‹ Les deux héritages;Chapitre 114 sur 138 · SEMEN · texte numérisé non relu

SEMEN

Atamans, prosternez-vous au pied du trône de votre maître, le tsar veut bien vous accorder cette grâce.

PREMIER ATAMAN

Notre père miséricordieux, les atamans, les anciens et toute l'armée du Don nous ont envoyés pour battre du front devant toi. L'armée du Don, tu le sais, est la sentinelle de la Russie contre le Tartare ; elle a toujours fidèlement gardé ton trône ; elle le garde et le gardera. Depuis peu, notre père, certains officiers sont venus dans nos villages, qui se prétendent envoyés par toi. Ils disent que les vieilles coutumes de nos pères sont mauvaises et qu'il faut les changer; ils disent que le Cosaque ne doit pas distiller l'eau-de-vie qui le soutient dans la guerre sainte ; qu'à des marchands privilégiés il appartient de la vendre. Nos anciens, notre père, disent tous que ces choses-là ne se faisaient point au temps de tes glorieux prédécesseurs. C'est pourquoi nous venons humblement te supplier qu'il te plaise conserver à ta fidèle armée du Don les franchises dont elle a joui de temps immémorial.

SEMEN, après avoir conféré quelque temps à voix basse avec Boris.

Le seigneur tsar et grand prince de toutes les Russies,

'débuts D'UN AVENTURIER. 325

\otre yeigiieur et maître, Boris Fëdorovitch a entendu la requête de son armée du Don. Il répond que s«.s lois doivent être humblement observées par tous les sujets de son vaste empire ; que les Cosaques abusent des privilèges qui leur ont été accordés ; que récemment encore, et malgré ses ordres exprès, ils ont fait une incursion sur les terres du khan des Tartares, allié et vassal du tsar. Le tsar veut que les prisonniers soient rendus et les coupables punis.

PREMIER ATAMAN

Notre père, lorsque Ivan Vassilievitch, qui maintenant est dans la gloire, recevait les députés des atarnans du Don , il n'empruntait pas la langue d'un serviteur pour leur répondre. Cet homme qui parle en ton nom ne t'a pas entendu quand, à ton avènement, tu as promis de conserver à ta fidèle armée du Don tous ses antiques privilèges. Cet homme n'a jamais sans doute combattu contre les Tartares ; il ne sait pas que ces maudits n'ont pas plus de foi que des chiens, et que si nous avons pris les armes, c'est parce que les Nogaïs nous avaient enlevé six chevaux, deux enfants et une femme, sauf le respect qui t'est dû. Et pourquoi le Cosaque, qui tous les jours verse son sang pour la religion, serait-il obligé d'acheter à des marchands voleurs l'eau-de-vie...?

BORIS

Assez, ataman. Je ne demande pas à un Cosaque des leçons pour gouverner mes États. Quel est ton nom ?

PREMIER ATAMAN

Je me nomme Korela, et des premiers j'entrai dans Kazan et j'y arborai la croix et l'aigle à deux têtes. Devant Moscou, en 7099, j'ai servi sous tes ordres. Tu étais le régent de l'empire alors, et tu disais que sans les Cosaques l'empire était perdu.

326 DÉBUTS D'UN AVENTUlilEPw

BORIS

Koreia, je pardonne à l'ignorance d'un vieux soldat, r.etourne à ta horde et fais-lui connaître mes commandements. Dis à tes Cosaques qui voudraient distiller de l'eau-de-vie que je puis pardonner à un brigand et à un assassin, mais jamais à un fraudeur \ Que si les 'j'artares violent les trêves, c'est à moi qu'il faut demander justice. Je ferai respecter les frontières de rempire. Que tout le monde se retire, excepté les

IjOyards du conseil. (Les cosaques sortent en murmurant k voix bissc.)

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