SAQUEVILLE, UN CLERC DE NOTAIRE
LE CLERC
Monsieur, je suis clerc de M. Doublet, notaire de madame la marquise de Montrichard. Je vous apporte de la part du patron un projet de contrat pour le mariage de monsieur votre neveu, et un autre projet pour la donation que vous voulez faire en sa faveur.
SAQUEVILLE.
C'est bien , monsieur.
LE CLERC
M. Doublet vous prie de lui renvoyer le toui quand vous en aurez conféré avec votre notaire, avec vos observations.
SAQUEVILLE.
Je vous remercie, monsieur. — Ah ! à propos d'actes, je voudrais bien vous consulter sur un testament que
108 LES DEUX HÊRTAGES
j*ai fait. Cela n'est pas long à lire. Est-il en bonne
forme ? (H lui donne un papier.)
LE CLERC, après avoir lu.
Oui, monsieur. Seulement, permettez-moi de vous faire observer qu'il est singulier qu'au moment de faire une donation par contrat de mariage à monsieur votre neveu, vous léguiez votre fortune aux officiers, sousofficiers et soldats du 2« de spahis.
SAQUEVILLE.
Si mon neveu se marie, je ferai la donation que j'ai promise. Quant au reste, n'en puis-je disposer comme il me plaît ?
LE CLERC
Indubitablement: mais...
SAQUEVILLE.
Le testament est-il valable ?
LE CLERC
Olographe. Il est excellent; mais...
SAQUEVILLE.
Cela suffit. Je vous remercie , monsieur, (seul.) Louis ne pourra pas désirer ma mort. — C'est singulier qu'un si jeune homme tienne tant à l'argent. Il a raison, puisqu'il vit à Paris... Si j'y étais resté, peut-être serais-je comme lui. Il faut avoir été soldat pour apprendre à mépriser l'argent, et savoir qu'un bon camarade vaut mieux, au jour du danger, qu'un chameau chargé d'or... Pauvre garçon! on l'a si mal élevé! Et Julie! malheureuse enfant ! A son âge, sa mère était enthousiaste comme elle... Aujourd'hui !... Je voudrais être déjà en Afrique. (Entre Danet.) Ali I c'est toi, Danet? Je ne te savais pas dans ce pays.
ou DON QUICHOTTE. lOJ»