SCENE IV
Madame JULIEN, JEANNETTE accourant.
JEANNETTE, à part.
Ah ! mon Dieu ! mon Dieu ! J'suis dans une inquiétude... Et c'pauvre Gervais, à qui j'avais promis.... Ah ! v'ià ma tante I j'pourrais ben être grondée, mais c'est égal, faut que j' sache à quoi m'en tenir touchant son vilain prétendu... (^Abordant sa tante.) Ah ! ma tante I que j'suis bien aise de vous rencontrer... J' croyais qu'vous alliez rester toute la matinée chez mon onclô Bourdon , et je v'nais...
Ah I c'est toi, Jeannette, comme te v'ia agitée, mon enfant I
JEANNETTE
J'm'en vais vous dire, ma tante, c'est que j'ai traversé tout le village en courant.
Madame julien.
Qu'est-c'que t'avais donc d' si pressé à m'dire.''
JEANNETTE
Moi , ma tante?... Rien. Au contraire... C'était pour vous demander... Quand vous avez quitté la ferme, j'ai bend'vinéque vous veniez ici pour avoir le consentement de mon oncle , au sujet... Vous savez bien... de ce mari qu'vous voulez absolument qu' j'épouse ?
Madame julien.
Eh bien î ma chère amie, tu connais mon frère? tu sais comme il a toujours aimé à me contrarier ?
JEANNETTE , à part.
Mon oncle aura refusé , c'est sûr-, que je suis donc contente !
Madame Julien.
Y a ben... oui, ma foi, y a ben dix ans qu'il n' l'y est arrivé d'être du même avis qu'moi.
JEANNETTE, de même.
Ce bon p'tit oncle ! comme je vais l'aimer!
Madame julien.
Croirais-tu qu'aujourd'hui j'I'ai trouvé? ,.
JEANNETTE
Encore plus entê^é qu'à l'ordinaire. {A part.) JTaurais parié.
Ben au contraire , ma chère amie ; figure-toi que nous te destinions le même époux. Gaspard, 'que j'attends aujourd'hui , qu'arrivera peut-être d'un moment à l'autre , c' garçon honnête et simple, qui va te rendre la plus heureuse des femmes, est précisément celui-là que Bourdon t'avait choisi. Tu vois qu' tu n' pouvais pas manquer de d'venir madame Gaspard?
JEANNETTE
Qu'est-ce que vous dites donc là ma tante ?
Madame JULIEN.
La vérité. Ah ! sans c'te rencontre-là , ton oncle aurait vu beau jeu : c'est qu* s'il est têtu, j' suis femme, vois-tu , et quand pendant six ans, on vous a mené deux maris, c' n'est pas pour céder à son frère.
JEANNETTE
Vous croyez donc que c' monsieur Gaspard?...
SIMPLET, en dehors.
Des bas, des bonnets Ae coton!...
Madame julien.
Tiens , ma fine, j' Tentends , il n'pouvait arriver plus à proposa
jeannette , à part.
Ah ! mon Dieu ! mon Dieu ! il n'y a plus mojren que j'épouse Gervais.