‹ Les deux héritages;Chapitre 15 sur 138 · SAQUEVILLE, LOUIS, JULIE, MISS JACKSON, M. SÉVIN · texte numérisé non relu

SAQUEVILLE, LOUIS, JULIE, MISS JACKSON, M. SÉVIN

SAQUEVILLE, se Us^ai^^i t imber dans ub faatfuU»

Oufl

ou DON QUICHOTTE. 57

LOUIS

Qu'avez-vous, mon oncle?

JULIE

En effet!... qu'avez-vous,\Ioasie'ar ? V eus êtes pâle comme la mort.

SAQUEVILLE, se levant.

Rien... non, rien... peut-être cette maudite blessure... le changement de temps... Cela m'arrive quelquefois... mille pardons! Cela ne dure qu'un instant... C'est passé... je suis parfaitement bien!

JULIE

Mais, au contraire, vous avez l'air de souffrir beaucoup. Vous devriez prendre un peu d'éther.

SAQUEVILLE.

Mille grâces... Je suis tout à fait bien.

MISS JACKSON

Mon père, qui était militaire, quand sa blessure le faisait souffrir, prenait un grand verre d'eau-de-vie avec un peu d'eau. Cela lui faisait du bien. Essayez.

SAQUEVILLE.

Non, je VOUS remercie. Je suis honteux d'avoir été si faible.

M. SE VIN

Une cause si honorable.

LOUIS

Il a été percé de part en part d'un coup de feu.

JULIE

Vous nous avez vraiment effrayés... Comment êtesvous à présent ?

SAQUEVILLE.

Parfaitement. Que vous êtes bonne ! N'y pensez plus, je vous en supplie, (eas.) — Qui est ce monsieur?

{ Montrai 4 M. Sivin.) JULIE.

C'est M. Se vin. — Vous ne voulez rien prendre?

Rien au monde. Faisons plutôt un tour de jardin.

(Bas à Louis, qui tient un journal.) LOUlS, tU n'eS guèrO Cm-

pressé.

LOUIS, bas.

Elle déteste qu*on fasse le dameret. Ce n'est plus la mode... — Vous ne savez pas, Mademoiselle, qui nous avons croisé en venant ici? Devinez... Madame de Vaugrenand en rouge. Oui, en rouge de feu, ma foi 1

JULIE

C'est qu'elle espère qu'on ne verra pas comme elle est couperosée. Je voudrais bien qu'elle rencontrât un troupeau de bœufs en ce costume.

LOUIS

Ah ! si M. Person vous entendait !

JULIE

Il m'arracherait les yeux.

LOUIS

Oui , s'il pouvait les donner à Madame de Vaugrenand. A-t-on jamais vu deux personnes plus laides s'aimer si ridiculement?

JULIE

Ils sont faits l'un pour l'autre. — Allons.

LOUIS

Prenez garde, il fait encore du soleil. Mettez cet élégant chapeau de paille, ou madame votre mère nous grondera. — Mon oncle, parlez donc à M. Sévin du professeur de rhétorique du collège de Morlaix , dont le frère est spahi.Vous pouvez lui dire comme c'est une famille honorable.

JNous avons le temps.

M. SÉVIN

Vous avez connu sans doute à Alger mon parent, monseigneur Grandet? Comment se trouve-t-il là-bas?...

ou DON QUICHOTTE. 59

SAQDEVILLE.

Bien, (a miss jackson.) Mademoiselle, voulez-vous accepter mon bras?

JUL I E , qui vient de mettre un chapeau de paysanne.

Colonel, comment me trouvez-vous avec ce chapeau? N'est-ce pas élégant? Vous saurez que c'est la dernière mode à Montrichard.

SAQUEVILLE.

Il vous sied à merveille. Cela ressemble beaucoup aux chapeaux que portent nos cheiks arabes.

LOUIS

Prenez encore cette écharpe, et vous ressemblerez comme deux gouttes d'eau à la Dame du Lac.

JULIE

Ah! la Dame du Lac!... Faisons une promenade en bateau dans cette grenouillère que nous appelons un canal. Vous allez voir comme je &uis bonne marinière!

MISS JACKSON

Miss Julia, madame la marquise a défendu...

Miss Julia se permet tout ce que madame la marquise défend. Allons, qui m'aime me suive ! O matutîni al-

bon.,. (Elle entre dans le bateau.)

MISS JACKSON

Oh ! miss Julia !

M. SÉVIN

Je n'entre pas dans le bateau.

LOUIS

Vous vous écorcherez les mains en ramant.

SAQUEVILLE.

Mademoiselle, prenez garde. Ne vous tenez pas ainsi. L'amiral Duchêne me disait qu'il ne s'était jamais tenu debout dans une embarcation. Asseyez-vous , je vous en supplie !

JULIE

Fi donc î Où serait la grâce ? Monsieur Louis, donnezmoi l'autre rame. Monsieur Sévin , détachez la corde. Voyons, qui veut passer Teau ?

SAQUEVILLE,

Moi, quand vous serez assise.

JULIE

Où est la gaffe? — N'est-ce pas que je sais bien tous les termes de marine ?

MISS JACKSON

Miss Julia! le bateau penche ! — Oh ! monsieur Sévin, faites-la rentrer ! Ne lui donnez pas la gaffe.

M. SÉVIN

Vraiment, Mademoiselle, si madame la marquise...

JULIE

Ah ! que les hommes sont poltrons... Ah î

(Elle tombe. Saqueville saute dans le canal.) MISS JACKSON.

Oh ! miss Julia ! Oh ! monsieur Sévin I

LOUIS

La gaffe, Sévin ! donnez-moi la gaffe !

SAQUEVILLE, reparaît tenant Julie dans ses bras.

Ce n'est rien. Louis, donne-moi la main.

JULIE, riant aux éclats.

Haï ha! ha! J'en mourrai de rire. Trempés tous les deux!

TOUS

Mademoiselle !

Miss JACKSON.

Oh ! que dira madame la marquise !

SAQUEVILLE.

Pour Dieu ! ne riez pas ainsi ! Vous me faites peur. Rassurez-vous.

JULIE, riant toujours.

Je suis toute rassurée... Mais regardez donc votre

neveu, qui voulait me harponner comme une baleine... ha! haï ha!... Miss Jackson, laissez-moi vous serrer dans mes bras!... Colonel, c'est la seconde fois que vous me portez.

M. SKVIN, à part.

Elle est folle.

MISS JACKSON

Oh ! miss Julia , oh ! que j ai eu peur ! Et madame la marquise, comme elle sera fâchée quand elle saura... Oh! clea7\f oh! dear! mais ne riez donc pas! Oh ciel! voici madame la marquise. Si vous vous étiez noyée l

Page 1