'étant rendus à son camp, il les fît arrêter et les livra à Pennemi. Après avoir tenté en vain de s'emparer de Lille et de Valenciennes, le 4 avril il se porta de sa personne sur Gondé.
«.Dumouriez, disent ses Mémoires, était avec le duc de Chartres, les colonels Thouvenot et Montjoie et quelques aides de camp, n'ayant pour toute escorte que huit hussards d'ordonnance, — ce qui faisait à peu près un groupe de trente chevaux, — lorsqu'il est attaqué par les volontaires. »
Ces volontaires n'étaient autres que le 3e bataillon de l'Yonne, commandé par Davoust, le futur maréchal de l'Empire. Sous la fusillade qui les poursuivait, Dumouriez, Louis-Philippe et leur escorte, exécutant une partie du programme exposé le 27 mars, (( firent un temps de galop vers les Autrichiens ». Ils se réfugièrent au camp ennemi.
Le coup était manqué. Les dispositions de Parmée étaient bien différentes de celles sur lesquelles les conjurés avaient compté.
Cependant Dumouriez ne renonça pas à son projet : il sollicita des Autrichiens un concours plus actif:
a II passa une partie de la nuit, disent ses Mémoires, à rédiger avec le colonel Mack la proclamation du prince de Cobourg, qui parut, en date du 5 avril, imprimée à la suite de celle du général Dumouriez.
« Le5,àla pointe du jour, le général, avec une escorte de cinquante dragons impériaux, passa aux avantpostes de son camp de Maulde. 11 y fut reçu avec beaucoup de tendresse, il parla à tous les corps qui lui répondirent avec affection. Cependant il remarqua quelques visages sombres et quelques groupes factieux. »
Ceux qui avaient encore présentes à l'esprit les déclamations républicaines de Louis-Pbilippe et de Dumouriez n'en pouvaient croire leurs yeux.
« Vous prouverez, avaient écrit à Louis-Philippe les commissaires de l'a Convention, que ce n'est point avec hypocrisie que vous portez le nom d'Egalité. »
Tous deux reparaissaient au camp de Maulde avec une escorte autrichienne. Ces uniformes ennemis rendaient trop sensible leur trahison. Les troupes de ligne comme les volontaires refusèrent de s'y associer. Les artilleurs attellent les voitures, les canons, et quittent ce camp suspect avec armes et bagages. Dumouriez etLouis-Philippe ne purent entraîner qu'un régiment de hussards et quelques officiers compromis par eux. Il fallut fuir.
« Dumouriez monta à cheval avec les deux frères Thouvenot, le dac de Chartres, le colonel Montjoie, le lieutenant-colonel Barrois, deux ou trois officiers d'état-major et quelques aides de camp, sans nulle escorte, et il se retira à Tournay où il descendit chez le général Clairfayt. »
Cette tentative ayant échoué, Dumouriez n'était plus qu'un auxiliaire compromettant. Louis-Philippe se sépara de lui, cherchant à le renier, comme son petit-
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fils a renié de nos jours, après l'insuccès, un autre général républicain, gagné à prix d'argent à la cause orléaniste.
Philippe-Egalité, resté en France, fut arrêté. Il fut guillotiné quelques mois plus tard, « sans inspirer, écrivait M. Thiers sous le- gouvernement de Juillet, aucun de ces regrets qui consolent d'une mort injuste ».
Louis-Philippe et ses deux frères menèrent pendant sept ans, en Europe et en Amérique, une vie errante, portant partout, suivant l'expression du comte de Maistre, le fardeau d'un « nom funeste ».
Quand toutes leurs ressources furent épuisées, ils firent en 1800 leur soumission à Louis XVIII. Ce fut la première fusion.
Louis-Philippe d'Orléans et ses deux frères arrivèrent en Angleterre au mois de février 1800. Louis XVIII était encore à Mittau. Le duc et la duchesse d'Angoulème, le duc de Berry, le prince de Condé et son petitfils, le duc d'Enghien, n'avaient pas quitté le continent. Les princes émigrés étaient représentés à Londres par Monsieur, comte d'Artois, et par le duc de* Bourbon, fils du prince de Condé. Le duc de Bourbon avait épousé la princesse Bathilde d'Orléans, sœur de Philippe-Egalité. Soit que la séparation qui avait suivi de près ce mariage imposât à Louis-Philippe quelque réserve vis-à-vis de son oncle par alliance, soit qu'il eût compris dès lors le parti qu'il pouvait tirer de l'indulgente bonté et de la facile confiance du comte d'Artois, c'est à ce dernier prince et non au duc de Bourbon que les trois frères résolurent de s'adresser d'abord.
Leur arrivée en Angleterre avait été subite et inattendue. Après quinze jours de réflexion, Louis-Philippe, qui était entré en rade de Falmouth le 28 janvier 1800, écrivit le i3 février au comte d'Artois pour lui demander de le recevoir.
Cette démarche était un événement considérable. Le comte d'Artois en fît part immédiatement au duc de Bourbon, qui s'empressa de faire au prince de Condé, son père, le récit détaillé de cette négociation. La lettre du duc de Bourbon, portant la date du 18 février 1800 (1), forme le compte rendu le plus authentique de démarches qui semblaient dévoie rendre définitivement irrévocable la soumission des princes d'Orléans à l'aîné de leur maison. On n'avait pas inventé encore le mot de fusion.
Ils étaient jeunes, réduits aux abois par la misère. Le comte d'Artois, d'accord avec le duc de Bourbon, fît taire toutes ses répugnances:
« La lettre ci-jointe de M. le duc d'Orléans, écrivit le duc de Bourbon au prince de Condé, est arrivée à Monsieur qui est venu sur-le-champ m'en faire part et me prévenir qu'il le recevrait à quatre heures ; — que, ne doutant pas qu'il ne fît abjuration de ses mauvais principes et de ses mauvaises actions, qu'il fallait se persuader n'avoir été que la suite de perfides conseils et perfides exemples, il croyait utile à la cause générale et sentait dans son cœur le désir de pardonner, étant bien sûr d'y être autorisé par le Roi ; — que sans doute, en sortant de chez lui, M. le duc d'Orléans viendrait chez moi ; que, s'il était content de la manière dont M. le duc d'Orléans lui parlerait, il me le ferait dire par le duc cle Maillé, et me demandait aussi de le bien recevoir.
(1) Histoire des trois derniers princes de la maison de Condé, par Crétineau-Joly, p. 213.
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« Je lui ai répondu, ajoutait le duc de Bourbon dans sa lettre au prince de Condé, que sans doute les torts de M. le duc d'Orléans étaient d'une nature difficile à pardonner, et que, plus j'étais son parent proche, plus je devais être sévère à cet égard, que cependant je suivrais les ordres qu'il me donnerait au nom du Roi, et avec le vif désir que le repentir de M . le duc d'Orléans fût sincère, comme je n'en doutais pas ; que cette réunion certainement aurait l'avantage de faire tomber les bruits de parti et de projets d'usurpation répandas avec malignité en France ; que je ne doutais pas de la bonne foi des princes, mais que je pensais qu'il fallait bien surveiller les personnes qui les approchaient, ayant nécessairement de mauvaises connaissances et qu'ils auraient sûrement le bon esprit d'écarter pour ne s'entourer que de gens d'honneur. »
Louis-Philippe se présenta chez le comte d'Artois à l'heure qui lui avait été assignée. Il lui dit « qu'il se trouvait heureux de pouvoir faire abjuration entre ses mains de ses torts et de sa conduite précédente ; qu'il brûlait du désir de la réparer en versant son sang pour le service du Roi, etc., que ses frères étaient dans les mêmes sentiments et attendaient comme lui avec impatience le moment de pouvoir prouver à Sa Majesté leur amour et leur fidélité en servant la cause de la monarchie ».
Ainsi qu'il l'avait dit au duc de Bourbon, le comte d'Artois sentait dans son cœur le désir de pardonner. Il traita son cousin avec bonté, lui disant « qu'il pouvait lui répondre du pardon de Sa Majesté, étant bien sûr de la sincérité de son repentir, qu'il fallait qu'il écrivît une lettre au roi qui serait signée aussi do ses frères ».
Louis-Philippe répondit au comte d'Artois « qu'il ferait tout ce qu'il voudrait lui indiquer ».
Le comte d'Artois avait eu la précaution de recevoir son cousin en présence de témoins. L'un de ces témoins, le duc de Fitz James, écrivit après les événements de i83o :
« Lorsqu'à Londres, présent ainsi que plusieurs autres Français appelés à cette solennelle entrevue, je vis le prince, à demi agenouillé devant son royal cousin, implorer son pardon en lui redemandant ce beau nom de Bourbon, naguère abjuré, et celui-ci tendre une main affectueuse, gage d'une réconciliation sincère, du moins de sa part, qui m'eût dit alors que c'était de là que devait partir l'arrêt d'une proscription nouvelle, et que le Bourbon réhabilité trouverait en lui le courage de signer un tel acte ! »
En quittant le comte d'Artois, Louis-Philippe se rendit chez son oncle, le duc de Bourbon. Ici encore, le récit de l'entrevue émane du témoin le plus autorisé : le duc de Bourbon lui-même.
ce II avait, écrivit ce dernier au prince de Gondé, l'air extrêmement embarrassé... Il m'a parlé aussitôt du plaisir qu'il avait de me revoir, chose qu'il désirait depuis longtemps, demandé de vos nouvelles, de celles de mon fils, dit combien il était touché de l'accueil que lui avait fait Monsieur, demandé mon amitié qu'il avait été si loin de mériter, etc.
«Je lui répondis que j'avais toujours espéré que le sang qui coulait dans ses veines le ramènerait à la seule conduite que pouvait avoir un prince, qui était d'être fidèle à son Roi et à son pays ; — que je ne pouvais mieux faire que de m'en référer à tout ce que Monsieur lui avait dit au nom du Roi; que je ne doutais pas des preuves qu'il donnerait à l'avenir de la sincérité de son repentir, et que je le désirais comme prince et comme parent. Nous avons causé environ vingt minutes et il est sorti. »
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Les jours suivants, les deux frères de Louis-Philippe firent les mêmes démarches. Restait à rédiger la lettre au Roi, qui leur avait été demandée comme garantie de leur sincérité. Ils y consacrèrent plusieurs jours. Aucune visite ne devait leur être rendue avant que cette lettre signée par eux n'eût été remise entre les mains du comte d'Artois.
u Le dimanche soir, écrivait le duc de Rourbon au prince de Condé, ils ont envoyé la lettre au Roi à Monsieur, qui me l'a montrée aussitôt. Il l'aurait désirée plus forte de choses, mais il m'a dit que, comme c'étaient leurs propres expressions, il aimait mieux l'envoyer telle qu'elle était. »
Le lendemain, le comte d'Artois faisait savoir aux Français présents à Londres qu'«il les autorisait à aller rendre visite à M. le duc d'Orléans et à ses frères, et à dire hautement qu'on pouvait les regarder comme princes français, n'ayant d'autres désirs que de prouver leur fidélité au Roi et leur repentir de leur conduite bassée ». — « Je ne sais, ajoutait le duc de Rourbon, si l'affluence sera grande, mais je ne le crois pas, car la disposition générale ne leur était pas favorable. »
Cette lettre, rédigée avec tant de soin par Louis- Philippe et par ses frères et acceptée comme l'expression spontanée de leurs sentiments, était l'abjuration la plus complète d'un passé qui a été appelé depuis « les traditions de la maison d'Orléans ».
Londres, 16 février 1800.
(( Sire,
« Nous venons nous acquitter envers Votre Majesté d'un devoir dont le sentiment est depuis longtemps dans nos cœurs. Nous venons lui offrir le tribut d'hommage de notre inviolable fidélité. Nous n'essaierons pas de peindre à Votre Majesté le bonheur dont nous jouissons de pouvoir
enfin lui manifester notre respectueux et entier dévouement à son auguste personne, non plus que la profonde douleur que nous ressentons que des circonstances à jamais déplorables nous aient retenus aussi longtemps séparés de Votre Majesté, et nous osons la supplier de croire que, jamais, à V avenir, elle naura lieu de s en ressouvenir. Les assurances pleines de bonté qu'elle a daigné nous faire donner, à plusieurs reprises, nous ont pénétrés de la plus vive reconnaissance et auraient redoublé notre impatience s'il eût été possible de l'augmenter.
« La grande distance où nous nous trouvions et l'inutilité des tentatives que nous avons faites pour revenir en Europe sont les seules causes qui aient pu en retarder l'expression. Sachant, Sire, que la volonté de Votre Majesté est que nous lui offrions en commun le serment solennel de notre fidélité, nous nous empressons de nous réunir pour la supplier d'en accepter ï hommage . Que Votre Majesté daigne croire que nous ferons consister notre bonheur à la voir convaincue de ces sentiments, et notre gloire à pouvoir lui consacrer notre vie et verser jusquà la dernière goutte notre sang pour son service.
« Nous vous supplions, Sire, de nous permettre d'ajouter combien nous avons été pénétrés de l'accueil que Monsieur a daigné nous faire. Nous en conserverons toujours un souvenir profond et nous regardons comme un grand bonheur que l'expression de nos respectueux sentiments parvienne à Votre Majesté par son extrême bonté.
« Nous sommes, Sire, de Votre Majesté les très humbles, très obéissants et très fidèles serviteurs et sujets.
Louis-Philippe de Bourbon, duc d'ÛRLÉANS, Antoine- Philippe de Bourbon, duc de Monpensier,
Louis-Charles de Bourbon, comte de Beaujolais. »
Louis XVIII écrivait au duc d'Harcourt : « J'ai accueilli avec sensibilité les aveux et la soumission d'un jeune prince que son peu d'expérience avait livré
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aux suggestions coupables d'un père monstrueusement criminel. »
Quelques jours après, le 23 février, Louis-Philippe tint à écrire une lettre du même genre à l'ancien chef de l'armée des émigrés, le prince de Gondé, retiré à Villach, en Carinthie. Il y exprimait le désir d'imiter son exemple «si jamais les circonstances le mettaient à portée de servir le Roi les armes à la main ».
L'intérêt qui avait dicté à Louis-Philippe ce changement d'attitude était un intérêt d'argent. U ne tarda pas à prouver qu'il n'avait pas renoncé à ses visées ambitieuses et que ses serments ne le liaient pas. Mais en attendant, il fallait vivre. Pour prendre part aux subsides de l'Angleterre, il était obligé de se faire reconnaître comme prince français. Tel fut le seul mobile de sa soumission de 1800.
Etabli à Londres, il toucha pendant plusieurs années une pension du gouvernement anglais. Tout à coup il quitta l'Angleterre. Louis XVIII, forcé de quitter Mittau, puis Varsovie, se rendait à Hartwell. Louis-Philippe ne voulut pas attendre l'arrivée du Roi, qui avait surpris ses secrètes menées et deviné ses rêves d'ambition.
Il partit pour la Sicile, d'où il fit supplier le gouvernement anglais de ne pas lui retirer la pension dont il avait joui à Londres.
Je ne demande à l'Angleterre, écrivait-il à lun de ses confidents, le baron de Guilhermy (1), que de me continuer en Sicile Tallouance dont je jouissais en Angleterre. Si
(1) Papiers cTun émigré, par le baron de Guilhermy.
le gouvernement n'ordonnait pas la continuation des paiements de mon allouance, je ne saurais où donner de la tête.
Il adressait au duc de Portland (1) les lettres les plus humbles, « le priant d'obtenir pour lui des bontés du Roi et de celles de son gouvernement la faveur de continuer à jouir de l'allocation que le gouvernement de Sa Majesté Britannique lui avait faite jusque-là ».
J'espère, écrivait alors le futur roi des Français, que je n'ai pas besoin d'ajouter, Mylord, que le gouvernement de Sa Majesté est bien persuadé que, dans quelque situation que je me trouve, ma reconnaissance et mon attachement pour V Angleterre seront invariables, et que f attacherai toujours le plus grand prix à ce que ma conduite