‹ Les deux GaspardChapitre 3 sur 16 · SCENE H · texte numérisé non relu

SCENE H

BOURDON, madame JULIEN.

Madame julien, les voyant sortir.

Là... n'avez-vous pas de honte , mon frère , de donner un aussi mauvais exemple au sillage?

Comment donc ça, madame Julien?

Madame JULIEN.

On ne vous voit jamais que le verre à la main.

BOURDON

Ah ! quelle calomnie!

AIR du Terre.

Vous avez vraiment tort, ma sœur, De vous montrer aussi sévère ; Bourdon avec la même ardeur Remplit son devoir et son verre ; Carillouneur, marchand de vin , Jugez qael travail est le notre , Paisqu' toat en sonnant d'une main, Cû m' Mit tscot" trinquer de l'autre. ( bis. )

Quoiqu'vous avez à dire à ça ? N'est-ce pas ben plurôt vous qui taites jaser 1' village?..., J'vous 1' demande, est-ce là la mise d'une pauvre veuve de six mois , qui devrait pleurer son niari? Madame JULIEN.

Vous me faites rire... Comme si, chaque jour, je ne sentais pas plus vivement sa perte !

BOURDON

M'est avis pourtant qu'vous ne r'bufez pas les consolateurs.

Maddme JULIEN.

Ce pauvre Julien I comme il aimait sa femme.

BOURDON

Et comme il vous faisait sauter le bouchon.

Madame julien.

Tu s'ras donc toujours ivrogne?

Tant qu* tu s'ras coquette.

Madame JULIÇN.

C'est-à-dire que t' aimeras la boisson... BOURDON.

Aussi long-temps qu' t'aimeras la fleurette.

Madame JULIEN.

Il est incorrigible.

BOURDON

Voyez la belle comparaison I

AIR : Contentons-nous d'une simple bouteille. C malin amour que le désir éveille N'admet chez lui qu'les bell's daus leurs priult-mps ; Mais l'amateur du doux jus de la treille Le sable encort à quatre-vingt-dix aas.

Madame JULIEN.

Femme à totît àg' , quoi qu'on dise et qu'oa fasse. Peut fair' toarner la tetc aux amoureux: Apprends, mon cher , que l'esprit et la grâce, C'est comm' le vin qu'on n'trouv' jamais trop vieux.

BOURDON

Ah ! je sais ben qu' t' es une fine mouche , et que si le défunt et toi vous étiez conimmis en biens, en fait d'esprit il était «xclu de la communauté.

AIR : Un homme pour faire- un tait/eau. Dans ses liens voilà deux fois Que le mariage t'arrête ; A tes pauvres mar-is, je crois, Qu'ta Hs souveut loarner Id tête.

Aussi d'être leurs héritiers Auiun n'inontre une ardeur extrême :

Ce que tu lis des deux premiers.

Tu pourrais beu 1' fair' du troisième.

Il faut croire pourtant qu'ils ne sont pas si effrayés , car s* je voulais écouter les plus beaux garçons du village.... Mais ce n'est pas de moi qu'il s'agit... Je marie ma nièce...

BOURDON

Dis donc la nôtre, il me semble que nos droits sur elle sont egtiux. Si f' es sa tante , je suis son oncle. Je nous sommes char)j;és tous deux de Jeannette , qui est orpheline-, tu as voulu , depuis que l'ai perdu madame Bourdon ( Dieu veuille avoir son ampj, que la petite allât demeurer chez toi, où ce que tu lui as peut-être ben mis la coquetterie en tête. Je n' m'y suis point opposé. Mais quant à ce qui est d' son mariage , ça me regarde, et j'ai choisi son époux.

Madame JULIEN.

J'en suis bien fâchée, monsieur le carillonneur , mais j'ai trouvé l'homme qui lui faut.

BOURDON

Je vous demande ben excuse, madame la meunière, mais elle épousera mon prétendu.

Madame JULIEN.

Je te dis qu'elle épousera le mien.

BOURDO.N.

Queuqu' libertin ?

Queuqu' ivrogne ?

Il me plaît.

Il me convient.

Madame JULIEN.

BOURDON

Madame JULIEN*

BOURDON

Et peut on savoir quel est l'olibrius qu'on prétend faire entrer dans ma famille malgré moi?

Est-ce que je ne connaîtrai pas l'nom du mangeur de tout bien à qui l'qn veut sacrifier ma petite nièce? i^OURDON.

Ah ! c'est un homme qui a peut-être plu d'éc us que je n'ai bu de verres de vin dans ma vie ?

(7) Madame JULIEX.

C'est un garçon qui a tout juste autant de malice qu'il eu faut pour faire un excellent mari.

BOURDON

D'ailleurs les choses sont trop avancées pour reculer maintenant, j'ai donné ma parole.

Madame JULIEN.

J'ai donné la mienne aussi; et puis il n'y a qu'un mot qui serve: Jeannette l'aime.

BOURDON

Celui que je lui destine est aussi de son goût.

Madame JCLIEN.

Comment Jeannette m'aurait fait un secret de c't'amour-là?

BOURDON

Je le crois ben , je lui ai défendu d'en parler.... Mais d'où irient qu'air ne m'a pas dit non plus?....

Madame JULIEN.

C'est que je lui ons fait la même défense.

BOURDON

J' n'entends ni quoi ni qu'est-ce, tenez-vous ben pour avertie qu'aujourd'hui même Jeannette sera madame Gaspard.

Madame JULIEN.

Madame Gaspard , dis-tu? Eh ben ! mais, c'est aussi le nom que je veux qu'ail' porte.

Allons donc, ça n'est pas possible.... Mon homme, à moi, est un marchand forain avec lequel je fais ma partie de cartes, tous les vendredis, au marché de Moulins.

Madame JULIEN.

Au marché de Moulins I et qui loj^e?

BOURDON

Au Coq plumé.... Il me gagne toujours, je ne sais pas comment il fait son compte.

Madame JULIEN.

AIR : Je suis colère et boudeuse.

Ah I ma surprise est extreme ; Singulier jeu du hnsardl C'est dans cette auberpe même Que j'ai cooua mon Gaspard.

BOURDON

Mais dans quel état s'exerce Celui qu'tu protège' ici!

Madame JULIEN.

Mon lionim' se livre au commerce,

BOURDON

Le mien s'en occupe aussi.

Madame JULIEN.

Il fera bientôt fortune.

BOURDON

Il d'viendra riche aisément.

Son adresse est peu commune.

BOURDON. I Madame julien.

Pour tout dire il est normand. | Quoi ! normand ?

BOURDON

Chose certaine.

Madame julien.

Fin matois ?

BOURDON

Rempli d'esprit, •

I^'ayant pas la quarantaine.

Madame JULIEN.

C'est l'méme sans contredit

BOURDON

Il a gagné ma tendresse.

Madame JULIEN.

Il a la mienne déjà.

ENSEMBLE

Voilà l'époux que ma nièce Dès demain épousera.

BOURDON

Embrassons-nous, je te prie.

Madame JULIEN.

C'est vraiment un coup du sort.

ENSEMBLE

Pour la premier' fois d'ia vie Nous avons été d'accord. (4/o;i.)

( Us s'cmbraisent.)

Madame JULIEN.

Ça tient du prodige l te v'ià devenu raisonnable?

BOURDON

Dis-donc plulôt que c'est toi qui as eu un bon moment. Les femmes en ont queuqu' fois par-ci par-là.

Madame JULIEN.

Ei^oute , j'ons dit à Gaspard de venir ce matin même pour le présenter à Jeannette.

BOURDON

Il n' peut manquer d'être exact , car j' lui cns fait la même recommandation.

Madame JULIEN.

Eh bien ! puisqu' c'est comme ça, arrangeons-nous d' manière qu'il n'y ait plus moyen de s'en dédire; car, vois-tu, avec une tête comme la tienne, on n' sait jamais sur quoi compter. Va-t-en troaver tout d' suite monsieur GifFard 1' notaire....

BOURDON

C'est dit.

Madame julien.

Tu l'y Tras faire un contrat de mariage en bonne forme.

BOURDON-

J'allais te I' proposer- Entre Jeannette, not' nièce, et Gaspard....

BOURDON

Tiens, j'y vais de c' pas.... Ah ! ça, mais, dis donc, je ne «avons pas les noms de baptêffle du futur.

Madame JUlIEN.

Ma fine, je ne les lui ons pas demandés non plus. Dis à monsieur GitFard qu'il laisse ceux-là en blanc et qu'il mette toujours Gaspard

AIR : Qu'un poète ( de Bancelin ).

Chez l'notaire,

Chez V notaire , Sans r'tard , Finis cette aiFaire.

Sort prospère , D'main, j'espère , Jeannett" l'ra niadam' Gaspard.

Les deux Çaspard. a

( lo)

Fn formant ce mariag'-là , Je préleiids v"nir à son aide j ht un pe\i que je po5sède Isotie uiece liéi itéra.

BOURDON

Moi , j'y mets la nicnie clause; Puisqu'ell' s' marie à mon goût , J prétends lui laisser queuqu' chose.

Madame JULIEN.

Toi, laisser.,,. Tu boiras tout.

ENSEMBLE

Chez r notaire, {bis.)

Sans r'tard.

Finis cette affaire.

Sort prospère, D'main , j'espère , Jeannett' s'ra madam' Gafpaid.

BOURDON

Chez l'notaire, (lis.)

Sans r'tard , J' vais fioir 1 affaire.

Sort prospère , D'main , j'espère , Jeannett' s'ra madam' Gaspard.

( Il sort. )

Madame J U L I E ?■? seule.

Par ma fine je sommes d'autant plus contente que c'raaria^'e se tasse sans difTiculté , qu'çi va vous oter tout espoir à c' petit Gervais, l' tonnelier du village, qui avait donné dans l'œil à Jeannette du temps qu'aile demeurait chez son oncle... il est gentil, ça c'est vrai , mais ça n'a pas le sou; et quand il s'agit d'un mari, 1' plus biau visage n' peut pas valoir un bon ma^ot. Ma nièce a quinze ans, et je sais, par expérience, qu'on ne marie jamais les filles trop tôt.

AIR : Comme il m'aimait.

11 est bien temps , {i'is.)

Car elle est distraite et réupuse; j

11 est bien temps , Oui , je le sens , D'ia mrltie à l'abri des galans. Je dis, nioi, qui suis connaisseuse, Faut qu'un mari la rend' joyeuse ;

Il est bien temps. ( 4 fois. )

3Ii:me air. -"

Il était temps , ( bis. )

Ce souv'nir me poursuit sans c ;sse j

A dix-huit ans

Qii' j'avais d'amans '.

1,'un d'eux m'obtint de mes parens Pour qu'il rrçût , je h' confesse , Lts premiur's preuv's de ma tendresse :

Il était temps. ( 4 ftis. )

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