‹ Les deux héritages;Chapitre 62 sur 138 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les Mêmes, LE GOUVERNEUR.

LE GOUVERNEUR, marchant sur la pointe t3u pied.

Chut î chut !

ANNA

Qu'y a-t-il ?

LE GOUVERNEUR

Je ne suis pas content qu'il ait tant bu. Cependant, si la moitié seulement de ce qu'il a dit est vrai ? (d un air pensif.) Eh ! commont ne serait-ce pas vrai ? L'homme qui se grise livre tous ses secrets. Ce qu'il a dans le cœur lui vient sur la langue. Oui, il nous a fait quelques petites menteries... Mais si l'on ne ment pas, le moyen de parler de quelque chose? Il joue avec les ministres et il va à la cour... Euh! Plus j'y pense... Le diable sait quel homme c'est. Pour moi, la tête m'en tourne, il me semble que je suis sur le haut d'un clocher, ou bien qu'on va me pendre.

ANNA

Pour moi, je n'ai pas été intimidée un instant. Je n'ai vu en lui qu'un jeune homme du monde, ayant des manières de la plus haute distinction. Cela me suffit, et je ne me mets pas en peine du grade qu'il peut avoir.

LE GOUVERNEUR

Voilà les femmes ! — Cela vous suffit, à vous, vous n'en demandez pas davantage. — Fadaises! li n'y a pas moyen de tirer de vous autre chose. On écorche

votre mari : vous ne savez plus comment il s'appelait... Toi, mon cœur, tu étais à ton aise avec lui comme tu le serais avec un Dobtchinski.

ANNA

Moi, je vous conseille de ne pas vous mettre en peine de cela. Nous savons déjà quelque chose... (Eiie regarde sa

fille avec affectation.)

LE GOUVERNEUR

Il n'y a pas moyen de parler avec elles... Ah ! quelle aventure ! Je n'ai pas encore pu reprendre haleine de l'émotion que j'ai eue. (n ouvre la porte.) Michka, fais-moi venir les sergents de ville Svistinof et Derjimorda. Ils doivent être par ici dans les environs de la porte. — (Après un silence.) C'cst drôle commc tout va dans le monde à présent. Encore si on pouvait connaître les gens... Mais ce petit fluet, qui diable devinera ce qu'il est ? Les militaires au moins ont toujours une certaine tournure, et lorsqu'ils mettent un habit bourgeois ils ont l'air de mouches à qui on a coupé les ailes... Mais pourquoi se tenir chez le restaurant ? Et ces équivoques, ces allégories qu'il me faisait tantôt... Le diable n'y comprendrait rien. Enfin pourtant il s'est livré... même plus qu'il n'était nécessaire avec moi. On voit bien que c'est un jeune homme.

Page 1