‹ Les deux héritages;Chapitre 63 sur 138 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Les MÊMES, OSIP. tous courent à lui et lui f)nt signe du doigt.

ANNA

Viens un peu par ici, mon cher.

LE GOUVERNEUR

Chut... Eh bieni dort-il?

OSIP

Pas encore. Il s'allonge un peu.

ANNA

Comment t'appelles-tu, mon ami?

OSIP

Osip, Madame,

LE GOUVERNEUR, à sa femme.

Un moment donc î (a osip.) Hé bien ! mon brave, t*at-on bien donné à dîner ?

OSIP

Parfaitement, Monsieur. On m'a bien donné à dîner, je vous remercie.

ANNA

Dis-moi donc, ton maître, n'est-ce pas, voit souvent des comtes et des princes, à ce que je pense ?

OSIP, à part.

Que lui dire? On m'a bien donné à manger; si je dis oui, je mangerai encore mieux. (Haut.) Oui, il nous vient des comtes aussi.

MARIA

Osip, mon garçon, comme ton maître est gentil !

ANNA

Dis donc, Osip, je t'en prie, comment il...

Taisez-vous donc, pour l'amour de Dieu ! Avec vos sottes questions vous m'embrouillez dans ce que j'avais à lui dire. — Eh bien ! mon brave...

ANNA

Et quel grade a ton maître ?

OSIP

Un grade, comme cela...

LE GOUVERNEUR

Diantre soit de vos bavardages ! Vous ne sauriez dire un mot qui ai^e au fait. Dis-moi, mon brave, ton maître est-il.. • sévère? riein... aime-t-il à gronder, ou bien est- 99 un t9on enifânt?

]9a L'INSPECTEUR GÉNÉRAL.

OSIP

Dame ! il aime que tout aille bien. Il faut marcher droit avec lui.

LE GOUVERNEUR

Tu as une mine qui me revient. Tu dois être un brave garçon. Si tu....

ANNA

Dis donc, Osip, quand ton maître met son uniforme...

LE GOUVERNEUR

Ah ! trêve de balivernes ! Quelles niaiseries, lorsqu'il s'agit de vie ou de mort, (a osip.) Oui , mon cher, tu me plais fort. En route, je parie que tu n'as pas le temps de boire une petite tasse de thé. Encore est-il toujours froid. Tiens, voilà deux roubles pour t'avoir du thé.

OSIP

Bien des remerciements , Monsieur. Le bon Dieu vous conserve la santé. Les pauvres gens, on les assiste.

LE GOUVERNEUR

Merci. J'en suis bien aise. Mais, dis-moi...

ANNA

Écoute donc, Osip, quelle est la couleur d'yeux que préfère ton maître ?...

MARIA

Osip, mon cher ami, comme ton maître a un joli petit nez!

LE GOUVERNEUR

Morbleu! permettez-moi... (a osip.) Je voudrais bien savoir, en route, à quoi ton maître fait le plus d'attention, ce qui lui plaît davantage?

OSIP

Il aime à savoir comment vont les choses... Il aime surtout à être bien reçu, à faire bonne chère.

LE GOUVERNEUR

Bonne chère !

OSIP

Oui. Il n'y a pas jusqu'à moi, qui ne suis qu'un serf; il veut que je sois bien aussi. Mon Dieu, un jour, nous allions quelque part. — Osip, dit-il, eh bien, es-tu content ? T'a-t-on bien traité ? — Mal, Votre Excellence, que je dis. — Ah ! dit-il, Osip, ce sont donc des coquins chez qui nous avons logé. Rappelle-moi cela quand je repasserai. — C'est bon que je dis, en voilà un qui a son affaire. Moi, je ne me mêle de rien.

LE GOUVERNEUR

Fort bien. Tu réponds à merveille. Je t'ai donné pour du thé ; tiens, voilà pour avoir des biscuits.

OSIP

Oh ! Monseigneur, vous êtes trop bon. Je les boirai à votre santé.

ANNA

Tiens, Osip, tiens, cela pour toi.

MARIA

Osip, mon brave garçon, tiens, pour boire à la

santé de ton maître, (on entend Khlestakof tousser dans la chambro Toisine.)

LE GOUVERNEUR

Chut ! (tous marchent sur la pointe du pied et parlent à demi-voix.)

Que le bon Dieu vous bénisse de faire tant de bruit I Allez-vous-en. Que diable lanternez-vous ici ?

ANNA

Allons, fillette, j'ai à te dire quelque chose que j'ai remarqué dans notre hôte, et qui ne peut se dire qu'entre nous deux.

LE GOUVERNEUR

Encore, toujours parler ! Écoute donc ! Viens donc I Dis donc ! Ah ! j'ai les oreilles écorchées. (a osip.) Mon cher...

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