‹ Les deux héritages;Chapitre 34 sur 138 · SCÈNE YI · texte numérisé non relu

SCÈNE YI

Les Mêmes, LA MARQUISE, M. SÉVIN.

LA MARQUISE

Vous devinez quel motif m'amène. Monsieur... Monsieur Louis de Saqueville, je suis bien aise de vous rencontrer. J'ai aussi besoin d'une explication avec

VOUS. Il est votre neveu... je puis parler devant lui... M. Sévin est un ancien ami qui a bien voulu m'accompagner... je n'ai pas de secrets pour lui : il sait tout.

SAQUEVILLE, bas.

Tout, Madame ?

LA MARQUISE

Il sait... tout ce que j'ai eu à soulîrir comme mère. M. s É v I N.

Pardon, Madame , je ne sais rien encore , et je ne puis croire...

LA MARQUISE

Colonel, avant votre arrivée, j'étais la plus heureuse des mères. Ma fille... sa douceur, sa docilité... son dévouement répondaient à ma tendresse. J'étais fière de ma fille... et maintenant... Vous êtes venu, Monsieur... vous vous êtes amusé de cette imagination ardente... vous vous êtes complu à l'exciter... à porter le trouble dans une âme si pure et si facile à recevoir toutes les impressions. Qu'avez-vous fait, Monsieur?... quel barbare plaisir avez-vous pu trouver à vous jouer ainsi de l'innocence et de l'inexpérience d'une jeune fille? Je sais tout, Monsieur... J'ai perdu l'amour de ma fille... Voilà la récompense de ma tendresse de mère... voilà comment vous avez reconnu... l'intérêt que je portais à votre famille.

SAQUEVILLE, bas.

Madame, avez-vous cru un instant que George Saqueville fût un infâme?... Votre fille... ai-je besoin de vous le dire, ii'est-elle pas pour moi un objet sacré?

LOUIS

Mon oncle ! Madame ! pour Dieu ! que s'est-il donc passé ?

SAQUEVILLE.

Est-ce de vous que vient ce soupçon ? N'y a-t-il pas

ou DON QUICHOTTE. Il»

parmi vos conseillers quelque misérable quivous le suggère? Répondez.

LA MARQUISE-

Monsieur... je n'accuse pas... je supplie.

SAQUEVILLE.

Eh bien I que demandez-vous de moi ?

LA MARQUISE

Vous voyez combien je suis malheureuse... Quittez Paris, Monsieur... il le faut... Si vous connaissiez son caractère emporté... C'est à votre générosité que je m'adresse.

J'ai prévenu vos désirs, Madame : je pars aujourd'hui... dans l'instant.

LA MARQUISE

Vous partez?...

LOUIS

Madame la marquise , je ne comprends pas un mot à ce qui se passe. Mon oncle désire mon mariage avec presque autant d'ardeur que moi...

LA MARQUISE

Votre mariage , Monsieur, qu'il n'en soit plus question. Croyez -vous que ma fiile, croyez -vous qu'une Montrichard soit faite pour être pesée dans la même balance que la fille de M. Kermouton? Monsieur, la dot de ma fille est sans doute peu en rapport avec la noblesse de son origine... mais je ne permets à personne de la marchander. Tout est rompu entre nous.

LOUIS

J'en atteste le ciel, madame la marquise...

SAQUEVILLE.

Va, tu perds ton temps.

LA MARQUISE

Colonel! je suis bien malheureuse!... Que va-t-on dire?

SAQUEVILLE.

Qu'importe ce que dira le monde ? Songez seulement à remplir vos devoirs de mère, (n lui donne un paquet cacheté.) Tenez, Madame, je crois avoir le droit de faire ce présent à votre fille. Adieu.

LA MARQUISE, lui tendant la main.

Adieu I... Si la plus profonde estime...

SAQUEVILLE.

Je n'ai besoin de l'estime de personne.

LA MARQUISE

Hélas!... monsieur Sévin, conduisez-moi à ma voiture. ( Elle sort avec M. Sévin.)

SCEiNE VU.

LOUIS, SAQUEVILLE

LOUIS

Eh bien , mon oncle ?

SAQUEVILLE,

Eh bien , mon neveu?

LOUIS

Je perds tout en un jour !

SAQUEVILLE.

Par ta faute.

LOUIS

Comment! par ma faute? Si j'ai compris quelque chose à ce que je viens d'entendre , n'est-ce pas vous que je dois accuser de toutes mes déconvenues?

SAQUEVILLE.

Tu as voulu être intrigant, et tu n'avais ni l'expérience ni la suite dans les idées qui font réussir tes pareils. Tu as voulu courir deux lièvres à la fois, et tu les as manques l'un et l'autre. Adieu.

ou DON QUICHOTTE. 121

LOUIS

Eh quoi , mon oncle , est-ce ainsi que vous me traitez?... Gomment! n'est-ce pas vous qui m'avez aliéné le cœur d'une jeune personne charmante dont j'attendais tout mon bonheur?... N'est-ce pas vous?

SAQUEVILLE.

Il est trois heures. Ah I voici Danet.

DAN ET, entrant.

Mon colonel , voici les chevaux qui arrivent.

SAQUEVILLE.

Danet, prends ce manteau. — Je n'oublie rien ? Ah 1 la donation, papiers inutiles! (u la déchire.) Le 2^ spahis gagne cent pour cent aujourd'hui. [n sort avec Danet.)

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