‹ Les deux héritages;Chapitre 129 sur 138 · UN ZAPOROGUE · texte numérisé non relu

UN ZAPOROGUE

Braves atamans, je reconnais que le moine a parlé bien, et je ne cloute pas que son tsarévitch ne fasse un jour un glorieux tsar. Je leur souhaite, à l'un et à l'autre, toutes sortes de prospérités; mais rappelezvous qu'il y a deux mois à peine vous avez reçu un subside de Boris et juré paix avec lui. Si nous lui faisons la guerre sans provocation, que dira-t-on de nous? Nos anciens ont baisé la croix en témoignage de leur sincérité, et, sauf le respect que je dois à toute la compagnie, il n'est pas bien de rompre sitôt un serment prêté.

VOIX

Il a raison. Nous avons juré... C'est dommage,

GRÉGOIRE

Permettez-moi, messieurs, de vous dire encore un mot. Le serment dont je viens d'entendre parler ne signifie rien , et moi qui m'y connais, puisque je suis d église, je vous garantis qu'il ne vous oblige pas. Vous avez baisé la croix en promettant de ne pas guerroyer contre le tsar ou les hommes du tsar de toutes les Russies. N'est-ce pas là votre serment? l'a t a m a n.

En effet, j'ai baisé la croix pour tout le camp, et quatre atamans avec moi.

GRÉGOIRE

Si vous manquez au serment que vous avez prêté au tsar de toutes les Russies, vous craignez d'être excommuniés, je pense ?

QUELQUES voix.

Nous nous soucions peu des excommunications.

GRÉGOIRE

Doucement, nos amis; soyons chrétiens et orthodoxes: ne badinons pas avec les excommunications. Examinons un peu l'affaire. Vous avez un traité avec le tsar, observez-le. Mais qui est le tsar, s'il vous plaît? Est-ce ce Tartare qui est à Moscou? Nenni. Celui-là est un usurpateur et un assassin. Le tsar légitime, c'est Dimitrii Ivanovitch; il n'est pas sacré encore, mais c'est le seul seigneur de toutes les Russies, et c'est avec lui que le serment prêté vous engage.

VOIX

Le moine dit vrai ! Boris est un traître, et nous ne le reconnaissons pas pour le tsar de Russie.

GRÉGOIRE

Boris est non-seulement un assassin, mais un voleur. Il pille le pauvre peuple pour donner sa substance à sa race maudite, les Tartares Godounof. Tout ce qu'ont pillé ces hommes, m'a dit mon noble maître le tsarévitch Dimitrii, tout ce qu'ils possèdent, je le partagerai à mes serviteurs.

VOIX

Vive le tsarévitch ! Guerre à Boris !

GRÉGOIRE

En ce moment, je ne suis pas riche en argent comptant, a dit encore mon seigneur le tsarévitch ; mais j'ai un trésor à Moscou, et dès que j'en aurai la clé, je veux le partager à mes fidèles. Croyez-moi, braves atamans, je connais bien le prince qui parlait ainsi, et, sans vanité, je puis dire que sans moi il ne serait pas échappé aux embûches de Boris. De plus généreux, je n'en connais point. Quand il a des ducats dans sa ceinture , il les trouve trop pesants et les jette par poignées.

VOIX

Vive Dmitrii I vive le tsarévitch I

l'a T AMAN.

Braves atamans, si vous voulez faire la guerre 4 Boris, je ne m'y oppose point; mais il est puissant, il a de nombreuses armées, beaucoup de canons, et peut nous faire beaucoup de mal. Ne serait-il pas bon d'attendre que le tsarévitch et les Polonais entrent en campagne ? Jusque-là, faisons provision de poudre et aiguisons nos sabres.

VOIX

Bien parlé ! L'ataman a raison,

AUTRES VOIX

Nous avons plusieurs de nos régiments en campagne. Attendons leur retour.

AUTRES VOIX

Nouvelles l nouvelles ! Une députation de l'armée du Don.

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